par Dr Arnousse Beaulière
Mercredi 18 décembre 2019 ((rezonodwes.com)) – Depuis la chute de la dictature duvaliérienne, Haïti est un pays de liberté. Si l’on peut s’interroger sur la nature de cette liberté1 – « liberté positive » ou « liberté négative » ? –, la question urgente qu’il importe de soulever dans la période post-duvaliérienne, c’est celle des droits et des devoirs du peuple haïtien en général, et de « l’élite » dirigeante en particulier.
D’une irresponsabilité notoire, cette dernière, qui comprend également les hauts fonctionnaires de l’administration publique, agit comme si elle n’avait que des droits et aucun devoir envers la nation. Elle s’enrichit sans vergogne sur le dos de l’État et du peuple. Son incompétence, sa médiocrité, son cynisme ne sont plus à démontrer.
De l’autre côté, l’Haïtien croit que l’État lui doit tout. Très peu nombreux sont ceux qui se demandent ce qu’ils peuvent faire pour leur pays au lieu de demander toujours à celui-ci ce qu’il peut faire pour eux. Or, le premier devoir d’un citoyen, même si sa situation est difficile – ce qui est le cas de plus de 80% de la population vivant dans la pauvreté –, c’est d’être prêt à servir son pays.
Mais, à force de perdre le sens du service civique, l’Haïtien se met à chercher, avant tout, comme l’homme politique, à se servir lui-même. Malgré les efforts qui ont été entrepris pour sortir de cette situation, les choses ont peu changé au cours des dernières décennies, de Duvalier à Moïse, à tel point qu’on peut légitimement se demander si le problème d’Haïti, sur le plan sociopolitique et institutionnel, n’est pas, à bien des égards, celui du rapport de ses filles et fils au bien commun, à la res publica.
C’est pourquoi il importe, plus que jamais, en ces temps de crise à répétition, de la respecter, la préserver, et la promouvoir particulièrement auprès de la jeunesse et des enfants, notamment à travers un programme d’instruction civique, dès le plus jeune âge à l’école.
Ce programme pourrait se compléter par un programme d’éducation populaire, en dehors du circuit académique formel, particulièrement dans les quartiers populaires et les sections communales en zones rurales, en s’appuyant sur des animateurs, des techniciens de l’éducation au-delà des instituteurs et professeurs.
Dr Arnousse Beaulière,
Économiste, Analyste politique, Écrivain
Auteur notamment de Haïti : Changer d’ère (L’Harmattan, 2016)
La rubrique « Haïti dans tous ses états » est un espace de décryptage, d’analyse et de mise en perspective de l’actualité haïtienne tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. C’est aussi un espace de rencontres avec celles et ceux qui font parler d’Haïti autrement, positivement.
- Sur ce sujet, voir les travaux du philosophe et économiste, Amartya Sen, s’inspirant de la distinction établie par le philosophe Isaiah Berlin (1969) entre liberté positive et liberté négative. Par exemple, Amartya Sen, L’économie est une science morale, Paris, La Découverte, 1999. Il peut être utile de se reporter également à Jean-Luc Dubois et François-Régis Mahieu, « Sen, liberté et pratiques du développement », Revue du Tiers Monde, 2009/2, n° 198, p. 245-261.


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