Liné Balthazar a posé le bon diagnostic sur le décret. Mais le problème est plus profond. Il ne peut y avoir d’élections crédibles avec ce décret électoral, ni avec Alix Didier Fils Aimé à la tête de l’exécutif, ni avec un CEP dirigé par Jacques Desrosiers dont l’indépendance a été structurellement compromise.
Liné Balthazar a tranché net, le 21 août 2026, sur les ondes de Magik9 : « Il ne peut y avoir d’élections avec ce décret électoral. » Il a qualifié le processus de « bancale » et dénoncé l’absence de transparence du CEP, incapable même de communiquer le nombre d’électeurs inscrits plus d’un mois après le début de l’enregistrement. Cette affirmation, loin d’être une simple sortie politique, mérite d’être prise au sérieux. Mais elle ne va pas assez loin.
Le Décret électoral du 2 juin 2026 (modifié le 2 juillet) n’est pas seulement défectueux. Il est le produit d’un exécutif de transition sans légitimité électorale, dirigé par Alix Didier Fils Aimé, et appliqué par un CEP présidé par Jacques Desrosiers dont l’indépendance a été sérieusement ébranlée. Ensemble, ces trois éléments — le texte, le Premier ministre et le Conseil électoral — rendent toute élection crédible impossible.
Le décret : un texte vicié dès l’origine
Balthazar a raison de pointer le décret. Adopté par un Conseil des ministres sans Parlement, il s’appuie sur un « Pacte national » de pure nature politique, non constitutionnelle. Il place le pouvoir réglementaire du CEP sous la tutelle de l’exécutif (arrêtés du Premier ministre), recentre le contentieux hors du CEP, et crée un Directeur général nommé en Conseil des ministres. Des juristes et organisations de défense des droits humains ont déjà dénoncé des dispositions liberticides et anticonstitutionnelles. Un texte né hors des voies constitutionnelles normales ne peut engendrer des élections crédibles. C’est un point de départ vicié.
Fils-Aimé : le chef de l’exécutif qui détient les leviers
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé n’est pas un simple organisateur technique. Il est le chef d’un gouvernement de transition issu d’accords politiques, non d’élections. C’est lui qui a imposé le décret, lui qui signe les circulaires rappelant la neutralité des institutions tout
en contrôlant les ressources de l’État, et lui qui pèse sur le calendrier et le financement. Les soupçons récurrents d’utilisation de l’appareil d’État et des programmes sociaux au profit de plateformes proches du pouvoir (dont Viktwa) ne sont pas anodins. Même si les preuves formelles de détournement restent à établir, le simple fait que le chef de l’exécutif détienne à la fois le décret, le budget et l’influence sur les institutions électorales détruit le principe d’équité. On ne peut pas organiser des élections crédibles sous la direction de celui qui a le plus à gagner ou à perdre dans le résultat.
Le CEP de Jacques Desrosiers : une indépendance en miettes
Jacques Desrosiers, président du CEP depuis octobre 2025, a tenté de maintenir un dialogue avec l’exécutif. Mais le décret de juin 2026 et les modifications de juillet ont considérablement réduit sa marge de manœuvre. Le CEP a dû accepter un texte profondément
remanié par la Primature, un Directeur général imposé, et une architecture qui limite son autonomie. L’absence de communication claire sur le nombre d’inscrits, dénoncée par Balthazar, n’est que le symptôme d’une institution affaiblie, contrainte de naviguer entre les exigences de l’exécutif et les pressions internationales pour tenir un calendrier. Un CEP qui ne maîtrise plus pleinement ses propres procédures et sa communication ne peut garantir la vérité des urnes.
Liné Balthazar a posé le bon diagnostic sur le décret. Mais le problème est plus profond. Il ne peut y avoir d’élections crédibles avec ce décret électoral, ni avec Alix Didier Fils-Aimé à la tête de l’exécutif, ni avec un CEP dirigé par Jacques Desrosiers dont l’indépendance a été structurellement compromise.
Tant que le cadre juridique restera l’œuvre d’un pouvoir de transition non élu, tant que l’exécutif contrôlera les ressources et les nominations clés, et tant que le CEP restera sous tutelle de fait, le processus restera bancal. Les Haïtiens ne méritent pas une élection de façade. Ils méritent un processus dont la légitimité ne souffre d’aucun doute. Or, avec les trois éléments actuels réunis, ce doute est structurel.

