par Jean Carlo Milien
Mercredi 29 avril 2020 ((rezonodwes.com))– L’ère actuelle met par devers des situations presqu’inimaginables auxquelles nous devons humainement nous adapter. On vit dans une société dans laquelle ( société haïtienne) la société civile est véritablement spectatrice de ses maux, bon gré mal gré.
Depuis des décennies, Haïti offre à la face du monde des spectacles dignes de connards ivres de la démocratie. Cette dernière offre à l’haïtien une liberté qui devient même liberticide. Cette réalité est l’expression indubitablement des pratiques politiques itératives qui hypothéqueraient l’avenir de la génération Post duvaliériste (1986). De Lavalas au parti des Crânes rasés ( Tèt Kale), l’hémorragie continue et la plaie s’élargit. Tout bien considéré, le dernier régime « Tet Kale » enfonce davantage le pays dans l’inertie économique et la négation des valeurs. Et il s’érige du même coup en catalyseur de l’effondrement systématique du système politique dans ses dimensions institutionnelles, structurelles et fonctionnelles.
Aujourd’hui, c’est quasiment un truisme que la nation s’enlise, et le spectacle a atteint son paroxysme. En effet, les dernières déclarations du PM actuel Joseph Jouthe renouvelant officiellement son amitié inconditionnelle avec les bandits donne le tournis. Ce qui n’étonne guère. C’est un jeu théâtralisé, mais combien révélateur. Il affirme l’hypothèse que le pouvoir et le banditisme sont du même acabit autrement dit, les deux faces d’une même pièce.
Toutefois, dans ses rapports inévitablement surgissent historiquement des rapports de force et du coup source de conflits ouverts. Ces derniers, en référence, suivent la récente déclaration du ministre de la justice, dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, proscrit aux habitants de Martissant, de laisser ipso facto ses quartiers. Le ministre entend, dans ce casus belli, pacifier la zone et mettre hors d’état de nuire ces malfrats. Du reste, on se demande n’est-ce pas une alerte faite aux bandits afin qu’ils puissent se mettent à l’abri ? Et y-a-t-il un endroit pour accueillir les gens qu’on a ordonnés de se déplacer ?
Le passage en boucle de la vidéo du ministre de la justice, ancien GNBiste, opposant du pouvoir Lavalas de 2004, dénote l’ignorance et la plus haute désinvolture dans les discours de la dernière gente gouvernementale. Au lieu de prendre la situation avec retenue et de l’intelligence, tout en évitant des dommages collatéraux, à l’opposé, il intime l’ordre à la population de laisser son espace de vie dans 72h. Ce discours esquisse la dissonance et l’imbroglio qui en sont dans l’ADN même de ce gouvernement.
Il requiert dans un premier temps, dans le cadre des mesures préventives prises par ce gouvernement via MSPP, d’enjoindre à population de rester chez elle afin de contenir la propagation du Covid-19 (Depuis le début de ce dernier, Haïti dénombre à présent 74 cas contaminés, et, dedans 6 morts et 5 survivants selon les données du MSPP). En demandant à la population martissanais de vider les lieux sans savoir, à priori, où se réfugie ajouterait une couche sur le sort de ces gens déjà moralement affaiblis et économiquement précaires.
Dans la foulée, cette décision sous-jacente comporte dans sa forme et son fond une grossière légèreté rendant plus complexe le sort de ces habitants. Ils sont pour la plupart des paysans paupérisés et sont contraints de laisser la campagne à la recherche d’un mieux-être. De ce fait, ils s’insèrent dans un morceau territoire au prorata de ses moyens, de surcroît, certains d’entre eux n’ont nulle part où aller.
Pour finir, les biens pensant aux idées conformistes présument que la solution au problème de banditisme serait de décimer la zone et y compris les habitants. Cette recette de cuisine, on l’utilise depuis 2004. Pour rappel, des milliers ont été déjà trouvés la mort et/ou emprisonnés. Par contre, la réalité reste telle qu’elle a été, seulement elle change graduellement de territoire. N’est-ce pas le moment de bien poser le problème et/ou d’agir en amont ? Ne serait-ce pas aussi important de chercher à connaître le laboratoire et couper les pipelines qui les alimentent? En quoi les habitants de Martissant sont-ils responsables au point de leur demander de laisser ses maisons ?
Le banditisme est un fait de société autrement dit, il est le produit même de la société. Et Émile Durkheim, en 1894, a eu la largesse de dire que « Le crime est normal, parce qu’une société qui en serait exempte est tout à fait impossible ; telle est la première évidence paradoxale que fait surgir la réflexion sociologique. » Les réflexions sociologiques et anthropologiques devraient à priori vous guider; toutefois elles vous font défaut peut-être volontairement.
JCM
Citoyen engagé !
PS: Il est nécessaire que je finisse en rappelant qu’on n’est nullement en train de faire l’apologie du crime. Ce n’est point l’idéal de cette lecture. Toutefois, Il invite à réfléchir sur les déterminants sociaux et les facteurs économiques qui nourrissent les déséquilibres et les dysfonctionnements de la société haïtienne. C’est le moment d’offrir d’autres alternatives aux quartiers précaires, de les intégrer dans la société.


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