Port-de-Paix, dimanche 23 août 2020
Lettre ouverte Aux Responsables de l’UNICEF en Haïti
A propos de notre résiliation abusive de contrat de travail au projet WaSH Choléra/Corona par la Mission de l’Action Contre la Faim en Haïti pour caca poule
Chers Responsables de l’UNICEF en Haïti ;
Nous avons jugé nécessaire de vous envoyer cette lettre ouverte suite à la résiliation abusive de nos contrats de travail survenue le 30 avril 2020 à la Base de l’Action Contre la Faim à Port-de-paix après avoir posé une simple question à la Coordonnatrice de Terrain, Nelly Mitja lors d’une réunion de staff sur la présence des caca de ses poules trouvés aux différents bureaux et notamment à l’espace où les employés prennent leur lunch.
En effet, nous allons étaler de manière très succincte dans les lignes qui suivent les faits saillants qui nous portent à acheminer nos revendications par devant votre institution. Bien entendu, nous avons parcouru toutes les étapes à l’interne qui devraient nous permettre d’aboutir à une entente à l’amiable avec la Mission de l’Action Contre la Faim en Haïti et avec l’équipe de gestion des plaintes de l’organisation au niveau du siège à New-York suite à notre résiliation de contrat abusive, mais, malheureusement, sans succès.
Voici donc de manière successive les éléments principaux sur lesquels se fondent notre argumentation prouvant, d’une part, que la Mission en Haïti ne respecte pas le règlement intérieur, le code de conduite, les procédures de l’Action Contre la Faim et notamment la législation sociale haïtienne, et d’autre part, ces informations vont montrer que les agissements des Responsables de cette dite institution, particulièrement le Directeur Pays et la Coordonnatrice Terrain et les autres complices ont bafoué aveuglement le mandat de l’UNICEF qui est la protection de l’enfant, de la femme et des personnes vulnérable dans le monde.
Tout d’abord, ce projet WaSH a été en péril au début de l’année 2018. Pour pallier à la situation, les responsables de l’Action Contre la Faim avaient tout misé sur la compétence d’Enante Petit-Frère. Celle-ci travaillait à l’époque comme journalière. Cela a été un choix stratégique en vue de pouvoir séduire les émissaires de l’UNICEF qui étaient en visite sur le Nord-Ouest. En effet, Enante avait mis en évidence toutes ses connaissances acquises au cours de ses quatre années passées à la Faculté des Sciences Infirmières de Léogâne (FSIL), annexe de l’Université Episcopale d’Haïti et ses expériences comme référence des journalières en vue de pouvoir gagner la confiance des représentants du bailleur lors d’une rencontre communautaire qui a eu lieu à Mare Rouge. Les Responsables de l’UNICEF ont pris notes tout au long de la rencontre et été hyper satisfaits. Après l’activité, la Coordonnatrice de Terrain (Nelly MITJA) a embrassé Enante et l’a baisée partout juste pour exprimer sa satisfaction. C’est donc cet événement qui va déboucher sur la continuation de ce projet depuis août 2018 jusqu’à présent. Aujourd’hui, cette même coordonnatrice de terrain de concert avec ses acolytes a mis fin au contrat d’Enante Petit-Frère de manière malhonnête juste pour satisfaire leur ego en utilisant les financements de l’UNICEF.
Ensuite, lors de notre recrutement en août 2018, Bicachena avait réussi le concours. Mais, la responsable des ressources humaines à l’époque lui a dit qu’elle ne pouvait pas lui recruter parce qu’elle était enceinte. Toutefois, elle a été mise sur une liste d’attente attestant après son accouchement, elle entrera en fonction. Bicachena n’est pas revenue malgré le nombre de temps qui passe après son accouchement jusqu’à l’arrivée du projet Wash in school, d’où elle a travaillé comme agent de terrain en février 2019. A la fin de ce projet en juillet 2019, elle était en chômage. Courageuse comme elle seule, étant femme allaitante, elle a dû braver le danger pour aller décrocher à Port-au-Prince un poste d’agent de terrain au projet 11e FED durant la période baptisée pays lock en décembre 2019. Nous étions stupéfiés par cette incohérence pour voir un agent de terrain sur Port-de-Paix allait passer une entrevue sur Port-au-Prince. Gagnante, mais, pour servir une cause plus noble, elle s’est retrouvée avec nous au projet Wash Choléra. Il y a eu également un choc dans cette histoire. Depuis lors, son enfant a laissé l’allaitement. Terrible !
Entre temps, la cérémonie du mariage de Joel va se réaliser le 28 mars 2020. Cette dernière a été planifiée longtemps avant la déclaration du président de la République d’Haïti qui a eu lieu le 19 mars 2020 évoquant la découverte de 2 cas de coronavirus sur le territoire national. En effet, et par prudence, lui et sa fiancée avaient tout modifié. Comme preuve, la cérémonie devrait avoir lieu à l’Hôtel Rendez-vous Club avec une centaine de participants. Pour accommoder à cette situation, la cérémonie a lieu avec la participation des autorités départementales ayant un droit de surveillance, d’une manière ou d’une autre, au respect des restrictions visant la prévention de la population contre le coronavirus.
Après la cérémonie, nous avons appris par personne interposée que tous les employés de l’ACF qui y ont pris part ont été mis en quarantaine. Cette mise en quarantaine sans fondement manigancée par la mission de l’Action Contre la Faim en dehors du protocole reconnu par le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) va aboutir à notre révocation. En effet, une liste manuscrite a été élaborée par Leveque Jean et cette liste a fait le tour des réseaux sociaux particulièrement whatsapp. Nous avons donc été stigmatisés. Connaissant, qu’en ce moment les gens ont pris le malin plaisir d’agresser mortellement toutes personnes soupçonnées ayant le coronavirus. Par conséquent, notre vie (particulièrement celle de Bicachena et son enfant et celle de l’épouse de Joel en pleine ceinture,) a été mise en danger parce que la Mission a utilisé des méthodes trop radicales dépourvues de professionnalisme.
N’ayant pas été informée de manière formelle par cette décision baroque, Bicachena allait travailler le mardi 31 mars 2020. L’Operateur de Sureté (gardien) lui a interdit de fouler l’espace du bureau. Quand elle a demandé pourquoi ? Le gardien lui a répondu qu’elle faisant partie des personnes qui sont mises en quarantaine suivant la liste manuscrite qui lui a été remise par le Logisticien du Bureau. Sur cette liste, il est écrit noir sur blanc que ces personnes sont interdites de rentrer au bureau jusqu’à nouvel ordre. Quelle manière drôle de traiter un employé qui travaille dans l’humanité, surtout une femme. Ainsi, elle a regagné sa maison et a appelé son mari pour l’informer de la situation. A noter que Bicachena n’avait pas participé à la cérémonie du Mariage de Joel. Donc, pourquoi elle a été mise en quarantaine si ce n’est pour discriminer ou pour mettre en évidence la face cachée de l’arbitraire de la Mission.
Cela a eu un impact non négligeable sur la famille de Bicachena. Son mari a été interrogé par la RH de son institution sur la question de quarantaine de sa femme et a eu en effet un horaire de travail particulier à cause de ça par son employeur (la compagnie téléphonie mobile Natkom).
La mise en quarantaine simulée par la mission de l’Action Contre la Faim a mis l’épouse de Joel, qui est d’ailleurs en plaine ceinture, en mauvais état après notamment la réception d’un appel du Pasteur qui a célébré la cérémonie pour demander au couple que si c’est vrai que des gens ayant participé à la cérémonie ont été testés positifs au coronavirus ? Stigmatisation totale ! C’est un manque de respect pour la dignité humaine. Cette manière d’agir va à l’encontre du mandat de l’UNICEP qui est la protection de l’enfant, de la femme et des personnes vulnérables.
Nous avons passé plus de 15 jours en quarantaine allant du 31 mars au 16 avril 2020. Les responsables des ressources humaines ont organisé un processus de recrutement bâclé. Ils sont recruté 11 personnes. Ensuite, ils ont mis fin à la quarantaine le 17 avril 2020. Lors de notre retour, on a rencontré les 11 personnes nouvellement recrutées. Le 30 avril 2020, nos contrats ont été résiliés son aucune forme de procédure et les 11 personnes nouvelles recrutées ont été reconduites.
Notons que la mission a résilié notre contrat de manière abusive à un moment où vous avez demandé à l’institution de procéder à une augmentation de staff au niveau de la WaSH. Avec bons sens, le mieux serait de s’appuyer sur la compétence de l’équipe existante et recruter de nouvel staff pour la renforcer. C’est la discrimination, la stigmatisation, l’abus de pouvoir, le favoritisme et l’irrespect de la dignité humaine.
En somme, les faits mentionnés ci-dessus mettent en exergue une discrimination vis-à-vis de la situation des femmes. Il y a eu également des tensions mettant en mal les coupes. C’est donc une violence vis-à-vis de la femme par rapport à cette situation de travail. Le mandat de l’UNICEF c’est la protection des enfants, de la femme et des personnes vulnérable. Ainsi, cela constitue une sorte de violation des principes universels qu’UNICEF défend,
En réalité, notre rôle n’est pas pour vous demander que vous soyez juges dans cette affaire. Cependant, nous tenons à mettre en évidence des agissements qui sont faits par des personnes que vous financez et qui n’honorent pas leur mandant auprès de la communauté haïtienne et non plus aux yeux des responsables haïtiens en terme de gouvernance.
Face à cette situation qui tient à mettre en mal l’humanité, votre mandat et terme d’égalité des genres, la protection de l’enfant, de la femme et des personnes vulnérables, Action Contre la Faim viole des règles fondamentales par ce dossier mal géré.
On peut donc mettre fin à un contrat mais pas de cette manière liée à la discrimination, à la stigmatisation au racisme à des choses farfelues.
Aujourd’hui, on est vulnérable parce qu’on a non seulement mis fin à notre contrat, mais aussi on nous a exposé vis-à-vis de la communauté. Surtout le corona est quelque chose qui n’est pas encore bien maitrisé. Ainsi, on est pointé du doigt au sein de la communauté.
A tel point, nous ne savons pas quel employeur qui va nous recruter sachant qu’on nous a mis dehors non pas pour fraudes mais pour un motif non révélé ayant sa source au racisme, à la discrimination… Nous ne pouvons pas avoir de référence pour justifier notre prochain emploi. Cela nous a mis dans une précarité qui ne dit pas son nom. Cette situation que nous dénonçons bafoue la dignité humaine. C’est pourquoi nous avons jugé nécessaire de vous contacter.
Enante PETIT-FRERE, Licenciée en Sciences Infirmières
Bicachena LORFILS, Diplômée en Sciences Administratives et en Technologie Médicale
Joël PIERRE, Licencié en Sciences Juridiques et diplômé en Sciences Administratives

