Vendredi 21 février 2020 ((rezonodwes.com))– Dans un rapport élaboré par le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, l’ancien policier devenu chef de gang, Jimmy Cherizier alias Barbecue, a été indexé ainsi que d’autres complices, bandits et policiers, dans les événements des 4, 5 et 6 novembre 2019 ayant causé la mort de plusieurs personnes dans le quartier de Bel-Air.
L’attaque initiale, dont l’objectif était de lever les barrages routiers dans cette zone pro-opposition, aurait été menée par Jimmy Cherizier, alias Barbecue, James Alexander, alias Ti Sonson et Alex, dit Malkonprann, respectivement chefs des gangs de Delmas 6, de la base Krache Dife (Bas BelAir), et de la rue Saint Martin.
Le 3 novembre 2019, rapporte le BINUH, une quarantaine d’hommes armés dirigés par Jimmy Cherizier, alias Barbecue, James Alexander, alias Ti Sonson, et Alex alias Malkomprann, respectivement chefs des gangs de Delmas 6, Krache Dife et de la rue Saint Martin se sont rendus dans la matinée dans le quartier de Bel-Air et ont proposé aux résidents une compensation financière pour lever les barricades, offre que ceux-ci ont décliné.
Le lendemain, 4 novembre 2019, les trois chefs de gang sont retournés à Bel-Air accompagnés d’une cinquantaine d’individus lourdement armés. Ils ont ouvert le feu indistinctement sur la population et les façades des résidences, incendié 11 véhicules et blessé deux résidents : un homme de 20 ans par balle, et un autre homme roué de coups sur tout le corps avec une crosse de fusil.
Durant l’attaque du 4 novembre, vers 9h30, une patrouille de la Brigade d’opération et intervention départementale (BOID) a traversé le quartier de Bel-Air en se dirigeant vers Cité Soleil pour des faits non reliés. Des échanges de tirs ont eu lieu entre la patrouille et les assaillants. Ces derniers se sont retirés par une ruelle. Les échanges de tirs terminés, les policiers du BOID ont quitté la zone, signalant l’incident au centre de communication de la police mais sans appeler de renfort, ni les poursuivre physiquement, ni prendre de mesures pour enquêter, identifier les victimes et dommages et protéger la population dans l’éventualité d’un retour des assaillants.
Le 5 novembre, aux alentours de 1h du matin, le même groupe d’individus, sous la conduite de Jimmy Cherizier, alias Barbecue, Alex alias Malkomprann, et James Alexander alias Ti Sonson, est retourné à Bel-Air, saccageant une maison, tirant plusieurs rafales d’armes automatiques indistinctement sur au moins deux maisons et blessant une femme par balles. Un groupe de policiers hors service résidant rue Mayard, un quartier adjacent à celui de Bel-Air, a répliqué aux tirs des assaillants, utilisant leurs armes de service. Au cours de cet échange, Alex alias Malkomprann a été tué par balle.
Selon les informations recueillies par le SDH, son corps a été emmené par ses éléments dans un lieu inconnu par les membres de son gang et ceux de Delmas 6.
En représailles à la mort d’Alex, une troisième attaque a été menée dans l’après-midi du 6 novembre, ciblant les rues Saint Martin et Mayard où résident les policiers impliqués la veille dans les échanges de tirs. Menés par Jimmy Cherizier alias Barbecue et James Alexander alias Ti Sonson, une cinquantaine d’individus armés de carabines militaires et de fusils d’assaut ont incendié une trentaine de maisons et tiré sur deux résidences, atteignant deux hommes et une fille de seize ans. Un des hommes est décédé des suites de ses blessures quelques jours plus tard.
Le BINUH a révélé que plusieurs autres attaques ont eu lieu à Bel-Air, ainsi que dans les rues Mayard et Saint Martin, notamment les 7, 8, 11, 12 et 19 novembre. Durant l’attaque du 19 novembre, un jeune homme de 23 ans a été tué par Jimmy Cherizier et des membres de son gang.
Plusieurs personnes interrogées, y compris des témoins oculaires, ont fait état de la présence de trois policiers en civil aux cotés de Jimmy Cherizier au cours des trois jours d’attaques dans la zone. Les témoins ont identifié ces trois policiers comme étant proches ou membres du gang de Delmas 6. Ils étaient armés et auraient participé activement aux attaques menées par les gangs les 4, 5 et 6 novembre en tirant avec des armes à feu sur les résidences et en incendiant des véhicules. Il s’agirait d’un policier affecté au commissariat de Petite-Rivière de l’Artibonite (Département de l’Artibonite), d’un policier cantonné au commissariat de Pignon (Département du Nord) et d’un policier affecté à l’Unité de sécurité générale du Palais national (USGPN).
Le rapport présente des recommandations à l’attention des autorités haïtiennes, notamment afin d’assurer que les personnes responsables de violations et d’abus des droits humains, y compris celles exerçant ou ayant exercé des fonctions publiques, soient traduites en justice conformément aux normes et standards internationaux en matière de droits humains, y compris le droit à un procès équitable. Le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme invitent le Gouvernement à appliquer l’ensemble des recommandations formulées dans le présent rapport et réaffirment leur engagement à soutenir les autorités dans leurs efforts pour protéger et promouvoir les droits humains.
Le rapport a rappelé qu’un incident similaire aux attaques de Bel-Air s’était produit un an auparavant, presque jour pour jour, les 13 et 14 novembre 2018, dans le quartier de La Saline à Port-au-Prince. Jimmy Cherizier aurait également été impliqué dans cette attaque, causée par des guerres de territoire entre gangs pour le contrôle d’un marché. Cherizier faisait alors déjà l’objet d’une enquête pour assassinat et association de malfaiteurs dans le cadre de l’opération policière de Grand Ravine en novembre 2017.
Comme lors de l’attaque à Bel Air, des agents de l’État auraient été impliqués dans les incidents de La Saline et les forces de sécurité, mal ou sous équipées, n’avaient répondu que timidement pour protéger la population.

