14 septembre 2026
Le gaspillage de l’aide post-séisme : une autre affaire Petro Caribe
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Le gaspillage de l’aide post-séisme : une autre affaire Petro Caribe

par Marcus Garcia de Radio Mélodie et Haïti en Marche

Port-au-Prince, 22 Janvier 2019 ((rezonodwes.com))– Neuf ans après le séisme du 12 janvier 2010 qui a fait quelque 300.000 morts et détruit la capitale haïtienne, Port-au-Prince, il est difficile de percevoir aucune trace du relèvement pour lequel une assistance internationale de 13.1 milliards de dollars a été cependant accordée.

L’un des ouvrages apparemment les plus renseignés à ce sujet, celui écrit par Timothy T. Schartz, ‘Comment le grand mouvement d’aide humanitaire à Haïti fut détourné’, nous dit que ‘le tremblement de terre en Haïti a été suivi du plus grand effort financier humanitaire de toute l’Histoire. L’argent donné a été tout simplement spectaculaire. En tout, corporations et individus ont donné 3.1 milliards de dollars pour aider les victimes, de leur côté les gouvernements étrangers se sont engagés à apporter 10 milliards en aide. Globalement parlant, les engagements privés et gouvernementaux ont totalisé jusqu’à 19 milliards de dollars en 2010, dont au moins 13.1 milliards se sont matérialisés.’

Et ce fut au moment où le monde traversait une grande dépression économique, ce qui augmente la valeur du geste.

L’auteur formule cette réflexion : si tout cet argent avait été donné au gouvernement haïtien, cela équivaudrait à treize années du budget national d’Haïti qui est de 965 millions de dollars (chiffres de 2009). Mais ce ne fut pas le cas. Dans la première année après le séisme, seulement 1 pour cent de toute cette aide passa dans les mains du gouvernement haïtien.

Les autres 99 pour cent du pactole furent donnés aux ONG (organisations non gouvernementales), parmi elles Save the Children, la Croix Rouge Internationale, la fondation Care Internationale, Catholic Relief Services, Concern Worldwide, Mercy Corps, Food for the Poor, Feed the Hungry et aux agences onusiennes telles que UNICEF et le World Food Program, ainsi qu’à des contractants privés d’aide humanitaire tels Chemonics des Etats-Unis et Development Alternatives Inc. (DAI).

Le fait est qu’on a pensé que ces organisations sont déjà équipées pour faire face à une crise comme celle qui a frappé Haïti. Elles avaient déjà une vaste expérience à faire face à la pauvreté dans le monde. La plupart ont déjà une solide réputation ayant été fondées dans les années 1950 ou même avant. Et beaucoup d’entre elles avaient été en Haïti depuis déjà de nombreuses années. Leur administration est déjà bien établie, rassemblant des professionnels à tous les niveaux. 

Aussi l’espoir ne faisait aucun doute : Haïti allait tirer profit du terrible séisme pour se développer enfin. Avec cette avalanche d’aide, on va créer une nouvelle Haïti. On va mettre le pays sur le chemin de la prospérité qu’il a ratée si misérablement après deux siècles d’indépendance nationale.
Pour Bill Clinton, ‘C’est la meilleure chance pour Haïti, en dépit de cet horrible séisme, d’échapper aux sombres chapitres de son passé et de construire un avenir meilleur.’

Mot d’ordre : ‘Build back better’, ou reconstruire en mieux !

Cependant cette aide si généreuse commença à être gaspillée dès le départ.
Le programme des Nations Unies ‘World Food Program’ (Programme Alimentaire Mondial) loua deux cargos de luxe avec tout le personnel à bord (servantes, cuisiniers et tout) qui viennent jeter l’ancre dans la baie de Port-au-Prince pour loger le personnel humanitaire.

Cela pour un coût de 16.6 millions de dollars pour 90 jours, selon une investigation menée par la chaîne de télévision américaine Fox News qui découvrit que c’était trois fois plus coûteux que sur le marché.

Quant aux compagnies (américaines) engagées pour enlever les décombres – en partenariat avec des firmes locales dont certaines liées au Consulat d’Israël en Haïti, d’autres à des proches du président de la République, elles ont empoché des centaines de millions de dollars en contrats. 
Cela en chargeant 68 dollars par mètre cube, c’est-à-dire trois fois les 23 dollars par mètre cube que les mêmes compagnies ont demandé au gouvernement américain pour nettoyer les débris laissés par l’ouragan Katrina (Louisiane, Etats-Unis) et, tenez-vous bien, cinq fois ce que l’acteur Sean Penn a payé (14 dollars par mètre cube) pour nettoyer un camp pour réfugiés qu’il a créé en Haïti.

Ensuite pour abriter des dizaines de milliers de réfugiés du séisme, le gouvernement américain a été chargé 5.265 dollars pour chaque tente, qui est le coût le plus élevé au monde. C’était 5 fois plus ce qui avait été payé en 2009 pour abriter des réfugiés de guerre en Afghanistan, et 18 fois plus que ce qui est payé à un ouvrier haïtien (300 dollars) pour construire un abri même plus grand avec le parquet en béton, des murs de plywood et un toit métallique.

Pendant ce temps, la fondation dirigée par l’ex-président Clinton (Clinton – Bush Haiti Fund), qui a récolté 47 millions de dollars pour les victimes du séisme, prendra 2 millions de dollars de cet argent pour faire un prêt à un taux d’intérêt bas à l’une des plus riches familles d’Haïti (X) pour achever la construction d’un hôtel de luxe. Etc.

Autres bizarreries : l’organisation non gouvernementale Food for the Poor fabriquait des logements pour les pauvres en Haïti qui coûtait avant le séisme de 2010 : 2.000 dollars l’unité.

Après le cataclysme, le gouvernement américain fit alliance avec Food for the Poor et le coût pour le même logement passa à 38.000 dollars l’unité.
Autre exemple, après que le PDG de la Croix Rouge Américaine, Gail McGovern, eut déclaré que 100 millions des 500 millions récoltés par l’organisation pour Haïti seraient utilisés pour abriter plusieurs dizaines de milliers de familles sinistrées, eh bien 5 années plus tard, seulement six de ces maisons avaient été construites.

Cependant dit l’auteur, cela ne signifie pas que toute l’aide ait été dilapidée. Des organisations comme Médecins sans Frontières, Partners in Health et des centaines d’autres organisations humanitaires accoururent en Haïti, et sans elles les conséquences du séisme auraient été encore plus infernales.
Un autre chapitre de l’ouvrage qui ne manquera pas de vous étonner est celui parlant de la réaction de l’international après que la nouvelle du séisme eut éclaté.

Le premier jour ce fut bien sûr ‘Un tremblement de terre en Haïti, on craint qu’il y ait des milliers de morts.’

Mais voici que peu après, le 14 janvier, deux jours plus tard, on lit en première page du Washington Post : ‘Les gangs font la loi à Port-au-Prince’.
Tandis que sur la chaine CBS défile en boucle : ‘Le centre-ville de Port-au-Prince c’est l’enfer sur terre. Pendant que des montagnes de cadavres apparaissent, des hommes armés se battent pour les quelques fournitures alimentaires disponibles.’

Aussitôt tous les médias du monde se mettent à répercuter la même information. Rapidement cela devient : ‘disparition de la loi et l’ordre en Haïti, on n’entend que le crépitement des armes tandis que des individus armés de machettes et le visage sous un masque, ont envahi les rues.’
Ces reportages, totalement faux bien sûr, auront cependant un effet désastreux sur l’arrivée des premier secours.

Ainsi des missions de secouristes resteront bloqués pendant des jours à l’aéroport international de Port-au-Prince, n’osant mettre le nez dehors. 
Les premiers secouristes seront donc les locaux eux-mêmes. Hommage doit toujours leur être rendu !

Les machettes en question n’étaient pas pour tuer mais pour dégager les victimes emprisonnées sous les décombres. 

Et le mouchoir qualifié de masque, était pour se protéger de la poussière soulevée par les milliers de bâtiments effondrés.

Et ces informations alarmistes expliquent aussi le débarquement du bataillon de la 82ème Division Aéroportée américaine, qui n’avait rien à faire en ces circonstances.

Nous vous invitons donc à lire cet ouvrage de Timothy T. Schwartz (malheureusement publié seulement en anglais) : ‘Comment le grand mouvement d’aide humanitaire à Haïti a été détourné’.

Cela vaut bien une autre affaire … Petrocaribe !

Éditorial de Marc Aurèle « Marcus » Garcia, de Radio Mélodie FM et Haïti en Marche
12 Janvier 2019

1 Comment

  • Jean-Marie Mondesir 23 janvier 2019

    Le développement d’Haiti dépend des Haitiens. Il ne faut pas penser les organisations internationales ont intérêt à ce que les conditions socio-économiques des Haïtiennes et Haitiens s’améliorent dans ce pays. Ces ONGs ont besoin de la misère humaine à travers le monde pour créer des emplois à des sinécures, des oisifs et des chômeurs de leur pays.

    Sans les crises humanitaires, les ONGs internationales n’existeraaient pas. Je crois que nous sommes tous responsables de la situation qui se passe en Haïti. Si demain, il y a une catastrophe naturelle le même problème se reproduit et on ne tire pas de leçons de la gestion des catastrophes naturelles en Haïti. On attend toujours de l’aide internationale des pays amis pour réaliser des projets de développement. On refuse de s’entendre, on ne peut pas s’asseoir ensemble pour régler nos différends sans l’intervention d’une puissance étrangère.
    On refuse de mettre de l’ordre dans nos institutions, le Parlement est truffé de criminels, on les tolère. Le système judiciaire se compose des juges corrompus et on refuse de les mettre en prison. On gaspille les maigres ressources du pays en faisant du carnaval pendant que le taux de chômage est de 60%. Les professeurs, les agents de force de l’ordre et les professionnels de santé ne peuvent pas recevoir leur salaire de misère pour faire face à la cherté de la vie.
    Quand on a une société qui forme des professionnels universitaires à bon marché et il n’existe aucune politique publique pour les intégrer dans l’administration publique; quand on a une société qui ne tient pas compte de sa diaspora qui constitue sa force intellectuelle et économique; il est tout à fait normal que les organisations internationales s’enrichissent à partir de nos misères.

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