16 octobre 2026
Face au racisme, vigilance absolue!
Actualités Société

Face au racisme, vigilance absolue!

par Arnousse Beaulière

RACISME – La première fois que j’ai croisé la xénophobie et le racisme, c’était un jour de l’année 1997, à Strasbourg. Depuis ce jour, une blessure s’est ouverte, qui ne s’est toujours pas cicatrisée. Désormais, je décide de parler et d’agir en pensant aux étrangers et immigrés d’origine africaine -comme moi- qui vivent dans ce beau pays.

Mercredi 10 juin 2020 ((rezonodwes.com))– Selon le rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) intitulé « Racisme, antisémitisme et xénophobie en France. Rapport 2012« , 65% des Français estiment que « certains comportements peuvent parfois justifier des réactions racistes« .

La première fois que j’ai croisé la xénophobie et le racisme, c’était un jour de l’année 1997, à Strasbourg, magnifique ville où j’ai passé mes plus belles années d’études supérieures. Attendant, seul un bus à l’arrêt se situant, à cette époque, devant le restaurant universitaire « Gallia » pour rentrer chez moi dans le quartier de la Robertsau, j’ai été surpris par l’attitude d’une vieille dame arrivant de loin accompagnée d’un monsieur du même âge qu’elle apparemment, environ 70-75 ans.

En effet, alors que, par politesse, j’ai attendu que le couple arrive à mon niveau pour le laisser monter avant moi dans le bus, la dame m’a lancé à la figure: « vous là, rentrez dans votre pays, vous n’êtes pas chez vous ici, laissez-nous passer… !« . Stupéfait, je suis resté sans voix! Le monsieur visiblement gêné par ce qu’il venait d’entendre s’est empressé de me présenter des excuses. Que j’ai bien reçues. Il faut noter d’ailleurs qu’il a administré, ce jour-là, une magistrale leçon de morale et d’humanité à cette dame en lui reprochant ouvertement dans le bus d’avoir commis un acte xénophobe et raciste à mon égard.

Depuis ce jour, une blessure s’est ouverte, qui ne s’est toujours pas cicatrisée malgré la courageuse réaction de ce monsieur. Cette blessure m’a poussé à chercher à comprendre ce qui se passe dans les rapports des Français aux étrangers et immigrés. Je me suis rendu compte à quel point, en réalité, cet épisode strasbourgeois n’était qu’un exemple parmi de nombreux autres vécus quotidiennement par des Africains en France. Il reflète, à bien des égards, ce mélange d’ostracisme, de méfiance, d’intolérance, et en même temps d’ouverture, de solidarité, d’humanité des Français vis-à-vis de l’étranger et de l’immigré -une sorte de schizophrénie que les Italiens, Espagnols, Portugais, Polonais ont bien connue, par le passé, à leur arrivée en France. Cette France à double facette, capable du meilleur comme du pire à l’égard de ceux-là mêmes qui contribuent à son dynamisme économique, démographique, social et culturel.

Hélas, depuis le 21 avril 2002 -date du séisme politique qui semble être devenu un lointain et banal souvenir dans la société française tant la lepénisation des esprits a fonctionné à plein régime-, c’est plutôt le pire qui prévaut. En témoigne la montée spectaculaire des idées d’extrême droite dans l’opinion publique facilitée, entre autres, par: les pratiques buissonesques de la fameuse « droite décomplexée » au pouvoir entre 2002 et 2012; l’échec cuisant des deux premières années du quinquennat socialiste débuté le 6 mai 2012; et une partie des médias appuyant la stratégie de « normalisation » du FN. Au point qu’on assiste désormais, de la part des tenants de la droite dure et de l’extrême droite, à ce qu’Anne Sinclair appelle un « racisme à ciel ouvert « . Une atmosphère de plus en plus rance où la banalisation des paroles et actes racistes n’est plus à démontrer.

Longtemps, je me suis tu. Désormais, je décide de parler et d’agir en pensant aux étrangers et immigrés d’origine africaine -comme moi- et particulièrement à leurs enfants qui vivent dans ce beau pays. C’est ainsi que je publie un ouvrage intitulé « Immigration, Intégration. Un malaise persistant » (Les points sur les i, 2014) et des textes dans la presse et sur les réseaux sociaux, et accepte d’intervenir auprès de jeunes collégiens et lycéens, de toutes origines, à travers des rencontres-débats partout où je suis invité.

Je m’engage également de plus en plus dans la coopération et la solidarité internationales. Face à cette atmosphère de plus en plus irrespirable en France, et en Europe, avec la montée des populistes de tous poils, il faut faire preuve d’une vigilance absolue. Comme le dit Christiane Taubira, ministre de la Justice, garde des Sceaux, dans Paroles de liberté (Flammarion, 2014), « le temps n’est pas à l’ordinaire. Les propos d’exclusion et de racisme envahissent l’espace public. Nous n’avons ni le droit de laisser faire ni celui de ne pas comprendre« .

Arnousse Beaulière
Docteur en économie,
Analyste politique,
auteur de l’essai intitulé « Haïti: Changer d’ère »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.