Dossier · Afrique de l’Ouest · Mis à jour le 24 octobre 2026
Le 15 novembre, les Cap-Verdiens choisiront leur président. Six candidats, un sortant soutenu par le parti qui vient de reprendre le pouvoir, une opposition qui plaide pour un « équilibreur » du système, et une démocratie citée en exemple en Afrique face à une abstention qui progresse.
(8 h – 18 h)
éventuel
validés
en 2021
législatives 2026
Le scrutin intervient six mois après une alternance législative : en mai 2026, le PAICV a repris le pouvoir au MpD après dix ans. Le parti du président sortant détient désormais le gouvernement et l’Assemblée nationale. C’est ce qui donne à cette présidentielle sa tonalité particulière : le chef de l’État sera-t-il un allié du gouvernement ou un contrepoids ?
- Sortant : José Maria Neves (soutenu par le PAICV) a suspendu ses fonctions ; la présidente de l’Assemblée, Janira Hopffer Almada, assure l’intérim.
- Challenger principale : Joana Rosa, ex-ministre de la Justice, soutenue par le MpD.
- Quatre candidats hors partis : un magistrat, un juriste, un médecin et un enseignant.
- Pas de sondage indépendant publié au 14 octobre. Le marché de prédiction Polymarket donnait 84 % de chances à M. Neves le 23 octobre : un indice d’anticipation, pas une mesure d’opinion.
- Campagne officielle : ouverte le jeudi 29 octobre.
Comment le Cap-Vert élit son président
Le Cap-Vert est une république semi-présidentielle. Le président est élu au suffrage universel direct pour cinq ans ; le Premier ministre, chef du gouvernement, est désigné par l’Assemblée nationale. Ce partage de l’exécutif a déjà produit plusieurs « cohabitations » entre un président et un gouvernement de camps opposés.
- Deux tours : la majorité absolue est requise au premier tour, sinon les deux premiers s’affrontent deux semaines plus tard.
- Deux mandats maximum : M. Neves, élu en 2021, peut se représenter une fois.
- Filtre du Tribunal constitutionnel : cinq candidatures admises le 21 septembre, cinq rejetées, puis celle de Loisito Sousa admise en appel le 28 septembre. L’ordre sur le bulletin a été tiré au sort le 17 septembre.
- Rôle du chef de l’État : il fixe la date des élections après consultation du Conseil de la République et invite le parti vainqueur des législatives à former le gouvernement. En 2026, M. Neves a ainsi convoqué les législatives du 17 mai puis appelé le PAICV à gouverner.
- Diaspora : trois circonscriptions (Amériques, Afrique, Europe et reste du monde), mais une abstention historiquement très élevée.
Les six candidats
Dans l’ordre du bulletin de vote.
Avec un gouvernement et un Parlement PAICV, le plaidoyer de Joana Rosa pour un « équilibreur du système » revient à faire de la présidence un contrepoids.
Partis et idéologies : un duopole et un arbitre
Depuis 1991, la vie politique cap-verdienne est dominée par deux formations qui alternent au pouvoir. Une troisième, l’UCID, n’a jamais menacé ce duopole.
De l’indépendance à l’alternance : 70 ans en 12 dates
1956 — Amílcar Cabral et ses compagnons fondent le PAIGC, qui revendique l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert.
5 juillet 1975 — Indépendance, après l’élection d’une Assemblée nationale le 30 juin. Aristides Pereira devient président.
1980–1981 — L’union avec la Guinée-Bissau est abandonnée après le coup d’État de Bissau ; naissance du PAICV.
28 septembre 1990 — Fin du parti unique, l’un des premiers du continent. Le MpD a été fondé la même année.
13 janvier 1991 — Premières législatives pluralistes, remportées par le MpD (56 sièges sur 79). Mascarenhas Monteiro bat peu après le président sortant Pereira.
2001 — Pedro Pires (PAICV) l’emporte au second tour face à Carlos Veiga avec douze voix d’avance. Début de quinze ans de gouvernement PAICV (Neves, Premier ministre).
2011 — Jorge Carlos Fonseca (soutenu par le MpD) élu avec 54,3 % au second tour : première cohabitation.
2016 — Le MpD reprend le Parlement ; Fonseca réélu avec environ 74 %, mais seulement 35,5 % de participation.
2021 — Le MpD reconduit aux législatives (38 sièges), mais Neves (PAICV) gagne la présidentielle : nouvelle cohabitation.
Décembre 2024 — Aux municipales, le PAICV gagne 14 communes dont Praia, une première depuis 2000.
17 mai 2026 — Le PAICV remporte les législatives ; Francisco Carvalho devient Premier ministre.
Cette trajectoire dessine une démocratie réputée stable : depuis 1991, aucune violence liée aux campagnes ou aux résultats n’a été enregistrée, et le pays est régulièrement cité comme l’un des plus démocratiques d’Afrique par Freedom House.
Les chiffres qui comptent
Présidentielles
| Année | Vainqueur | Score | Participation |
|---|---|---|---|
| 2001 | Pedro Pires (PAICV) | Second tour, 12 voix d’avance sur C. Veiga | — |
| 2006 | Pedro Pires (PAICV) | Réélu | — |
| 2011 | Jorge Carlos Fonseca (MpD) | 54,3 % au second tour | — |
| 2016 | Jorge Carlos Fonseca (MpD) | ≈ 74 % au premier tour | 35,5 % |
| 2021 | José Maria Neves (PAICV) | 51,79 % (96 035 voix) · C. Veiga 42,39 % | 47,99 % |
En 2021, sept candidats étaient en lice (un record) et les cinq candidats extérieurs aux deux grands partis ont chacun recueilli moins de 2 %. C’est le principal enseignement à garder en tête pour les quatre candidats hors appareil de 2026.
Législatives du 17 mai 2026 : la bascule
Résultats définitifs proclamés le 29 mai (72 sièges). La participation a reculé à chaque scrutin : 66,0 % en 2016, 57,4 % en 2021, 46,5 % en 2026. Une responsable citée lors de la publication des résultats a jugé préoccupante la hausse de l’abstention depuis dix ans.
Économie : une croissance solide, une dette lourde
Le Cap-Vert est une économie de services, très dépendante du tourisme, des transferts de la diaspora et des importations d’énergie et de nourriture.
- Trajectoire : rebond de plus de 17 % en 2022 après la pandémie, environ 7,2 à 7,3 % en 2024, puis 5,2 % estimés par le FMI début 2026 pour 2025, revus à 6,3 % depuis.
- Points de vigilance : poids des entreprises publiques, prix de l’énergie (l’essence a dépassé en octobre son pic de 2012), tourisme européen et transferts de la diaspora, sécheresses.
- L’enjeu politique est ailleurs : emploi des jeunes, coût de la vie, transports entre îles et sécurité. Le président n’a pas de levier budgétaire direct, mais il pèse sur le débat et sur le fonctionnement des institutions.
Cinq clés pour lire le scrutin
- Un favori, sans sondage pour le confirmer. Le sortant bénéficie de sa notoriété, de sa victoire de 2021 et du poids actuel du PAICV, mais ses 51,79 % de 2021 montrent que la majorité absolue n’a rien d’acquis.
- Un enjeu d’équilibre des pouvoirs. Une réélection de M. Neves donnerait au même camp la présidence, le gouvernement et le Parlement. Mme Rosa en fait son argument central ; le sortant met en avant stabilité, dialogue et expérience.
- La participation. Après 46,5 % aux législatives, la mobilisation sera un indicateur autant qu’un enjeu : un taux faible renforce le poids des appareils.
- Le score des candidats hors appareil. Justice, indépendance, rupture avec « le cercle du pouvoir », régime présidentiel : leurs thèmes traduisent un mécontentement, mais le précédent de 2021 invite à la prudence.
- Un second tour possible, mais peu probable à ce stade. Il supposerait qu’aucun candidat ne dépasse 50 %, soit une dispersion des voix inédite.
Méthode et limites. Ce dossier repose sur des sources publiques consultées le 24 octobre 2026 : commission électorale (CNE), presse cap-verdienne et lusophone, FMI, encyclopédies en ligne. Certaines informations sur les candidats hors appareil proviennent d’entretiens publiés et de sites secondaires. Les chiffres peuvent varier légèrement selon les sources et l’étape du dépouillement.

