25 août 2026
Le monde tremble : entre séismes, guerres, coups d’état et assassinats politiques, l’humanité à la croisée des chemins
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Le monde tremble : entre séismes, guerres, coups d’état et assassinats politiques, l’humanité à la croisée des chemins

Par Reynodson Mompoint

Cap-Haïtien, le 25 août 2026

Quand la terre tremble sous nos pieds et que les institutions s’effondrent au-dessus de nos têtes

Il y a des époques où l’histoire avance lentement, presque silencieusement. Et puis il y a des moments où elle semble courir, trébucher, exploser et emporter avec elle les certitudes d’une génération. Nous sommes peut-être entrés dans l’une de ces périodes. Partout, quelque chose tremble.

La terre tremble sous les pieds des populations. Les frontières tremblent sous la pression des guerres. Les gouvernements tremblent devant la colère des peuples. Les démocraties tremblent devant la montée de l’autoritarisme. Les économies tremblent devant les crises géopolitiques. Et les sociétés tremblent devant la violence qui, de plus en plus, s’installe dans le quotidien.

Le monde n’est pas seulement confronté à une succession de crises. Il semble confronté à une crise de l’ordre mondial lui-même. Le constat est désormais difficile à ignorer. Le Council on Foreign Relations considère que le monde continue de devenir plus violent et plus désordonné, avec des risques importants liés notamment à l’Ukraine, au Moyen-Orient, au Soudan, à Haïti, à Taïwan, à la Corée du Nord, au Sahel et à plusieurs autres foyers de tension.

Pendant ce temps, Freedom House constate une vingtième année consécutive de recul de la liberté mondiale. En 2025, 54 pays ont connu une détérioration de leurs droits politiques et libertés civiles, contre seulement 35 ayant enregistré une amélioration.

Ce ne sont pas de simples statistiques. Derrière chaque chiffre, il y a un être humain. Derrière chaque guerre, une famille. Derrière chaque coup d’État, une Constitution suspendue. Derrière chaque assassinat politique, une nation traumatisée. Derrière chaque tremblement de terre, des maisons détruites, des enfants devenus orphelins et des familles qui cherchent leurs proches sous les décombres.

La Terre aussi semble nous rappeler notre fragilité

Le 15 août 2026, un puissant séisme de magnitude 7,7 a frappé l’est de l’Indonésie. Au 24 août, le bilan communiqué par les autorités s’élevait à 100 morts, tandis que des dizaines de milliers de maisons avaient été affectées et environ 180 000 personnes déplacées.

Quelques jours plus tard, le Pérou était à son tour secoué par un séisme de magnitude 6,7. Des habitations et des infrastructures sanitaires ont été endommagées. En Espagne, la région de Grenade a également connu plusieurs secousses en août, avec des bâtiments endommagés et des habitants évacués.

La nature, elle, ne négocie pas. Elle ne reconnaît ni président, ni opposition, ni majorité parlementaire. Elle ne demande pas de carte électorale. Elle ne distingue pas le riche du pauvre.

Mais il existe une différence fondamentale entre un séisme qui frappe un pays doté d’institutions solides et un séisme qui frappe un État déjà fragilisé. La catastrophe naturelle tue. La faiblesse institutionnelle multiplie les dégâts.

Lorsqu’un hôpital fonctionne, lorsque les secours sont organisés, lorsque les routes sont praticables, lorsque l’État dispose de ressources et lorsque les citoyens ont confiance dans les autorités, une catastrophe peut être contenue. Mais lorsqu’un État est déjà à genoux, le moindre choc peut devenir une tragédie nationale. Et c’est précisément là que les tremblements de la Terre rencontrent ceux de la politique.

Le séisme politique mondial

Nous avons longtemps présenté la démocratie comme une conquête irréversible. C’était une illusion. L’histoire vient nous rappeler qu’aucune démocratie n’est éternelle lorsqu’elle cesse de protéger ses institutions.

Le coup d’État revient dans plusieurs régions du monde. Les juntes militaires s’installent. Les présidents prolongent leur pouvoir. Les constitutions sont modifiées pour servir les ambitions personnelles. Les élections sont contestées. Les tribunaux sont attaqués. La presse est intimidée. Les manifestations sont réprimées. Et parfois, les citoyens eux-mêmes finissent par considérer le régime démocratique comme incapable de répondre à leurs problèmes.

C’est ainsi que commence une dangereuse mécanique. Lorsque la démocratie déçoit, l’autoritarisme promet l’ordre. Lorsque les institutions échouent, l’homme fort promet l’efficacité. Lorsque les politiciens sont discrédités, le militaire apparaît comme un sauveur.

Mais l’histoire nous enseigne une vérité que les peuples oublient souvent dans les moments de désespoir : celui qui arrive au pouvoir en promettant de sauver la nation peut devenir celui qu’il faudra ensuite combattre pour sauver la nation.

Le recul démocratique mondial n’est d’ailleurs pas seulement provoqué par les coups d’État. Freedom House identifie également l’érosion des institutions, les conflits armés et la répression autoritaire comme des facteurs majeurs du recul des libertés.

La démocratie ne meurt donc pas toujours dans le fracas d’un coup d’État. Parfois, elle meurt silencieusement. Une loi après l’autre. Une institution après l’autre. Une liberté après l’autre. Une intimidation après l’autre.

Quand le coup d’État devient une méthode politique

Le coup d’État est souvent présenté comme une rupture brutale. Mais il est parfois le résultat d’une longue décomposition.

Lorsque les institutions ne fonctionnent plus, lorsque la corruption devient systémique, lorsque l’armée se considère comme l’arbitre suprême de la vie nationale et lorsque les citoyens perdent confiance dans les mécanismes électoraux, la démocratie devient vulnérable.

Le danger ne vient donc pas uniquement des militaires. Il vient aussi des politiciens qui détruisent progressivement les institutions censées empêcher les militaires de prendre le pouvoir. Il vient des dirigeants qui refusent l’alternance. Il vient des opposants qui considèrent la violence comme une stratégie légitime. Il vient des élites qui manipulent les règles pour conserver leurs privilèges. Il vient aussi d’une communauté internationale qui condamne certains coups d’État avec fermeté et tolère d’autres ruptures institutionnelles selon ses intérêts géopolitiques.

La démocratie ne peut pas être défendue à géométrie variable.

L’assassinat politique : lorsque la balle remplace le bulletin

Il existe quelque chose de particulièrement terrifiant dans l’assassinat d’un président.

Un président peut être battu dans une élection. Il peut être censuré. Il peut être destitué selon les mécanismes constitutionnels. Il peut être poursuivi par la justice. Mais lorsqu’il est assassiné, c’est le principe même de la succession politique pacifique qui reçoit une balle.

Haïti porte encore la cicatrice profonde de l’assassinat de Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021. Ce crime a contribué à ouvrir une période de chaos institutionnel et sécuritaire dont les conséquences continuent de se faire sentir. Selon le Council on Foreign Relations, la crise haïtienne s’est considérablement aggravée après l’assassinat, avec l’expansion des groupes armés et le déplacement de plus de 1,4 million de personnes.

Mais Haïti n’est pas une anomalie isolée. L’assassinat politique, la violence électorale, la répression et les guerres de pouvoir appartiennent à une histoire universelle.

Abraham Lincoln. John F. Kennedy. Anwar Sadat. Yitzhak Rabin. Jovenel Moïse.

La liste rappelle une vérité effrayante : le pouvoir politique demeure parfois une zone de danger mortel. Et lorsque la violence devient le moyen de résoudre les contradictions politiques, la République cesse d’être une compétition d’idées. Elle devient un champ de bataille.

La guerre n’est plus seulement une affaire de frontières

Nous pensions avoir appris les leçons des deux guerres mondiales. 

Nous pensions que l’intégration économique, le droit international, les Nations unies et la diplomatie rendraient les grandes guerres de moins en moins probables. Pourtant, les conflits armés restent nombreux.

Ukraine. Gaza et le Moyen-Orient. Soudan. Yémen. Myanmar. Sahel. République démocratique du Congo.

Et ailleurs, des crises menacent constamment de franchir les frontières. Le problème contemporain est que les guerres sont de moins en moins isolées.

Une crise locale peut devenir régionale. Une crise régionale peut devenir internationale. Une attaque contre une infrastructure peut perturber une économie située à des milliers de kilomètres. Une fermeture maritime peut provoquer une hausse des prix sur plusieurs continents. Une crise énergétique peut provoquer une crise alimentaire. Une guerre peut devenir une crise migratoire. Et une crise migratoire peut devenir une crise politique.

Le monde est devenu tellement interconnecté que personne ne peut plus prétendre vivre dans une île géopolitique.

Le retour des blocs

La guerre froide avait divisé le monde en deux grands camps. Aujourd’hui, le paysage est plus complexe.

Les alliances se recomposent. Les puissances régionales prennent davantage d’importance. Les États cherchent de nouveaux partenaires.

La Chine affirme sa puissance. La Russie tente de préserver et d’étendre son influence. Les États-Unis continuent de jouer un rôle déterminant.

L’Europe cherche à renforcer son autonomie stratégique. Le Moyen-Orient devient un théâtre de rivalités multiples. L’Afrique devient un espace de compétition économique, militaire et diplomatique. L’Amérique latine cherche à préserver ses marges de manœuvre. Et les petits États se retrouvent parfois obligés de choisir entre plusieurs puissances qui veulent chacune leur fidélité.

Le multilatéralisme lui-même est sous pression. Le World Economic Forum identifie pour 2026 la confrontation géoéconomique comme le principal risque susceptible de déclencher une crise mondiale, devant notamment les conflits armés entre États.

Le monde ne fonctionne donc plus comme une seule communauté internationale. Il ressemble de plus en plus à une mosaïque d’intérêts concurrents.

L’invasion politique, le nouveau visage de la domination

L’invasion ne se fait plus nécessairement avec des chars. Elle peut se faire avec de l’argent. Avec des campagnes de désinformation. Avec des réseaux politiques. Avec des mercenaires. Avec des entreprises. Avec des cyberattaques. Avec des sanctions. Avec la manipulation des opinions publiques. Avec le financement de groupes politiques. Avec l’influence sur les médias. Avec la dépendance économique. Avec la diplomatie. Avec l’aide humanitaire elle-même lorsqu’elle devient un instrument de dépendance.

C’est pourquoi la souveraineté du XXIe siècle ne se résume plus à la défense d’un territoire. Un État peut être militairement indépendant tout en étant politiquement dépendant. Il peut avoir un drapeau, un hymne, un président et un parlement, mais ne plus être capable de décider librement de son avenir.

Voilà le nouveau visage de l’influence. Voilà aussi le nouveau visage de l’invasion.

Haïti : le miroir grossissant du désordre mondial

Et au milieu de cette tempête internationale, Haïti apparaît comme l’une des illustrations les plus dramatiques de l’effondrement institutionnel.

Le pays a connu les dictatures, les coups d’État, les interventions étrangères, les crises électorales, les assassinats politiques, les catastrophes naturelles, la pauvreté extrême et maintenant une violence armée qui menace directement la capacité de l’État à gouverner.

Le Council on Foreign Relations classait encore en 2026 l’escalade de la violence des groupes armés en Haïti parmi les risques importants, en soulignant le lien entre dysfonctionnement politique et crise sécuritaire.

Voilà notre drame.

Nous voulons organiser des élections. Mais il faut sécuriser les électeurs. Nous voulons installer des institutions. Mais il faut protéger les institutions. Nous voulons attirer les investisseurs. Mais il faut garantir la sécurité. Nous voulons parler de développement. Mais il faut d’abord empêcher la destruction. Nous voulons parler de démocratie. Mais il faut d’abord empêcher que la violence décide à la place du citoyen.

Un bulletin de vote ne peut pas rivaliser avec une arme automatique. Et une Constitution ne peut pas être respectée si personne n’est capable de faire respecter la loi.

Le grand paradoxe de notre époque

Notre époque possède les technologies les plus avancées de l’histoire. Nous pouvons envoyer des images instantanément d’un continent à l’autre. Nous pouvons détecter des séismes. Nous pouvons prévoir certains phénomènes météorologiques. Nous pouvons produire des vaccins en un temps record. Nous pouvons envoyer des sondes dans l’espace. Nous pouvons utiliser l’intelligence artificielle pour analyser des milliards de données. Mais nous demeurons incapables de résoudre certaines des questions les plus anciennes de l’humanité :

Comment vivre ensemble? Comment partager le pouvoir ? Comment empêcher la violence ? Comment respecter la dignité humaine ? Comment faire de la politique sans transformer l’adversaire en ennemi ?

C’est peut-être cela, la véritable contradiction du XXIe siècle. Nous sommes technologiquement plus puissants. Mais sommes-nous politiquement plus sages ?

La peur devient une industrie

Dans plusieurs sociétés, la peur est devenue une véritable monnaie politique.

On promet la sécurité contre les libertés. On promet l’ordre contre la démocratie. On promet la grandeur nationale contre la coopération internationale. On désigne des ennemis. On fabrique des menaces. On divise les citoyens. On transforme l’étranger en bouc émissaire. On transforme l’opposant en traître. On transforme le journaliste en ennemi. On transforme le juge en obstacle.

Et progressivement, une société qui avait peur du chaos finit par accepter l’autoritarisme au nom de la sécurité. C’est ainsi que les démocraties peuvent mourir. Non pas parce que les citoyens cessent d’aimer la liberté. Mais parce qu’ils finissent par croire que la liberté est devenue un luxe.

Les peuples paient toujours la facture

Dans toutes ces crises, une constante demeure.

Ce ne sont presque jamais les puissants qui paient le prix le plus élevé. Ce sont les enfants. Les femmes. Les agriculteurs. Les ouvriers. Les étudiants. Les commerçants. Les déplacés. Les migrants. Les pauvres.

Ce sont eux qui perdent leurs maisons. Eux qui abandonnent leurs terres. Eux qui traversent les frontières. Eux qui dorment dans des camps. Eux qui enterrent leurs proches. Eux qui voient leurs économies disparaître. Eux qui deviennent réfugiés d’une guerre qu’ils n’ont jamais voulue.

Et pendant ce temps, les dirigeants se réunissent dans des palais climatisés pour parler de paix.

Quelle étrange humanité !

Nous savons parfaitement déclarer une guerre. Mais nous ne savons pas toujours construire la paix. Nous savons fabriquer des armes toujours plus sophistiquées. Mais nous ne savons pas fabriquer suffisamment de confiance. Nous savons envoyer des soldats. Mais nous peinons à envoyer la justice.

Le monde a besoin d’un nouveau contrat

La réponse ne peut pas être simplement militaire.

Le monde ne sortira pas de ses crises en accumulant seulement des armes. La sécurité sans justice produit la peur. La croissance sans équité produit la colère. La démocratie sans institutions produit le chaos. La souveraineté sans responsabilité produit l’autoritarisme. L’aide internationale sans stratégie de sortie produit la dépendance. Et la paix sans justice produit une trêve.

Il faut donc reconstruire. Reconstruire les institutions. Reconstruire la confiance. Reconstruire le droit international. Reconstruire le multilatéralisme. Reconstruire la démocratie. Reconstruire la responsabilité politique. Reconstruire surtout cette conviction fondamentale selon laquelle le pouvoir appartient aux peuples et non à ceux qui parviennent à le confisquer.

Et demain ?

Personne ne peut prédire le prochain grand choc. Ce sera peut-être un séisme. Une guerre. Une crise économique. Une cyberattaque massive. Une crise alimentaire. Un coup d’État. Une nouvelle pandémie. Un effondrement politique. Ou une combinaison de plusieurs de ces phénomènes. Mais une chose est certaine : le monde ne peut plus se permettre de gérer les crises uniquement lorsqu’elles explosent.

Il faut apprendre à prévenir. Prévenir les guerres. Prévenir les coups d’État. Prévenir l’effondrement institutionnel. Prévenir les catastrophes. Prévenir les famines. Prévenir les crises migratoires. Prévenir la radicalisation. Prévenir la corruption. Prévenir la haine. Parce qu’un monde qui attend toujours la catastrophe pour agir finit par transformer chaque crise en catastrophe.

Le monde tremble, mais l’humanité n’est pas condamnée

La Terre continuera de trembler. Les volcans continueront d’entrer en éruption. Les tempêtes continueront de frapper. Les plaques tectoniques continueront leur mouvement silencieux.

Nous ne pouvons pas arrêter la nature. Mais nous pouvons construire des bâtiments capables de résister. Nous ne pouvons pas empêcher toutes les guerres. Mais nous pouvons construire des institutions capables de prévenir les conflits. Nous ne pouvons pas empêcher tous les assassins. Mais nous pouvons construire des sociétés dans lesquelles le pouvoir se transmet par les urnes plutôt que par les armes. Nous ne pouvons pas supprimer toutes les crises. Mais nous pouvons éviter que chaque crise devienne un effondrement.

C’est là que se trouve la responsabilité de notre génération. Le monde n’a pas seulement besoin de dirigeants puissants. Il a besoin de dirigeants responsables. Il n’a pas seulement besoin d’armées fortes. Il a besoin d’institutions fortes. Il n’a pas seulement besoin de discours sur la démocratie. Il a besoin de démocraties qui fonctionnent. Il n’a pas seulement besoin d’élections. Il a besoin d’élections crédibles, libres, transparentes et sécurisées. Il n’a pas seulement besoin d’aide internationale. Il a besoin de peuples capables de construire leur propre avenir. Et surtout, il n’a pas besoin d’une nouvelle guerre pour comprendre que la paix est précieuse. Il n’a pas besoin d’un nouvel assassinat pour comprendre que la politique doit rester civile. Il n’a pas besoin d’un nouveau coup d’État pour comprendre que les institutions doivent être protégées. Il n’a pas besoin d’un nouveau tremblement de terre pour comprendre que les fondations sont fragiles.

Car le véritable danger n’est pas que le monde tremble. Le véritable danger, c’est que nous nous habituions à vivre dans les secousses. Et lorsqu’un peuple s’habitue à la peur, à la violence, à l’injustice et au chaos, la catastrophe n’est plus seulement autour de lui. Elle finit par entrer dans sa conscience. C’est peut-être là que commence la véritable fin d’une civilisation.

Reynoldson MOMPOINT

Avocat-Journaliste-Communicateur Social

+50937186284

mompointreynoldson@gmail.com

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