29 septembre 2026
Conseil de sécurité | Intervention intégrale de la Chine sur Haïti : Pékin cite corruption, collusions entre policiers et gangs et « absence » de l’État, puis s’abstient sur la FRG
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Conseil de sécurité | Intervention intégrale de la Chine sur Haïti : Pékin cite corruption, collusions entre policiers et gangs et « absence » de l’État, puis s’abstient sur la FRG

Chine — Monsieur le Président, la Chine s’est abstenue lors du vote sur le projet de résolution qui vient d’être adopté concernant la prorogation du mandat de la Force de répression des gangs en Haïti. Permettez-moi d’exposer les raisons de notre vote.

Premièrement, la Chine demeure profondément préoccupée par la grave situation sécuritaire en Haïti et soutient les pays de la région ainsi que la communauté internationale dans leurs efforts d’assistance au pays. Cela étant, la Chine a toujours exprimé des doutes et des préoccupations quant à la question de savoir si le recours à une force militaire extérieure, destinée à réprimer, voire à neutraliser les gangs, constitue la voie appropriée pour résoudre la crise sécuritaire en Haïti. Cette position demeure inchangée.

La crise haïtienne ne constitue pas une simple question de sécurité. Elle procède de problèmes profondément enracinés liés à la gouvernance de l’État. À l’heure actuelle, la présence de l’État haïtien est gravement insuffisante. Les groupes armés continuent de se déplacer et de se reconstituer. La corruption et les collusions entre certains membres de la police et les gangs sont particulièrement préoccupantes, tandis que de nombreuses personnes, y compris des enfants, ont rejoint ces groupes sous l’effet de la détresse économique.

Dans de telles circonstances, recourir à la force militaire pour combattre la violence par la violence a peu de chances de produire des résultats efficaces. Une telle approche risque, au contraire, de rendre une situation déjà difficile encore plus complexe et d’infliger davantage de souffrances au peuple haïtien.

Selon la résolution qui vient d’être adoptée, le mandat de la Force de répression des gangs (FRG) sera prorogé de six mois. Le Conseil de sécurité devra exercer une surveillance étroite et un contrôle rigoureux sur les activités de la Force, garantir le strict respect du droit international, la transparence opérationnelle, la présentation régulière de rapports ainsi qu’une pleine responsabilité, afin d’assurer effectivement la sécurité et la protection de la population haïtienne, en particulier celle des enfants.

Deuxièmement, la Chine a toujours estimé que le Conseil de sécurité devait saisir toutes les occasions disponibles pour concentrer son action sur les causes profondes et les principaux défis auxquels Haïti est confronté, envoyer un signal clair et adopter des mesures ciblées.

L’objectif ultime de l’aide internationale doit être de permettre à Haïti de compter sur ses propres capacités pour assurer sa sécurité. Le Conseil de sécurité devrait encourager les autorités haïtiennes à adopter des mesures efficaces, renforcer leurs capacités institutionnelles et assumer, dans les meilleurs délais, leur responsabilité première en matière de protection de la population et de gouvernance nationale.

Les gangs haïtiens disposent encore d’importantes quantités d’armes et de munitions, ce qui constitue une menace grave pour la situation sécuritaire. Le Conseil de sécurité devrait notamment utiliser les renouvellements obligatoires des régimes de sanctions comme autant d’occasions de renforcer la mise en œuvre de l’embargo sur les armes et de tarir les flux d’armes et de munitions à destination des gangs.

Pour être véritablement efficaces, les décisions du Conseil doivent reposer sur des analyses rigoureuses et des délibérations approfondies. Elles doivent également faire l’objet d’évaluations, de réexamens et d’ajustements en temps opportun, en fonction de l’évolution de la situation au cours de leur mise en œuvre.

La Chine soutient une évaluation globale de la situation la plus récente en Haïti, de la réponse sécuritaire des autorités haïtiennes, ainsi que de l’efficacité de la FRG et des autres mécanismes d’appui international, afin d’éclairer les prochaines décisions du Conseil de sécurité.

Nous regrettons que le projet de résolution qui vient d’être adopté n’ait pas pleinement pris en considération les observations et propositions formulées par la Chine. Nous continuerons néanmoins d’adopter une position constructive sur cette question afin que le Conseil de sécurité puisse traiter le dossier haïtien selon une approche plus globale, responsable et efficace.

Enfin, je tiens à souligner que la solution aux problèmes d’Haïti appartient, en dernière instance, aux Haïtiens eux-mêmes. Cela ne signifie toutefois pas que la communauté internationale doive demeurer passive. Elle doit, au contraire, tenir compte des caractéristiques particulières de la situation nationale haïtienne ainsi que des enseignements tirés des expériences passées afin d’aider Haïti à trouver une voie appropriée pour sortir de cette crise.

La question que le Conseil de sécurité doit examiner n’a jamais été de savoir s’il fallait soutenir Haïti, mais comment soutenir Haïti.

La Chine reconnaît les efforts entrepris par les pays de la région à cette fin. Nous sommes disposés à travailler avec tous les membres du Conseil, dans un esprit de responsabilité, et à continuer de jouer un rôle constructif afin d’aider le peuple haïtien à retrouver, dans les meilleurs délais, la paix, la stabilité et le développement.

Je vous remercie, Monsieur le Président.

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