Par Hancy PIERRE, Spécialiste en Relations Internationales
La course démesurée à l’IA est l’un des sujets les plus sensibles des relations internationales contemporaines. Ce leitmotiv a été exprimé lors de l’allocution du Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, le 22 septembre 2026. Les vieux démons de la guerre froide semblent se réveiller, rappelant l’époque où le président américain Richard Nixon avait bousculé l’équilibre Est-Ouest en se rapprochant de la Chine. Alors que l’on croyait s’engager vers la promotion d’une culture de paix, les défis restent de taille. Les espoirs de régulation des grandes énigmes du moment pourraient se dissiper, alors même que les accords de désarmement des années 1980 semblaient être un acquis historique.
Après avoir progressé rapidement, la Chine se propulse désormais aux premiers rangs de la compétition mondiale de l’intelligence artificielle. Cependant, elle fait face à la domination des États-Unis dans la conception des microprocesseurs avancés et aux investissements massifs de capitaux américains. L’Inde tire parti de ses avantages comparatifs en main-d’œuvre logicielle pendant que Taïwan s’impose comme le leader incontesté de la fabrication et de la sous-traitance de puces électroniques de pointe. Bien que la Chine souffre encore d’une forte dépendance technologique, elle nourrit de grandes ambitions pour rattraper son retard, voire se placer à l’avant-garde. Dans cette course, Pékin espère accéder aux puces de dernière génération indispensable pour l’IA. La Chine vise le leadership technologique d’ici 2030, ce qui suscite des tensions de plus en plus vives dont de nombreuses embuches d’une compétition internationale féroce attisent davantage.
Dans ce paysage géopolitique, les puissances moyennes, les micro-Etats et même les Etats fragiles comme Haïti ont aussi leur rôle à jouer, ce qui reconfirme le principe d’interdépendance comme un vecteur essentiel de consensus international. Face à l’IA, Les perceptions divergent : alors que certains adoptent une posture de diabolisation, d’autres se versent dans le complotisme, tandis que des positions intermédiaires tentent de faire la part des choses. D’où l’impérieuse nécessité de se remettre à l’éthique de responsabilité des superpuissances pour préserver l’humanité face à une équilibre international fragilisé par la lutte pour la polarisation du pouvoir et l’accès aux ressources.
Les chercheurs viennent lancer un cri d’alarme. On évoque dans certains milieux de chercheurs en IA la menace d’extinction au-dessus de 10%. Par exemple, le 8 septembre 2026, un ingénieur d’Anthropique, une entreprise américaine d’Intelligence Artificielle (IA), a annoncé des risques de l’IA en profitant pour interpeller les promoteurs potentiels à une nécessité de régulation des systèmes avancés. On constate que c’est automatique vu la compétition internationale dans ce domaine.
Yoshua Bengio plaide en faveur de la Règlementation de l’IA, en martelant :”Il faut mettre des balises”, a rapporté Arly Bosom , dans une publication en date du 20 septembre 2026.“Bengio a mis en garde contre les potentielles dérives de la course à l’IA et a appelé les citoyens à “s’emparer du sujet”. On s’imagine des dégâts éventuels compte tenu de la propre autonomie que peut maintenir la technologie. Les cyberattaques sont de l’ordre des choses ainsi que la capacité éventuelle de fabriquer des virus, poursuit Bengio. Il est aussi préoccupant l’influence de l’IA sur l’homme ou sur la femme à pouvoir les persuader en trouvant par exemple des moyens de sponsoriser des actes criminels concrets.
L’OCDE ne reste pas indifférent en interpellant la conscience des uns ou des autres des enjeux en raison des préjudices concernant la société ou certains segments à être protégés en conséquence en envisageant de mettre en place des processus y relatifs. L’Union Européenne (UE)est perplexe de toute décision issue exclusivement d’un traitement automatique à l’endroit de toute personne. Cette considération renvoie à l’article 22 du Règlement général sur la protection des données de l’UE.
Il y a lieu de veiller à la prise en compte de principes comme “ la transparence, la responsabilisation, la légalité et l’équité procédurale”, selon le gouvernement du Canada en termes de directive sur la prise de décision automatisée. La liste des réactions est longue qu’on se limite à celles évoquées ; vous pourrez consulter les bibliographies indiquées, pour de plus amples informations.
L’actuel chef de l’ONU Antonio Guterres a anticipé en interpellant , lors de son allocution du mardi 22 septembre 2026, les Etats-Unis et la Chine à pouvoir coopérer sur l’IA. »Le premier devoir des gouvernements est de protéger leurs populations » et ceux « qui disposent des plus grandes capacités en matière d’IA ont les plus grandes responsabilités envers l’humanité », a-t-il estimé, demandant à Washington et à Pékin d’établir des canaux de dialogue, de transparence, de confiance et de coopération ».
Les perspectives d’une régulation de l’IA semblent plus rassurantes. Les récentes déclarations de Xi Jinping, évoquant à nouveau le “piège de Thucydide” que les deux superpuissances se doivent d’éviter, dessinent en effet une éclaircie.
Repères bibliographiques
-Vivian del Rosario HERNANDEZ (1988) « El tratado sovietico-norteamericano :un nuevo proceso distensivo ? »in Cuadernos de Nuestra America, Centro de Estudios sobre America, Vol.V,No 11, julio-diciembre .
-Humberto Garcia Muniz « Decolonization, Demilitarization, and Denuclearization in the Caribbean » in Stategy and Security in teh Caribbean, Edited by Ivelaw L. Griffith.
-Graham Allison (2023), Vers la guerre.L’Amérique et la Chine dans le piège de Thucydide?, Edition Odile Jacob, Paris.
-Sarah Lemelin-Bellerose (2026),”Intelligence artificielle:Situation actuelle, risques et perspectives d’avenir”, publication no 2019-06-F , Bibliothèque du Parlement https://bdp.parl.ca consulte le 20 septembre 2026.
-Jonel Dilhomme (2026), “Intelligence artificielle et États fragiles : quel cap pour Haïti face à une révolution hors de contrôle ? Le Nouvelliste, 19 mai 2026
Pourquoi tout le monde s’inquiete soudainement de l’IA?publié le 17 septembre 2026 dans SCience &Vie https://www.science-et-vie.com (consulté le 20 septembre 2026).
– Janie Gosselin (2026)” En visite aux Etats -Unis. Xi Jinping reçu en grande pompe à la Maison -Blanche”, La Presse, https://share.google/SM46Pi3wNu8eBQAqJ (Consulté le 21 septembre 2026).
-Hancy Pierre (2026), “L’IA: l’humain aux yeux bandés” in Le Nouvelliste du 24 septembre 2026.

