Dimanche 19 juillet 2020 ((rezonodwes.com))– L’accord du PetroCaribe signé en 2008 entre le Venezuela et Haïti, a permis à la République d’Haïti d’importer des carburants vendus par le Venezuela et commercialisés sur le territoire national par l’intermédiaire du BMPAD qui travaille sur la tutelle du Ministère de l’Économie et des Finances.
Les importations en provenance du Venezuela ont cessé à partir de 2018 ; le BMPAD a alors organisé des appels d’offres pour importer la totalité des carburants commercialisés en Haïti à partir du marché international. La compagnie (le revendeur) qui remportait l’appel d’offres vendait les carburants au BMPAD (l’importateur) qui les revendaient aux compagnies pétrolières présentes en Haïti. Ce système a perduré jusqu’en mars 2019. A partir de ce moment le BMPAD à laisser les compagnies importer pour leur propre compte. Puis le BMPAD a repris le contrôle des importations à partir de juin 2020.
En effet, depuis le 1er juin 2020, le BMPAD est l’importateur exclusif d’essence, de diesel et de kérosène en Haïti. Le BMPAD planifie les importations, décide des dates d’arrivée des navires, des volumes de carburants importés et de la répartition des carburants entre les 6 compagnies pétrolières. Le BMPAD achète les carburants à son fournisseur et les revend aux compagnies pétrolières. Les navires déchargent les carburants dans les terminaux pétroliers de Varreux, de Thor et de Martissant où les compagnies pétrolières stockent les carburants qu’elles ont acheté au BMPAD.
Les compagnies pétrolières organisent leurs ventes à partir des stocks de carburants dont elles disposent. Depuis le 1er juin 2020, les compagnies ne connaissent les dates d’arrivée des navires que 3 ou 4 jours avant les dates d’arrivée effectives.
La rareté de carburant constatée depuis quelques jours ou quelques semaines au niveau national est donc la conséquence d’une gestion improvisée du carburant au plus haut niveau de l’État. Il y a clairement une absence de planification stratégique du côté du BMPAD qui est redevenu l’importateur unique et seul gestionnaire de l’affaire.
Parallèlement, vu que les prix à la pompe n’ont pas changé depuis des années, pendant que les prix d’importation varient à la hausse et à la baisse, l’État Haïtien continue à pratiquer donc une forme de subvention. En effet, lorsqu’ils sont subventionnés, les carburants sont vendus dans les stations-services à prix inférieur à ce qu’ils ont coûtés aux compagnies pétrolières. L’État doit dans ce cas rembourser les subventions qui ont été financées par les compagnies pétrolières.
Mais, il faut dire clairement que l’État ne subventionne pas les compagnies pétrolières, il subventionne plutôt le prix des carburants pour les consommateurs. En d’autres termes, les subventions n’ont donc rien à voir avec les marges des compagnies pétrolières qui sont définies par le Ministère de l’Économie et des Finances dans la structure de prix.
Il faut reconnaître également qu’il devient important de réviser la structure de structure de prix existe depuis plus trente ans, offrant des marges fixes aux compagnies pétrolières qui doivent faire face à la dépréciation de la gourde (soit 180% sur 12 ans) se traduisant par une inflation de 180% des coûts. Qui pis est, la forte augmentation du nombre des stations-services entraînent une baisses de revenus de ces dernières car l’offre croît à un rythme plus élevé que la demande.
En effet, le nombre de stations-services étant passé de 150 à 260 en 4 ans, mais la consommation des automobilistes et des motocyclistes ayant faiblement augmenté pendant cette période, le volume de carburants vendu par chaque station a donc considérablement diminué. La diminution des volumes vendus par chaque station-service, impacte lourdement leur rentabilité car il faut le même nombre de pompiste pour ventre 30,000 gallons par mois ou le double ; les coûts supportés par les gérants restent donc les mêmes, mais leurs gains diminuent.
Donc les compagnies pétrolières doivent donc échanger les gourdes qu’elles gagnent contre les dollars qu’elles dépensent (environ 700 millions d’US dollars par an pour les achats de carburants et de 40 à 60 millions de dollars pour les investissements qu’elles font).
Les nouvelles dispositions gouvernementales vont encore réduire les marges unitaires des compagnies et des distributeurs (les gérants de stations-services) pendant que ces derniers doivent faire face à des charges de fonctionnement plus élevées. On risque de voir des station-service en faillite et un secteur pétrolier de moins en moins attractif pour les investissements privés.
Jean-Marie Leduc
Journaliste
