Auris est une société privée dont Aquiles Jiménez a été directeur des opérations. Selon Diario Libre, sa défense l’a présentée comme liée au ministère dominicain de la Défense et chargée de missions de sécurité nationale

SANTO DOMINGO — Le gouvernement dominicain, qui réclame sur les tribunes internationales une mobilisation accrue contre les gangs haïtiens, est accusé par Aquiles Jiménez d’avoir connaissance de cargaisons d’armes et de munitions quittant le port de Manzanillo à destination d’Haïti. Relayées par le compte Haití en Español, ces déclarations restent sans corroboration indépendante.
Présenté par cette publication comme un ancien prestataire du renseignement gouvernemental, Jiménez affirme que des bateaux transportant du matériel de guerre partent du territoire dominicain avec la connaissance des autorités. Les recherches n’ont toutefois permis de vérifier ni les navires concernés, ni les dates des expéditions, ni leurs destinataires. Aucune réponse officielle portant précisément sur cette accusation n’a été retrouvée.
L’affaire interpelle une diplomatie dominicaine particulièrement active sur le dossier haïtien. Le 23 septembre, devant l’Assemblée générale des Nations unies, le président Luis Abinader a demandé davantage de soldats, un contrôle renforcé des armes et un soutien accru aux institutions haïtiennes. Le 9 octobre, son ministre des Affaires étrangères, Víctor « Ito » Bisonó, a réclamé une assistance internationale à la stabilisation du pays, rappelant que des élections ne peuvent se tenir lorsque les bandes armées contrôlent les rues.
Parallèlement à ces appels, des circuits d’acheminement d’armes vers Haïti sont documentés sur le territoire dominicain. Selon Diario Libre, qui cite le Groupe d’experts de l’ONU, un conteneur provenant de Miami et destiné à Haïti a été intercepté au port de Haina en mars 2025 avec 36 000 cartouches et 23 armes à feu. Le ministère dominicain de la Défense a également confirmé la détention d’un sous-lieutenant arrêté en décembre 2025 lors du transport de 1 516 cartouches avec un ressortissant haïtien. Ces affaires ne prouvent cependant pas les expéditions alléguées à Manzanillo.
Si la connaissance de ces cargaisons par les autorités était établie, leur responsabilité dans la persistance des approvisionnements devrait être examinée : laisser circuler des armes vers les groupes qui tuent, massacrent et incendient compromettrait directement les engagements affichés en faveur de la sécurité haïtienne. Les éléments disponibles ne permettent pas, à ce stade, d’attribuer au gouvernement dominicain une responsabilité prépondérante dans la crise.
Les déclarations de Jiménez appellent désormais des réponses vérifiables sur les mouvements portuaires, les contrôles douaniers et les éventuels bénéficiaires de ces expéditions. Pour Santo Domingo, la crédibilité des plaidoyers internationaux passe aussi par la capacité à identifier et à démanteler les filières opérant depuis son propre territoire.
Publication à l’origine des accusations : Haití en Español sur X.
