En Haïti, les gangs ne sont plus seulement décrits comme des acteurs criminels cherchant à contrôler des territoires et à tirer des revenus de l’extorsion. Ces réseaux criminels sont désormais transformés en instruments politiques
Et si le pouvoir des gangs en Haïti ne se mesurait pas seulement au nombre d’armes ou de territoires contrôlés, mais aussi à leur capacité à peser sur la politique ? Dans son dernier rapport, le Groupe d’experts des Nations unies décrit des connexions entre réseaux criminels, acteurs politiques, intérêts économiques et certaines composantes de l’appareil d’État.
Le constat est particulièrement préoccupant dans l’Artibonite, deuxième plus grande circonscription électorale du pays. Les experts rappellent le recours historique à des groupes armés par certains acteurs politiques, citant notamment Youri Latortue et Prophane Victor.
À l’approche des élections, le rapport fait état d’un risque précis : des individus disposant de liens avec des gangs pourraient utiliser ces réseaux pour mobiliser des partisans, intimider des adversaires ou perturber la stabilité. Les experts évoquent également la possibilité que des groupes d’autodéfense liés à des intérêts politiques locaux servent d’instruments d’intimidation.
Le phénomène dépasse cependant le seul cadre électoral. Selon le rapport, les gangs sont désormais intégrés à des réseaux criminels qui s’étendent à l’administration et au secteur privé. Cette imbrication contribuerait à compliquer les opérations policières et les enquêtes.
Dans plusieurs régions, le contrôle territorial représente donc davantage qu’une source de revenus issus des barrages, de l’extorsion ou du racket. Il peut aussi offrir une influence sur les populations, les routes stratégiques, les autorités locales et, potentiellement, les rapports de force électoraux.
Le Groupe d’experts met ainsi en garde contre une dynamique où criminalité organisée et intérêts politiques peuvent se renforcer mutuellement, compliquant davantage le rétablissement de l’autorité de l’État.

