WASHINGTON, 30 octobre 2026 — Entre 2,7 et 3,1 millions d’Haïtiens adultes, soit près du tiers de cette catégorie de la population, ne disposent toujours pas d’une carte d’identification nationale valide, une situation qui compromet leur accès aux services publics, à l’emploi formel et aux activités économiques, selon un nouveau rapport du Groupe de la Banque mondiale.
L’étude, intitulée Diagnostic de l’écosystème de l’identification en Haïti, publiée dans le cadre de l’initiative Identification for Development (ID4D), indique qu’environ 67 % des adultes ont reçu une Carte d’identification nationale unique (CINU), malgré les insuffisances persistantes du système national d’identification.
Les données concernant l’état civil révèlent également que 85 % des enfants de moins de cinq ans ont fait l’objet d’une déclaration de naissance, tandis que seulement 77 % possèdent un acte de naissance.
Selon la Banque mondiale, l’absence de documents d’identité valides constitue un obstacle administratif et socio-économique majeur, particulièrement pour les populations rurales, les ménages les plus pauvres et les personnes déplacées par l’insécurité.
Alexandre Amard, spécialiste du numérique et coauteur du rapport, explique que les personnes dépourvues de documents d’identité rencontrent des difficultés pour accéder à l’éducation, bénéficier de programmes d’assistance sociale, ouvrir des comptes bancaires ou de paiement mobile et obtenir un emploi dans le secteur formel. Leur participation à la vie civique et politique s’en trouve également entravée.
La Banque mondiale reconnaît certaines avancées institutionnelles, notamment l’adoption du décret de 2020 instituant les cartes biométriques équipées de puces électroniques, ainsi que les efforts de décentralisation de leur production et de leur distribution.
Cependant, l’institution constate que la gratuité officielle des cartes ne garantit pas leur accessibilité effective. Les frais informels, les déplacements coûteux, les démarches administratives répétitives et les pertes de revenus associées aux procédures d’enregistrement constituent des obstacles supplémentaires.
Anne Lucie Lefebvre, responsable du Groupe de la Banque mondiale pour Haïti, considère que l’investissement dans le système national d’identification représente une possibilité de favoriser un accès plus inclusif et durable à l’emploi.
L’institution recommande notamment la décentralisation des services d’identification, l’organisation de campagnes d’enregistrement à grande échelle, la sécurisation du financement public et l’adoption de dispositions législatives relatives à la protection des données personnelles et à la cybersécurité.
Le rapport préconise également une meilleure coordination entre les institutions chargées de l’état civil, de l’identification nationale et de la production statistique, afin d’améliorer la fiabilité des données démographiques nécessaires à la planification des politiques publiques.
Ces insuffisances prennent une dimension particulière à l’approche des prochaines consultations électorales haïtiennes, l’identification des citoyens constituant également un élément déterminant de leur participation à la vie démocratique. Le rapport ne chiffre toutefois pas le nombre d’électeurs potentiels concernés par l’absence de carte valide.
Source primaire : Communiqué officiel de la Banque mondiale — 28 octobre 2026.


