17 octobre 2026
Emergence économique : Dessinons autrement cette décennie !
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Emergence économique : Dessinons autrement cette décennie !

« Haïti, pays émergent en 2030 » ne doit être en aucun cas un simple slogan, un tonneau vide et l’un des manèges de nos politiques pour nous embourber encore plus dans la paupérisation. Ce slogan devrait au contraire animer l’esprit des élites et des policy-makers pour s’orienter de manière efficace et efficiente vers l’édification de l’économie  et du tissu productif Haïtien.

Haïti, pays émergent 2030 ! Tel a été le slogan lancé par l’administration Martelly-Lamothe pour qualifier leur « vision » économique et politique de notre République à l’horizon des années 2030.

Mercredi 8 juillet 2020 ((rezonodwes.com))– Face à ce début d’une nouvelle décennie émaillée d’une crise sanitaire à incidence majeure  sur l’économie mondiale, n’est-il pas opportun de donner vie à ce « slogan » afin de s’en servir comme le cheval de bataille du développement économique d’Haïti ?

Cette période de crise est une occasion, une toute autre, à notre portée pour donner du contenu à ce slogan. Question de l’amener à  servir de catalyseur et d’élément moteur d’une transformation économique réelle porteuse de l’aspiration d’une nation haïtienne trop longtemps accablée de maux.

En effet, avec la Covid-19, la croissance du PIB mondial pourrait, selon les  perspectives économiques du Fonds Monétaire International (FMI) publiées en avril 2020, reculer de 3% en 2020 après avoir augmenté de 2,9% en 2019. L’économie européenne (1) serait frappée de plein fouet par la récession (-7,5%). De leur côté, les Etats-Unis devraient également connaître une chute violente de leur PIB (-5,9%). Les prévisions de juin 2020 laissent entendre une détérioration plus prononcée avec une reprise plus lente que ce à quoi on s’attendait.

Pour Haïti, l’impact sur la croissance du PIB serait une chute de 4 %. Nous aurons à enregistrer, entre-autres, une diminution  de 557 millions de dollars sur les envois de fonds de ses migrants. À cela s’ajoute la fébrilité structurelle de l’économie et la situation sécuritaire et politique délétère. 

Pays émergent, qu’en est-il exactement ?

A l’origine, « pays émergent » est un concept qui nous vient des réflexions d’Antoine Van Agtmael économiste néerlandais à la Société financière internationale en 1981, utilisé pour parler de pays en développement offrant des opportunités pour les investisseurs. Ce terme a peu à peu évolué, sans faire l’unanimité chez les économistes, pour désigner la situation d’une économie qui investit l’arène de la mondialisation afin d’étendre son influence et faire valoir une certaine puissance aux yeux de tous. Il faut dire parallèlement que l’émergence économique n’est pas une fin en soi, mais une étape dans le cadre du développement économique vu dans l’optique d’un cheminement capitaliste. Les pays émergents sont donc ceux qui se font distinguer du lot des pays en voie de développement par leur dynamisme à rattraper les retards du mal développement par une croissance économique rapide et qui s’engagent sur la scène internationale en vue de défendre et/ou exhiber une certaine puissance économique. C’est dans ce sens que le Centre d’Etudes Prospectives et d’Informations Internationales (CEPII, 1996) définit le concept de pays émergent à partir de trois critères : un niveau de richesse ; une participation croissante aux échanges internationaux de produits manufacturés  et une attraction exercée sur les flux internationaux de capitaux. Ce qui revient à un taux annuel de croissance de 7 à 8% accompagné d’un cadre macroéconomique plus discipliné donc plus résistant et d’un environnement institutionnel de qualité ; une croissance des exportations de produits manufacturés supérieure de 2% par an à la croissance des échanges mondiaux et un rôle croissant parmi les places financières.

En Haïti, nous sommes très loin d’atteindre ce profil de pays. La croissance économique d’Haïti a globalement été décevante au cours des quatre dernières décennies. De 1971 à 2013, la croissance du PIB (3) s’est établie en moyenne à 1,2 % par année, restant ainsi bien inférieure à la moyenne de la région Amérique latine et Caraïbes (3,5 %) et de celle des économies affichant un niveau de développement similaire (3,3 %). Durant la décennie 2010-2019, les chiffres montrent que le taux de croissance s’est fixé en moyenne autour  de 2,2%. Pour les trois dernières années, les exportations Haïtiennes en biens manufacturés ont cru de 5.82% par an. Pour 2019, elles ont cru en Haïti de 4% pour une croissance mondiale de 8% (OMC).

Dans un pays émergent, prévaut une certaine une attraction exercée sur les flux internationaux de capitaux à travers leur marché financier. Ce qui arrive dans le cas haïtien c’est que nous sommes encore dépourvus d’un tel marché voire à en parler d’une attractivité à rayonnement mondial. Dans la 9e édition du Sommet international de la finance, la BRH a fait l’annonce  du projet de création d’un  marché financier mais sans préciser de délai.  Sur ce point, nous sommes en arrière-plan et le travail qui reste à faire sera ardu lors du lancement de ce marché financier pour s’assurer de sa renommée mondiale.

Entre la réalité haïtienne et les caractéristiques des pays émergents, l’écart est béant. D’un côté, Haïti doit faire  croître son PIB  de 7 à 8% en rythme annuel pour un pays qui n’est pas attrayant en termes d’investissement direct étranger et dont les capacités productives ne sont pas alimentées par une élite pourvoyeuse d’initiatives juteuses. Et un État qui réprime la croissance économique par son inaction face à la corruption, l’insécurité et son incapacité à catalyser l’activité économique. D’un autre côté, le pays doit combler son déficit commercial par une exportation en biens manufacturés croissant à un rythme de 6% en moyenne annuel. Ce qui revient à dire qu’Haïti doit renforcer ou construire sa politique industrielle autour de la promotion des produits transformés et s’assurer de la compétitivité de son économie. L’industrie nationale devrait donc tournée vers l’extérieur et réussir sa rénovation afin de répondre de manière efficace aux assauts de la concurrence internationale.

Voilà donc le défi qui accompagne aujourd’hui le slogan d’Haïti, pays émergent 2030 !

Plaidoyer en faveur de la révision du PSDH

Un plaidoyer est donc lancé ici pour réviser le Plan Stratégique de Développement d’Haïti (PSDH) de 2012 qui a introduit l’idée de l’émergence d’Haïti.  Cela pour les raisons ci-après indiquées :

  • faible résultat observable sur la dernière décennie. En effet, l’économie Haïtienne a cru en moyenne de 1.79% sur la période de 2012 à 2019. Une croissance du PIB autour des 1.15 % pour chacune des années gonflée avec les  pics de l’aide étrangère post-séisme dont 4.25% pour 2013. Entre 2012 à 2018, le PIB (4) par habitant ($ PPA internationaux constant 2011) fut de 1752.71 USD, soit  un taux de croissance moyenne de 4.12%. Le pays est toujours à la traine dans les classements économiques mondiaux. Et les refondations territoriale et institutionnelle demeurent illusoires et sans avancée significative.   
  • la faiblesse dans la conception, la mise en œuvre et le suivi  du PSDH. Dans le PSDH, l’accent a été mis sur les projets plutôt que sur leurs produits. Autrement dit, le PSDH communique sur le libellé des programmes et projets mais ce qui justifie leur inscription dans ledit plan n’est pas projeté en avant. Ce qui fait qu’on peut sciemment absorber le financement d’un projet sans la validation des résultats escomptés. Ainsi, l’efficacité s’absente, les écarts de performance se précisent et les mécanismes de correction sont dans l’incapacité d’être conçus et opérationnalisés. De plus, seul le Plan Triennal d’Investissement (PTI) 2012-2015 a pu voir le jour. Alors que sept plans triennaux étaient prévus. L’on devrait être aujourd’hui en plein cœur de notre troisième PTI.  
  • la nécessité de prendre en compte des enjeux économiques récents. Le PSDH lors de sa conception a pris en compte que les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Alors que depuis septembre 2015, l’ONU s’engage plutôt autour des 17 objectifs de l’ODD tablant sur l’inclusion de la problématique du développement durable. Haïti doit aussi rattraper ses retards dans l’économie  numérique.

Nous sommes un territoire cloisonné par la mer et avec un relief montagneux. En tant que tel, le pays doit inscrire dans son agenda les priorités de l’économie de la mer et des montagnes. Nous devons nous ajuster pour tirer pleinement partie de notre potentialité et même de nos échecs.

Des pistes pour le renouveau

Pour assurer l’efficacité opérationnelle lors de la révision du document, l’État Haïtien devrait penser à réviser et / ou doter le pays de politique industrielle, sociale,  environnementale, agricole, territoriale et d’investissement et du cadre de déploiement qui les soutient.

Aussi, en lieu et place de  quatre grands axes du PSDH : la refondation économique, la refondation territoriale, la refondation institutionnelle et la refondation sociale, une cinquième serait recommandée. Celle de la refondation environnementale.  La problématique de la durabilité liée à l’environnement est trop importante pour être traitée  dans la refondation territoriale comme il est dans le document.    La refondation environnementale aurait donc  à traiter, entre autres, du phénomène des rejets et de la pollution, de l’économie des ressources naturelles et de l’écologie.

En ajout aux idées précédemment soulevées, il y a lieu de préciser la nécessité de changer de démarche et de paradigme. L’État doit pratiquer la transparence et édifier des mécanismes de reddition de compte performants. Une manière  de faire toute la lumière dans le cadre du suivi du PSDH serait la mise en place d’un site internet  permettant l’identification des chefs de projets et des  ministères sectoriels opérationnalisant chaque projet, communiquant les résultats atteints et escomptés et permettant de consulter en temps réels (sur une base mensuelle tout au moins) l’utilisation des fonds dans chaque axe avec les degrés d’avancement. Ce mécanisme pourrait faire aussi appel à la création d’un comité de pilotage du suivi hors des sentiers de l’Administration publique. Constitué par  le Forum Économique du Secteur Privé, les Chambres de Commerce et les Associations Patronale, les organisations de la Société Civile, l’Université d’État d’Haïti, les représentants des Cultes.  Devant ce comité, les rapports d’avancement seraient présentés par le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe pour être analysés et critiqués. Les commentaires et recommandations du grand public doublés de ceux des experts et des membres du comité de pilotage pourront faire l’objet d’un document adressé aux plus hautes autorités du pays. Lequel document sera accessible à tous.

Somme toute, il devient évident que l’émergence d’Haïti ne serait pas le fruit du hasard mais d’un plan bien ficelé et efficacement traduit en termes clairs et en résultats intermédiaires atteignables dans un délai imparti. Haïti, pays émergent doit être plus qu’un slogan. Plus qu’un vœu pieux. Plus que circonscrit dans un document difficilement opérationnalisable.

Haïti, pays émergent doit sortir de toute paternité de groupe politique ou économique. Mais, il doit être l’aveu d’une élite au service de sa population. La prétention de toute la nation. Le rêve qui sera prêché à nos écoliers, nos jeunes et nos enfants.

Haïti, pourra-t-elle émerger en 2030 ? Peut-être.  Devrait-on repousser le délai dans nos planifications? Certainement. Mais, en dehors de toute considération temporelle, d’appartenance politique, de classe sociale ou économique, il nous est imposé de dessiner autrement cette décennie pour garantir notre futur.

Jeff Alix ST TILMA, Économiste

jealixst@gmail.com

  Références

1 Comment

  • amazone 8 juillet 2020

    « Emergence économique : Dessinons autrement cette décennie ! »
    A vous lire, je me demande si vous etes tout simplement fou ou dementiel! « Dessinons ». La seule chose que vous sachiez dessiner c’est un environment plein de matiere fecale et la misère a gogo. Vous savez aussi dessiner un vol systematique des fonds publics. Quoi d’autre? Ah, une ville ou le pave est tasse de matiere fecale et detritus! Voila ce que vous savez dessiner, idiot. Ignorant.

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