Par Me. René Julien
Dimanche 14 mars 2021 ((rezonodwes.com))–
Sous l’emprise d’une tutelle étrangère qui ne dit pas son nom, la vieille crise haïtienne, connaît un niveau de dégénérescence encore plus effrayante que jamais avec la présidence Indésirable de Jovenel Moïse.
Le refus manifeste par celui-ci de quitter le palais national, au terme d’un soi-disant mandat constitutionnel et dans un environnement mondial perçu comme démocratique, complique davantage la situation.
Pour une meilleure compréhension de ce cas socio-politique et juridique, faisons un peu d’histoire.
Après la chute de la dictature des Duvalier, la communauté internationale, par le biais des diplomates en fonction et ceux en mission spéciale en Haiti, n’avaient raté la moindre occasion de dénoncer, en des termes forts, les maux qui rongent Haïti durant toute son histoire.
En 2003 notamment, les étrangers n’ont pas hésité, dans des discours assez significatifs, de dénoncer, dans un langage approprié, les principales causes du mal qui ronge Haïti depuis toujours.
Oui, sans langue de bois, ils ont exprimé tout ce qu’ils ont pensé du déclin haïtien. Certains d’entr’ eux avaient même prédit la catastrophe politique que vit notre pays présentement.
Toujours en 2003, dans son discours d’adieu, l’ancien ambassadeur américain en Haïti,Brian Dean Curran, se plaignait amèrement de la façon dont la politique se pratique en Haïti. Il avait même souhaité l’émergence d’une nouvelle classe de citoyennes et de citoyens au timon des affaires publiques. De tels voeux, s’ils sont comblés, c’est évidemment dans le sens du pire, c’est-à- dire pour le malheur du peuple haïtien.
Au cours de cette même période, l’ancien ambassadeur français en Haïti, dénonce chez l’Haïtien, « une tradition d’autoritarisme et un individualisme profond. » Il avait prédit, de façon plus directe que le diplomate américain, la furieuse tempête politique qui se déferle, ces derniers temps, sur le pays avec le pouvoir obscurantiste d’une équipe de sans foi ni loi.
Lors d’une rencontre secrète tenue sur Haïti à Ottawa ( janvier 2003 ), et bien avant les déclarations pré-citées, le Secrétaire d’État du Canada pour l’Amérique latine, Monsieur Denis Paradis avait attiré l’attention de la communauté internationale sur le degré de pourrissement de la crise haïtienne d’alors. Il avait même fait état d’une bombe à retardement qu’ il faut désamorcer tout de suite. »
Loin de voir concrétisé ce rêve, malgré la tutelle déguisée de la communauté internationale, la bombe a dangereusement explosé. Ce qui met Haïti dans la pénible situation de produire continuellement des cadavres.
À l’occasion d’une visite en République dominicaine ( avril 2003 ), le Premier Ministre canadien, Jean Chrétien, avait poussé un cri d’alarme à propos d’Haïti. Il a eu même à déclarer ce qui suit: « S’il n’y a pas plus d’efforts faits afin de mettre en oeuvre les résolutions de l’OEA, Haïti va s’enfoncer encore plus profondément dans le désespoir. »
La pénible réalité haïtienne d’aujourd’hui lui donne parfaitement raison.
Ces percutantes déclarations faisaient suite à la promulgation, le 11 septembre 2001, de la charte démocratique de l’OEA qui semblait être une réponse, juridiquement fidèle, aux différents constats faits, en ce qui concerne la désastreuse gouvernance d’Haïti réalisée sur la base du pouvoir personnel.
À l’alinéa 1er de l’article 1 de ladite charte, nous lisons ceci: « Les peuples des Amériques ont droit à la démocratie et leurs gouvernements ont pour obligation de la promouvoir et de la défendre ».
Dix-huit ans après la promulgation de cette charte, malgré la tutelle hégémonique de la communauté internationale sur Haïti, toutes les institutions démocratiques et judiciaires prévues par la Constitution de 1987 sont systématiquement effondrées.
Cause d’une situation politique chaotique, il y a lieu de se demander quelle personne vivant aujourd’hui en Haïti n’ a pas la malheureuse impression d’être alignée, dans le cadre d’un abattoir, en file indienne attendant son supplice.
Compte tenu de sa charte démocratique, l’OEA devrait être l’institution internationale concernée, au premier chef, par la gravité, ces derniers temps, de la situation politique en Haïti.
Comment donc expliquer son long silence dans le dossier haïtien relatif au comportement répréhensible de Jovenel Moïse et consorts.
Dans sa récente adresse à Jovenel Moïse, l’ Église catholique relate, avec minutie et de façon ingénieuse les faits et actes révoltants ayant émaillé le mandat contesté de celui-ci.
Nous avons l’honneur de référer la communauté internationale, notamment l’OEA, à cette adresse de l’église catholique considérée comme un véritable réquisitoire en faveur du peuple, victime de la cruauté de Jovenel Moïse et consorts.
Quand dans un État, tous les ordres sont effondrés, les clignotants et les indices de la démocratie sont au rouge, il revient au peuple victime d’une telle cruauté de prendre, au premier chef, sa revanche.
Fort de cela, dans le dossier relatif à la rébellion de Jovenel Moïse contre la Constitution et les lois de la République, compte tenu des préjudices subis, le peuple haïtien a pris à défaut la communauté internationale, à cause de son indifférence, on dirait même complice, dans un dossier qui requerrait son intervention compte tenu des dispositions de sa charte démocratique régissant la matière.
Tout compte fait, le peuple haïtien, la principale victime des agissements démentiels de Jovenel Moïse a déjà pris la communauté internationale, notamment OEA, à défaut à cause de son indifférence à un dossier de sa compétence.
Le peuple ordonne, par l’entremise des forces sociales et politiques du pays, la réalisation d’une transition politique à la manière de celle préconisée par la Constitution de 1987, en vue d’un changement radical dans sa vie publique. Ce sera justice.
10 mars 2021
Me René Julien
Citoyen engagé

