Lundi 27 avril 2020 ((rezonodwes.com))– Je me rappelle qu’en classe de préparatoire 1 et 2, première, deuxième année fondamentale, je devais être capable de réciter sous la menace du fouet d’un commandant instituteur, cette leçon dont l’énoncée est : « La grammaire française est l’ensemble des règles à suivre pour parler et écrire correctement le français ».
Un coup de fouet est parti à chaque hésitation, à chaque mot raté. Je devrais pouvoir réciter sans faille que Christophe Colomb a découvert Haïti le 5 Décembre 1492 et qu’il était né à Gênes, Ville d’Italie, en 1451. Je n’avais pas appris grand-chose de l’histoire des Caraïbes, des premiers habitants de l’ile d’Haïti, leur histoire et leur culture. Je n’avais qu’une faible connaissance de la Reine Anacaona et son histoire.
Mais, je pouvais bien réciter l’histoire de Christophe Colomb , de ses prouesses d’avoir pu parcourir de l’Europe aux Amériques pour occuper l’espace, ramasser de l’or et toutes les ressources disponibles et faire de l’Espagne une puissance économique. Ces livres existent encore et nos enfants continuent à les répéter. Pourtant, même étant en classe de rhétorique et de philosophie, nouveau secondaire trois et quatre, je n’étais pas capable de décrire l’environnement dans lequel je vis, je ne savais pas de quoi se compose la nature haïtienne.
Je ne pouvais pas réellement décrire les différents fruits produits en Haïti et leurs bienfaits
dans le corps. Et le constat aujourd’hui, c’est que les cultivateurs vendent dans les marchés publics les aliments biologiques pour acheter des produits importés bourrés de produits chimiques et s qui ont de graves conséquences sur leur santé. Tout doit passer par l’éducation et la formation. L’Education est l’arme la plus puissante pour changer le monde (Nelson Mandela).
En classe de sixième secondaire, cinquième secondaire, quatrième secondaire (septième, huitième et neuvième année fondamentale), je devais apprendre par cœur les fables de Jean Lafontaine, les vers de Jean Racine, Pierre Corneille et de Molière. Pour n’avoir pas pu répéter avec exactitude quelque passage des vers des fables de la Fontaine, j’ai été souvent contraint de rester en punition sur la cour de l’école. Pendant que les autres élèves partent.
Pourtant, je n’avais rien appris sur les comportements à adopter en situation de catastrophes naturelles (tremblement de terre, cyclones, ouragans, inondations etc.). Je n’avais aucune information sur les ressources naturelles et minières d’Haïti. Je n’avais aucune information de l’histoire des tremblements de terre. Je ne savais pas si Haïti était un pays à haut risque sismique et comment je devrais me comporter au moment d’un tremblement de terre. Les années sont passées. J’ai laissé une classe pour monter à une autre mais je n’ai rien appris de substantiel.
En classe de troisième, seconde et de Rhétorique (secondaire 1, secondaire 2 et secondaire 3), je devrais maitriser l’histoire de la littérature française du moyen-âge au 18e siècle. Je devais être capable de réciter l’histoire de Tristant et Iseult, la Chanson de Roland, les vers de François Rabelais, Michel de Montaigne. Pourtant je n’avais rien appris de substantiel sur l’histoire de la littérature haïtienne. Ils ne sont peut-être pas nombreux les élèves haïtiens qui connaissent bien Anténor Firmin et son maitre ouvrage De l’égalité des races humaines comme réponse bien taillée au texte de Joseph Arthur de Gobineau, Essai sur l’inégalité des races humaines. L’école haïtienne n’apprend pas Haïti dans son programme. Cette école ne m’a pas appris à aimer Haïti, sa nature et son histoire.
Les classes de Rhétorique et de Philosophie, secondaire trois et quatre constituaient dans le temps des obstacles pour les élèves haïtiens. Les rêves des jeunes qui désiraient devenir médecins, ingénieurs, avocats etc., sont souvent bloqués en classe de Rhétorique. Car à un certain moment, seulement 2 à 3 % des élèves pouvaient réussir l’examen du baccalauréat. Les autres sont échoués. Je jure que la majorité d’entre eux n’étaient pas incapables, n’étaient pas des crétins. Ils étaient juste victimes d’un système éducatif mal agencé. Car, il y en a qui ont eu de fortes notes pour la physique et les mathématiques mais qui échouent pour avoir eu une faible note pour les littératures ou les sciences sociales. Et d’autres qui ont eu de belles notes pour la littérature ou l’histoire mais qui échouent pour avoir obtenu une faible note pour la physique ou les mathématiques.
Alors qu’en principe, celui qui souhaiterait embrasser les sciences juridiques n’aurait pas besoin d’une note maximale en mathématique ou en physique pour réussir son baccalauréat. C’est injuste. Celui qui souhaiterait devenir ingénieur ou physicien, mathématicien n’aurait pas besoin une note maximale en littérature pour réussir son baccalauréat. Ainsi, après avoir essuyé plusieurs échecs, ces élèves sont contraints malgré eux, d’abandonner l’école pour embrasser la vie autrement. Il faut une révision du curriculum du système éducatif, réviser et réadapter les disciplines enseignées.
Il faut rendre uniforme la formation, mettre fin avec la disparité entre une cette école pour les riches, les moins riches et les pauvres, une école pour la capitale, les zones urbaines et une pour les sections communales. Il faut surtout insister sur la formation des enseignants. Car la majorité d’entre eux, enseignent des matières qu’ils n’ont pas apprises. Pourtant les enseignants formés au centre déformation pour école fondamentale (CEFEF), des Centres de formation initiale accélérée (FIA) et à l’école Normale Supérieure ne sont pas tous nommés dans le système. Souvent des réformes annoncées par un ministre sont éclipsées par un autre. Qu’est-ce qu’on fait des douze mesures proposées par l’ancien Ministre de l’éducation Nationale, Nesmy Manigat ?
L’éducation haïtienne telle qu’elle est enseignée aujourd’hui ne joue aucun rôle dans la transformation de l’homme haïtien. Elle ne prépare pas le citoyen de demain et de bons dirigeants. Le comportement de la jeunesse actuelle est étroitement lié à l’éducation qu’elle a reçue. La jeunesse est mal orientée et son avenir est hypothéqué.
Me. Jean Ronel SISTANIS
Avocat
Spécialiste en droit International des Droits de l’Homme
Doctorant en Droit International Public
sistanisj@gmail.com

