4 novembre 2026
Haïti/Salvador : Le Message en créole de Bukele au peuple haïtien :entre opportunisme, calcul géopolitique, il force le débat sur la souveraineté tout en défiant l’ordre de facto 
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Haïti/Salvador : Le Message en créole de Bukele au peuple haïtien :entre opportunisme, calcul géopolitique, il force le débat sur la souveraineté tout en défiant l’ordre de facto 

Bukele s’adresse au peuple et ignore le gouvernement de doublure de Fils-Aimé. Cela  expose la fragilité et la dépendance de ce dernier. Maintenu en place par l’international  malgré des résultats mitigés dans la lutte contre les groupes armés, Fils-Aimé a salué le soutien salvadorien et réaffirmé que l’État haïtien dirige la stratégie, les forces étrangères  n’étant là que pour appuyer. Mais le silence de Bukele sur son existence souligne que, pour  le Salvador, la légitimité réelle réside dans le peuple et dans l’action concrète, non dans les  structures de transition. 

Le 3 novembre 2026, Nayib Bukele a adressé un nouveau message en créole haïtien au peuple  d’Haïti. Après celui du 29 octobre qui justifiait le déploiement massif de plus de 2 000 soldats  salvadoriens (récupérer quatre techniciens d’aviation disparus après une embuscade et «  donner une leçon aux gangs »), le président salvadorien invoque désormais Jean-Jacques  Dessalines. Il accuse « les traîtres » – gangs, financeurs, pourvoyeurs d’armes et  collaborateurs – d’être les héritiers de ceux qui ont assassiné le fondateur de l’indépendance,  et non de son legs. Il promet d’aider les Haïtiens à « reprendre le contrôle de leurs  communautés » et affirme qu’« Haïti sera libre ». 

Ce message direct au peuple, en langue populaire, contourne délibérément les institutions  formelles. Bukele ne mentionne à aucun moment le Premier ministre de facto Alix Didier  Fils-Aimé ni le gouvernement de transition qu’il incarne. Cette omission n’est pas anodine. 

Le timing et le « jeu » de Bukele 

Le message arrive au lendemain de la vague démocrate aux élections de mi-mandat  américaines du 3 novembre 2026, où les démocrates ont repris le contrôle du Congrès dans un  camouflet pour l’administration Trump. Bukele, figure populiste autoritaire proche de certains  cercles trumpistes et symbole d’une politique de sécurité « dure » (le modèle des méga prisons et de l’état d’exception contre les maras), se positionne comme acteur indépendant  capable d’agir là où les cadres multilatéraux (ONU, Force de suppression des gangs)  progressent lentement. Il finance, selon ses dires, l’essentiel de l’opération (90 %), se présente  comme « pays modeste » sans ambitions impériales, et parle directement au peuple en créole  tout en citant la Bible.  

Est-il sincère ? Partiellement, peut-être. L’expérience salvadorienne de sortie de la violence  extrême lui donne une légitimité discursive réelle aux yeux d’une population haïtienne  épuisée. Mais la sincérité pure est peu probable. Bukele consolide une image de leader  régional « efficace », teste un modèle d’intervention bilatérale hors des contraintes trop  strictes de l’ONU, et capitalise politiquement sur un terrain où l’échec des autorités locales est  patent. C’est aussi un message de soft power et de hard power combinés : « Nous sommes du  même côté que vous », tout en déployant une force significative. 

Signification pour le pouvoir de facto et l’oligarchie 

Bukele s’adresse au peuple et ignore le gouvernement de doublure de Fils-Aimé. Cela expose  la fragilité et la dépendance de ce dernier. Maintenu en place par l’international malgré des  résultats mitigés dans la lutte contre les groupes armés, Fils-Aimé a salué le soutien 

salvadorien et réaffirmé que l’État haïtien dirige la stratégie, les forces étrangères n’étant là  que pour appuyer. Mais le silence de Bukele sur son existence souligne que, pour le Salvador, la légitimité réelle réside dans le peuple et dans l’action concrète, non dans les structures de  transition. 

La situation de Carrefour illustre le problème. Selon des rapports d’experts de l’ONU et des  analyses locales, cette commune est devenue un sanctuaire économique pour les gangs  (banques encore opérationnelles pour encaisser les rançons, activités commerciales sous  contrôle, police absente ou symbolique). Les opérations se concentrent ailleurs (centre de  Port-au-Prince, Delmas), laissant Carrefour sous l’emprise de figures comme Krisla. Cette «  tolérance » ou abandon de fait alimente les critiques d’un État qui, sous Fils-Aimé, ne reprend  pas pleinement le territoire. 

Pour l’oligarchie et les politiciens haïtiens que Fils-Aimé représente ou avec lesquels il  compose, l’appel de Bukele est un signal d’alarme. Il met en lumière l’échec des élites à  protéger la population, accuse implicitement les « traîtres » internes (financeurs, complices) et  court-circuite le monopole du discours officiel. Certains y verront une ingérence inacceptable ou un risque de perte de contrôle ; d’autres, une opportunité de se raccrocher à un allié  efficace. La réaction de Fils-Aimé – remerciements publics et affirmation de la primauté de  l’État haïtien – montre une tentative de cadrer l’intervention. Mais le peuple, lui, peut y voir  un espoir rare d’action déterminée. 

Bukele ne vient pas seulement « sauver » quatre techniciens. Il joue un rôle de disruptor : il  force le débat sur la souveraineté réelle, sur la capacité (ou l’incapacité) des autorités de  transition et de l’oligarchie à gouverner face aux gangs, et sur la pertinence des cadres  internationaux traditionnels. Qu’il soit sincère dans son désir de « guérir Haïti » ou qu’il  poursuive avant tout son propre agenda de prestige et d’influence, son message en créole  révèle une vérité crue : tant que le pouvoir de facto et les élites resteront perçus comme  impuissants ou complices par omission, des acteurs extérieurs pourront s’adresser directement  au peuple et redéfinir les termes de l’intervention. Haïti en paie le prix depuis trop longtemps.

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