Port-au-Prince, mercredi 11 Décembre 2019 ((rezonodwes.com))–
Lettre Ouverte
Monsieur Pierre Josué Agénor CADET
Ministre démissionnaire de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle
(MENFP)
En ses bureaux._
Objet : Mise au point sur les Droits des employés et notamment le Droit syndical
Monsieur le Ministre,
Le Bureau exécutif du Syndicat du Personnel du Ministère de l’Education Nationale et de
la Formation Professionnelle (SPEMENFP) a le regret de constater que par ce phénomène de chute vertigineuse de descente aux enfers qui devient la caractéristique principale des institutions républicaines, même le Ministère de l’Education Nationale n’en est pas épargné.
Comme vous pouvez remarquer, nous avons choisir la date du 10 décembre pour vous écrire cette lettre. Vous comprendrez toute suite qu’il ne s’agit pas d’une simple action isolée et dénuée de sens. L’action sociale est toujours motivée.
Le 10 décembre rappelle l’adoption de la déclaration universelle des Droits de l’homme. Le Bureau du SPEMENFP ne va pas faire toute une dissertation sur les fondements théoriques et épistémologiques de ce document international qui constitue, jadis et à côtés d’une panoplie d’autres documents juridiques complémentaires, le fil conducteur de tous les mouvements de défenses et de promotion des Droits humains à travers le monde.
Monsieur le Ministre, Le Bureau du Syndicat est d’autant plus consterné par la désinvolture avec laquelle vous vous en prenez à l’ensemble des problèmes qui rongent le système éducatif en général et les administrations départementales et centrale en particulier.
Permettez que, succinctement et de manière non-exhaustive, nous, membres du bureau exécutif du syndicat, vous dressions le panorama crasseux du MENFP
1- Des élèves peinent à aller l’école depuis il y a trop longtemps ;
2- Ils sont des centaines de contractuels à avoir travaillé toute une année durant sans recevoir un seul sous ;
3- Ils sont des milliers d’enseignants en salle de classes avec ou sans lettre de nomination
attendant leur paie ou leur lettre de nomination, chacun en ce qui le concerne ;
4- Le Ministère que vous dirigez a payé et ce, depuis plus d’une année un bâtiment qui ne
répond nullement aux normes et conditions de sécurité que requiert le travail, avec comme corollaire la mise en danger de la vie des employés qui y seront potentiellement affectes ;
5- Les employés des Directions départementales réclament, depuis il y a trop longtemps,
justice. En raison d’une forte discrimination salariale qui existe entre le bureau central et
lesdites directions déconcentrées ;
6- L’ensemble du personnel réclament un ajustement salarial, du fait du cout de la vie qui
devient intenable par la mauvaise gouvernance de l’administration dont vous êtes l’un des
chouchous ;
7- Des soupçons de corruption systématique et généralisée planent sur le Ministère de
l’Education Nationale dans un contexte d’anémie de la caisse de l’Etat ;
Monsieur le Ministre, face à ce tableau Sombrement décrit, vous avez, de préférence, choisi
de réagir par la tentative d’intimidation en transférant, sans motif valable, un membre
notoire du bureau du syndicat qui, à travers les Medias, a fait état de cette situation combien déroutante et crasseuse en criant, ô scandale !
Permettez que nous vous le rappelons Monsieur le Ministre, le temps de l’intimidation, du « One Man Show », et de toute autre pratique antidémocratique, est révolu en Haïti. La liberté syndicale et la liberté d’expression sont garanties à travers la constitution et d’autres instruments juridiques nationaux et internationaux faisant partie de la législation haïtienne.
Entre autres rappelons pour votre gouverne les prescrits des articles 7 et 8 du pacte international relatif aux Droits économiques Sociaux et culturels, l’article 23 de la déclaration Universelle de droits de l’homme et l’article 11 de la convention #87 de l’OIT :
Article 7 Les Etats parties au présent Pacte reconnaissent le droit qu’a toute personne de jouir de conditions de travail justes et favorables, qui assurent notamment:
a) La rémunération qui procure, au minimum, à tous les travailleurs:
i) Un salaire équitable et une rémunération égale pour un travail de valeur égale sans distinction aucune; en particulier, les femmes doivent avoir la garantie que les conditions de travail qui leur sont accordées ne sont pas inférieures à celles dont bénéficient les hommes et recevoir la même rémunération qu’eux pour un même travail;
ii) Une existence décente pour eux et leur famille conformément aux dispositions du présent Pacte;
b) La sécurité et l’hygiène du travail;
c) La même possibilité pour tous d’être promus, dans leur travail, à la catégorie supérieure
appropriée, sans autre considération que la durée des services accomplis et les aptitudes;
d) Le repos, les loisirs, la limitation raisonnable de la durée du travail et les congés payés
périodiques, ainsi que la rémunération des jours fériés.
Article 8
- Les Etats parties au présent Pacte s’engagent à assurer:
a) Le droit qu’a toute personne de former avec d’autres des syndicats et de s’affilier au syndicat de son choix, sous la seule réserve des règles fixées par l’organisation intéressée, en vue de favoriser et de protéger ses intérêts économiques et sociaux. L’exercice de ce droit ne peut faire l’objet que des seules restrictions prévues par la loi et qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, dans l’intérêt de la sécurité nationale ou de l’ordre public, ou pour protéger les droits
et les libertés d’autrui.
b) Le droit qu’ont les syndicats de former des fédérations ou des confédérations nationales et le droit qu’ont celles-ci de former des organisations syndicales internationales ou de s’y affilier.
c) Le droit qu’ont les syndicats d’exercer librement leur activité, sans limitations autres que celles qui sont prévues par la loi et qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, dans l’intérêt de la sécurité nationale ou de l’ordre public, ou pour protéger les droits et les libertés d’autrui.
d) Le droit de grève, exercé conformément aux lois de chaque pays. - Le présent article n’empêche pas de soumettre à des restrictions légales l’exercice de ces droits par les membres des forces armées, de la police ou de la fonction publique.
- Aucune disposition du présent article ne permet aux Etats parties à la Convention de 1948 de l’Organisation internationale du Travail concernant la liberté syndicale et la protection du droit syndical de prendre des mesures législatives portant atteinte – ou d’appliquer la loi de façon à porter atteinte – aux garanties prévues dans ladite convention.
« Pacte international relatif aux Droits économiques Sociaux et culturels »
ARTICLE 23 – DROIT AU TRAVAIL ET À UNE RÉMUNÉRATION
DÉCENTE, LIBERTÉ SYNDICALE
Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s’il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale. Toute personne a le droit de fonder avec d’autres des syndicats et de s’affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts.
«Déclaration Universelle de droits de l’homme » «
Article 11
Tout Membre de l’Organisation internationale du Travail pour lequel la présente convention est en vigueur s’engage à prendre toutes mesures nécessaires et appropriées en vue d’assurer aux travailleurs et aux employeurs le libre exercice du droit syndical.
« Convention #87 de l’OIT »
Ceci étant dit, Monsieur le Ministre, Nous vous croyions assez aviser pour comprendre que toutes les actions des gouvernants doivent être orientées vers le bien-être des administrés. C’est l’essence même de la démocratie Moderne. Le temps de la volonté du Prince de Thomas Hobbes est révolu.
Nous apprenons, avec inquiétude, qu’il y a une forme de célérité qui se manifeste, suite aux dénonciations du Secrétaire général du SPEMENFP, pour emmener les Employés, contre leur grés et tout risque imminent d’insécurité, dans les locaux que votre Ministère paie à Tabarre, Mais, nous sommes désolés de vous le dire : Vous ne comprenez absolument rien du jeu démocratique et des exigences du temps de l’innovation. La question se pose tant sur la garantie sécuritaire, la décence de l’endroit que sur des considérations d’extension des dépenses du Personnel et des mesures accompagnatrices à prendre, le cas échéant.
Quelles études avez-vous mené avant de prendre une telle décision ? Avez-vous évalué le coût d’opportunité en anticipant les paramètres de besoins, moyens et mobilités de chaque employé.
Quelles sont les conditions sécuritaires de ce bâtiment au regard du standard international ? Avez-vous pensé aux usagers des services du MENFP ? Avez-vous pensé à l’effet de fleuve qui se dresse à proximité du bâtiment au moment de pluies ? Le bureau exécutif du SPEMENFP serait ravi d’avoir une copie des conclusions de ces études.
Monsieur le Ministre, s’agissant de votre tentative d’intimidation par le biais du transfert du Secrétaire général ou de votre acharnement à conduire les employés, coûte que coûte, dans les locaux payés par votre administration et en dehors de toute transparence, ces démarches ne s’inspirent d’aucune approche praxéologique. Et à l’heure de la rationalisation des décisions et dépenses publiques à l’échelle internationale, vos démarches se doivent d’être orientées vers l’action et l’efficacité, selon une vision objectivante des faits, et dans le but de toujours proposer
des améliorations. Ce qui n’est pas du tout le cas, suivant les considérations précédemment exposées.
Monsieur le Ministre en voulant transférer, notre Secrétaire général sous la base de ses prises publiques de paroles en conformité avec la loi et en tenant, mordicus, à conduire les employés a Tabarre comme des animaux conduits à l’abattoir, ce, en dépit de la lettre d’objection de certains directeurs techniques du MENFP, permettez que nous vous disions : « vous vous trompez ».
Il se peut que vous vous trompiez de bonne foi, mais encore faut-il vous le répéter, vous vous trompez. Le Bureau sait que vous avez des gens avisées dans votre entourage qui sont censés être membres de votre cabinet et donc vos conseillers.
Ou sont passés entres autres Mr Pletau, votre Chef de Cabinet, Jacques Yvon Pierre votre coordonnateur de Cabinet, Harold Narcisse votre coordonnateur adjoint de Cabinet, Aspil membre… ? Et l’avis de l’inspection générale dans tout ce tohubohu ?
Nous nous permettons d’indexer ces personnalités par ce que nous les croyons suffisamment aviser pour vous conseiller efficacement, à moins qu’ils seraient eux-mêmes intéressés. Et là encore, si vous jugez que nous avons transigé une quelconque loi, ou si, à votre science, le transfert des uns et des autres résoudra tous ces énigmes, pour le bien du système transférez-nous donc en masse.
Nous savons que des compétences métacognitives manquent amplement à nos dirigeants. Mais encore faut-il dire que nous ne vous aurions jamais inscrit du nombre de ceux qui souffrent de ce manque. Alors, prière ne pas nous décevoir !
Bref, en attendant de vous faire parvenir, incessamment, une pétition de la part des employés exprimant formellement leur désaccord à ses deux décisions susmentionnées, le bureau espère vous avoir été limpide et vous prie de recevoir ses Salutation les Meilleurs.
Garry LAPIERRE Junior LEO
Président Secrétaire Général
Jacquelin LIRISEMOND
Secrétaire Exécutif
Yvette PAUL Vania Jean Baptiste
Secrétaires aux Doléances Vice- Présidente
Anoel MONDESTIN Ednor Dorvil
Charger de communication Secrétaire a l’information
Cc : Direction Générale MENFP
Inspection Générale MENFP
Organisations de défense des Droits humains (RNDDH/ FJK/ Défenseurs Plus/
JILAP/OCNH
La presse
Les Missions Diplomatiques
La présidence/ La Primature
OPC/ OIT/ BINUH

