14 octobre 2026
L’école haïtienne hypothèque l’avenir de la jeunesse
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L’école haïtienne hypothèque l’avenir de la jeunesse

Lundi 27 avril 2020 ((rezonodwes.com))– Je me rappelle qu’en classe de préparatoire 1 et 2, première, deuxième année fondamentale, je devais être capable de réciter sous la menace du fouet d’un commandant instituteur, cette  leçon dont l’énoncée est : «  La grammaire française est l’ensemble des règles à suivre pour parler et écrire correctement le français ».

Un coup de fouet est parti  à chaque hésitation, à chaque mot raté. Je devrais pouvoir réciter sans faille que Christophe Colomb a découvert Haïti le 5 Décembre 1492 et qu’il était né à  Gênes, Ville d’Italie, en 1451. Je n’avais  pas  appris  grand-chose de l’histoire des Caraïbes, des premiers habitants de l’ile d’Haïti, leur histoire et leur culture. Je n’avais qu’une faible  connaissance de la Reine Anacaona et  son histoire.

Mais, je pouvais bien réciter l’histoire de Christophe  Colomb , de ses prouesses  d’avoir pu parcourir de l’Europe aux Amériques pour occuper l’espace,  ramasser   de l’or et toutes les ressources disponibles et faire de l’Espagne une puissance économique. Ces livres existent encore et nos enfants continuent à les répéter. Pourtant, même étant en classe de rhétorique et de philosophie, nouveau secondaire trois et quatre, je n’étais pas capable de décrire l’environnement dans lequel je vis, je ne savais pas de quoi se compose la nature haïtienne.

Je ne pouvais pas réellement décrire les différents fruits produits  en Haïti et leurs bienfaits

dans le corps. Et le constat aujourd’hui,  c’est que les cultivateurs vendent dans les  marchés  publics les aliments biologiques pour acheter des produits importés bourrés de produits chimiques et s qui ont de graves conséquences sur leur santé. Tout doit passer par l’éducation et la formation. L’Education est l’arme la plus puissante pour changer le monde (Nelson Mandela).

En classe de sixième secondaire, cinquième secondaire, quatrième secondaire (septième, huitième et  neuvième  année fondamentale), je devais  apprendre  par cœur les fables de Jean Lafontaine, les vers de Jean Racine, Pierre Corneille et  de Molière.  Pour n’avoir pas pu répéter avec exactitude quelque passage des  vers des  fables de la Fontaine, j’ai été  souvent contraint de  rester en punition sur la cour  de l’école. Pendant que les autres élèves partent.

Pourtant, je n’avais rien appris sur les comportements à adopter en situation de catastrophes naturelles (tremblement de terre, cyclones, ouragans, inondations etc.). Je n’avais aucune information sur  les ressources naturelles et minières d’Haïti. Je n’avais aucune information  de l’histoire des tremblements de terre.  Je ne savais pas  si Haïti était un pays à haut risque  sismique et comment je devrais me comporter au moment d’un tremblement de terre. Les années sont passées. J’ai laissé une classe pour monter à une autre mais je n’ai rien appris de substantiel.

En classe de troisième, seconde et de Rhétorique (secondaire 1, secondaire 2 et secondaire 3), je devrais maitriser l’histoire de la littérature française du moyen-âge au 18e   siècle.  Je devais être capable de réciter  l’histoire de  Tristant  et Iseult, la Chanson de Roland, les vers de  François Rabelais, Michel de Montaigne. Pourtant je n’avais rien appris de substantiel sur l’histoire de la littérature haïtienne. Ils ne sont peut-être pas nombreux les élèves haïtiens qui connaissent bien  Anténor Firmin et son maitre ouvrage De l’égalité des races humaines comme réponse bien taillée au texte de Joseph Arthur de Gobineau, Essai sur  l’inégalité des races humaines. L’école haïtienne n’apprend pas Haïti dans son programme. Cette école ne m’a pas appris à aimer Haïti, sa nature et son histoire.

Les classes de Rhétorique et de Philosophie, secondaire trois et quatre constituaient  dans le temps  des obstacles pour les élèves  haïtiens.  Les rêves des jeunes qui désiraient devenir  médecins, ingénieurs, avocats etc., sont  souvent bloqués  en classe de Rhétorique. Car à un certain moment, seulement 2 à 3 % des élèves pouvaient  réussir l’examen du baccalauréat.  Les autres sont  échoués. Je jure que la majorité d’entre eux n’étaient pas incapables, n’étaient pas des crétins. Ils étaient juste  victimes d’un système éducatif mal agencé. Car, il y en a  qui ont eu  de fortes notes  pour  la physique et les mathématiques  mais qui échouent pour avoir eu une faible  note   pour les  littératures ou les sciences sociales. Et  d’autres  qui ont eu  de belles notes pour la littérature ou l’histoire  mais qui échouent pour avoir obtenu une faible note pour  la physique ou les mathématiques.

Alors qu’en principe, celui qui souhaiterait  embrasser les sciences juridiques n’aurait pas besoin d’une note maximale en mathématique ou en physique pour réussir son baccalauréat. C’est injuste. Celui qui souhaiterait  devenir ingénieur ou physicien, mathématicien n’aurait pas besoin une note maximale en littérature pour réussir son baccalauréat. Ainsi, après avoir essuyé plusieurs échecs, ces élèves sont contraints malgré eux, d’abandonner l’école  pour embrasser la vie autrement. Il faut une révision du curriculum du système éducatif, réviser et réadapter  les disciplines enseignées.  

Il faut rendre uniforme la formation, mettre fin avec la disparité entre une  cette école  pour les riches, les moins riches et les pauvres, une école pour la capitale, les zones urbaines et une pour  les sections communales. Il faut surtout insister sur la formation des enseignants. Car la majorité d’entre eux, enseignent des matières qu’ils n’ont pas apprises. Pourtant les enseignants  formés au centre déformation pour école  fondamentale (CEFEF), des Centres de  formation initiale accélérée  (FIA) et à l’école Normale Supérieure ne sont pas tous  nommés dans le système. Souvent des réformes annoncées par un ministre sont éclipsées par un autre. Qu’est-ce qu’on fait des douze mesures proposées par l’ancien Ministre de l’éducation Nationale, Nesmy Manigat ?

L’éducation haïtienne telle qu’elle est enseignée aujourd’hui ne joue aucun rôle dans la transformation de l’homme haïtien. Elle ne prépare pas le  citoyen de demain et de bons dirigeants. Le comportement de la jeunesse actuelle est étroitement lié à l’éducation qu’elle a reçue. La jeunesse est mal orientée  et son avenir est hypothéqué.

Me. Jean Ronel  SISTANIS
Avocat
Spécialiste en droit International des Droits de l’Homme
Doctorant en Droit International Public
sistanisj@gmail.com

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