Depuis l’université new-yorkaise de la New School, le chef de l’ONU a appelé jeudi les hommes à soutenir les droits des femmes et l’égalité des sexes.
Vendredi 28 février 2020 ((rezonodwes.com))– Le 28 septembre 1962, un cours inhabituel commence à la New School. Dans cette université de New York renommée pour son progressisme et son avant-gardisme, des étudiants suivent un cours intitulé Les grandes femmes dans l’histoire américaine. Il s’agit, à l’époque, du premier cours sur l’histoire des femmes proposé aux Etats-Unis. Le cours n’est pas seulement novateur par son thème. L’enseignante, âgée de 42 ans, est une étudiante de second cycle qui n’a pas encore obtenu sa licence d’université. Son nom : Gerda Lerner.
Née à Vienne en 1920, cette femme issue d’une famille juive autrichienne a fui le nazisme pour les Etats-Unis en 1939. Devenue citoyenne américaine, Gerda Lerner poursuivra ensuite ses études et deviendra une auteure et universitaire renommée et l’une des pionnières de l’histoire des femmes aux Etats-Unis.
C’est à la New School, institution universitaire centenaire créée en 1919 en réaction au conservatisme politique et académique de l’époque, que le chef de l’ONU a tenu à dénoncer une « injustice écrasante à travers le monde » : l’inégalité des sexes et la discrimination à l’égard des femmes et des filles.
« Partout, les femmes sont moins bien loties que les hommes, simplement parce qu’elles sont des femmes », a déclaré M. Guterres devant un parterre d’étudiants, de professeurs et de chercheurs de l’université emblématique de Greenwich Village – le quartier de New York où sont nés les mouvements artistique et littéraire de la Beat Generation et de la contre-culture des années 1960.
« Si elles sont migrantes ou réfugiées, handicapées ou issues d’une quelconque minorité, « elles sont confrontées à des barrières encore plus importantes », a-t-il déclaré, dans cet établissement d’enseignement supérieur longtemps connu pour avoir abrité au sein de son Université en exil les intellectuels et universitaires européens – hommes et femmes – qui ont fui le fascisme et le nazisme.
Nous devrions tous avoir honte des inégalités dont sont victimes les femmes au 21e siècle. Ce n’est pas seulement inacceptable, c’est stupide – António Guterres
« Cette discrimination nuit à nous tous », a souligné le Secrétaire général, après avoir reçu un doctorat Honoris Causas de la New School. « Tout comme l’esclavage et le colonialisme étaient des tâches des siècles précédents, nous devrions tous avoir honte des inégalités dont sont victimes les femmes au 21e siècle. Ce n’est pas seulement inacceptable, c’est stupide ».
« Prérequis pour un monde meilleur », l’égalité des sexes n’est pourtant pas un nouveau problème de société, a souligné M. Guterres. « Les femmes se battent pour leurs droits depuis des siècles », a-t-il rappelé, se félicitant de voir aujourd’hui des jeunes femmes comme Malala Yousafzai et Nadia Murad « briser les barrières et créer de nouveaux modèles de leadership ».
Mais malgré ces avancées, la situation des droits des femmes reste tragique, a rappelé le chef de l’ONU. « L’inégalité et la discrimination sont la norme partout dans le monde. Les progrès se sont ralentis et ont été renversés dans certains cas. Il y a une riposte forte et implacable contre les droits des femmes », a –t-il déploré.
Comme il l’a répété à plusieurs reprises depuis le début de son mandat, le Secrétaire général a rappelé de nouveau que l’égalité des sexes est fondamentalement une question de pouvoir. « Nous vivons dans un monde dominé par les hommes et dans une culture dominé par les hommes. Nous avons fait comme cela depuis des millénaires », a-t-il dit. « Trop souvent, les femmes ne sont pas comptées et leurs expériences ne comptent pas ».
A la New School, M. Guterres a souligné que les dommages causés par le patriarcat et les inégalités vont bien au-delà des femmes et des filles. « Les hommes aussi ont un genre. Il est défini de manière si rigide qu’il peut piéger les hommes et les garçons dans des stéréotypes qui impliquent un comportement à risque, une agression physique et une réticence à demander conseil ou soutien », a-t-il dit.

