Conjoncture : Haïti est-elle un pays souverain?
par Desty Estiverne Philémon
Lundi 29 mars 2021 ((rezonodwes.com))– L’histoire d’Haïti est l’une des plus riches de la planète. Ayant acquis son indépendance par les armes à la suite de plusieurs années de luttes menées par des esclaves révoltés, Haïti est considérée à juste titre comme la « mère de la liberté ». Car elle a ouvert la voie de la libération aux pays du Tiers-Monde notamment. De ce fait, être haïtien est une fierté.
De la cérémonie du Bois Caïman (21-22 août 1791) à la bataille de Vertières (18 novembre 1803), nos valeureux aieux ont conjugué audace et bravoure pour mettre un terme au règne des colons dans ce coin de terre. En ce sens, les historiens du monde entier ne cessent de décorer nos héros, auteurs de cette mémorable épopée.
Toussaint Louverture le précurseur, Alexandre Pétion le panaméricaniste, Henry Christophe le batisseur, Jean-Jacques Dessalines, le père de la patrie, constituent le grand carré de la libération. Sous la direction de ces immortels hauts commandants, les Magny, Clerveaux, Vernet, Gabard, Geffrard, Gérin, Lamarre, Ambroise, Lamartinière, Capois, pour ne citer que ces glorieux meneurs de troupes, ont cassé les reins de combattants français bien préparés et lourdement équipés. D’ailleurs, la France alignait à cette époque l’une des plus redoutables armées du monde.
L’objectif de la France dans cette guerre face à la valeureuse armée indigène, c’était de conserver sa colonie la plus florissante. Mais, animés par une farouche et commune détermination, les vaillants et légendaires combattants de l’armée indigène avaient dérouté leurs adversaires lors de la décisive bataille du 18 novembre 1803 à Vertières, pour casser la chaine de l’esclavage.
Enfin, le 1er janvier 1804, c’était l’apothéose aux Gonaïves où fut proclamé l’Indépendance d’Haïti, la première république nègre du monde. L’acte de l’Indépendance a été rédigé par Boisrond Tonnerre, l’un des premiers intellectuels haïtiens. En la circonstance, Boisrond avait exprimé au peuple les sentiments du général en chef Dessalines à l’égard des blancs.
Cependant, les héritiers de l’illustre Dessalines ne sont pas légion sur la scène sociopolitique nationale. Car en vendant sa conscience à certains « grands amis » d’Haïti qui n’ont jamais digéré la victoire de l’armée indigène sur les troupes coloniales, la classe politique haïtienne, de 1915 à nos jours, a lamentablement trahi nos ancêtres pour concrétiser des ambitions sans grandeur.
Méprisant les principales aspirations de notre peuple, les politiciens haïtiens, en majorité, se comportent comme des « esclaves modernes », parce qu’ils s’obstinent à s’abaisser devant « le blanc » pour conserver le pouvoir ou pour gravir la tribune du pouvoir. Existe-t-il une dizaine de dessaliniens sur l’échiquier politique national ?
Incontestablement, la classe politique haïtienne est pire qu’une peau de chagrin. C’est révoltant de constater cette choquante déchéance. Car des colonnes de politiciens de cette nation ont vendu la dignité nationale aux enchères pour récolter des dollars sales, même en marchant sur le sang et sur les cadavres de nos compatriotes, victimes pour la plupart en dénonçant ces derniers temps la mauvaise gouvernance ou en se prononçant contre une nouvelle dictature en herbe.
Haïti est-elle un pays souverain ? Non ! Car l’odeur de la soumission se dégage chez nous depuis l’assassinat de l’immortel Jean-Jacques Dessalines. Cette soumission se répend aujourd’hui plus qu’hier. À un point tel que, face à l’ingérence des « grands amis » de la nation, les autorités haïtiennes n’ont même pas le pouvoir d’un caporal, surtout en matière de justice.
En ce qui concerne les examens électoraux, mis à part ceux de 1990, les élections en Haïti sont, en fait, des « sélections » gérées par des conseillers électoraux copiant des « dictées étrangères » fréquemment contestées par la majorité. Mais, dit-on, qui finance commande…
Ce qui dérange le plus, ce n’est pas la perpétuelle ingérence de la communauté internationale dans la finalité des élections, mais surtout le fait que ceux qui nous dirigent obéissent à cette honteuse domination comme s’il s’agit d’une règle ou d’un principe. C’est la soumission d’une nation esclave par pensée, par parole et par action ! Ainsi, Haïti est un pays indépendant qui a vendu sa souvainneté. Quelle gifle pour nos ancêtres !
Philémon Desty Estiverne
Journaliste
Fils authentique de Liancourt

