Le Dr Yvens G. Laborde, médecin d’origine haïtienne et spécialiste de la santé mondiale et de la gestion des catastrophes, a participé comme conférencier distingué à l’Assemblée annuelle et scientifique 2026 de la National Medical Association, organisée du 25 au 29 juillet à San Juan, Porto Rico.
Devant des professionnels de la santé, chercheurs et responsables de santé publique, il a présenté une conférence intitulée « Beyond the Storm: From Disaster to Dignity » — « Au-delà de la tempête : de la catastrophe à la dignité ». Son intervention a notamment porté sur les facteurs qui transforment les phénomènes naturels en crises humanitaires majeures, particulièrement dans les pays vulnérables comme Haïti.
Fondateur de FONDYLSAHH — Fondation Dr Yvens Laborde pour la santé et l’aide humanitaire en Haïti —, le médecin s’est appuyé sur plusieurs décennies d’expérience dans la médecine communautaire, l’aide humanitaire et les interventions après des catastrophes. Il a notamment évoqué le séisme du 12 janvier 2010, l’épidémie de choléra, l’ouragan Matthew de 2016, le séisme du Sud d’Haïti de 2021 ainsi que des urgences plus récentes.
Vulnérabilité et catastrophes en Haïti
L’un des principaux axes de son intervention a concerné la vulnérabilité d’Haïti face aux catastrophes. Pour le Dr Laborde, les conséquences d’un ouragan, d’une inondation ou d’un séisme ne dépendent pas uniquement de l’intensité du phénomène naturel.
Il résume cette réalité par une équation : Risque de catastrophe = Aléa × Exposition × Vulnérabilité.
La pauvreté, la dégradation de l’environnement, la faiblesse des infrastructures, l’urbanisation non planifiée, l’insécurité, l’instabilité institutionnelle et l’accès limité aux soins contribuent, selon lui, à amplifier les conséquences humaines des catastrophes.
« L’ouragan est naturel. Les pertes massives de vies humaines ne le sont pas nécessairement. Elles résultent souvent de vulnérabilités que les sociétés ont tolérées, produites ou refusé de corriger », a expliqué le médecin.
Il estime ainsi qu’une rivière non curée, un bassin versant déboisé, une route impraticable, un hôpital difficilement accessible ou l’absence d’un système efficace d’alerte précoce peuvent transformer un phénomène naturel en catastrophe majeure.
Le médecin a également insisté sur la dimension humaine souvent dissimulée derrière les bilans chiffrés.
« Une catastrophe ne doit jamais être réduite à une statistique. Derrière chaque chiffre se trouve une vie humaine qui possédait une histoire, une famille, des rêves et une dignité », a-t-il souligné.
Une réponse humanitaire fondée sur la dignité
À Porto Rico, le Dr Laborde a également présenté l’approche développée par FONDYLSAHH. Celle-ci repose notamment sur une intervention centrée sur la personne, l’implication des communautés, le leadership local, l’utilisation des données et des technologies ainsi que la réduction des vulnérabilités avant, pendant et après les catastrophes.
Selon cette approche, les populations touchées ne doivent pas être considérées uniquement comme des bénéficiaires de l’aide. Elles doivent également participer à la préparation, à l’organisation des interventions et au relèvement de leurs communautés.
Pour le Dr Laborde, répondre aux besoins médicaux après une catastrophe reste indispensable, mais ne suffit pas. La prévention nécessite également des investissements dans les infrastructures sanitaires, l’eau potable, les communications, les routes, les systèmes d’alerte, la surveillance épidémiologique et les capacités locales.
« La préparation aux catastrophes n’est pas un luxe. Elle constitue une intervention de santé publique, une obligation morale et un investissement dans la survie nationale », a-t-il déclaré.
Il a ainsi plaidé pour une évolution de l’aide internationale, estimant que les interventions ne devraient pas uniquement survenir après les catastrophes. Elles devraient également contribuer à renforcer durablement les institutions et les capacités locales afin de réduire la dépendance envers l’assistance extérieure.
« Global Health is Local Health »
En conclusion de sa conférence, le Dr Laborde a rappelé que les crises sanitaires et humanitaires dépassent désormais largement les frontières nationales.
Les changements climatiques, les migrations, les épidémies, les déplacements de population et les perturbations économiques peuvent rapidement avoir des conséquences régionales ou internationales.
Il résume cette interdépendance par une formule : « Global Health is Local Health » — « La santé mondiale est aussi une santé locale ».
Son message final a toutefois dépassé les considérations médicales et techniques. Il a appelé les professionnels de la santé, les responsables politiques et les organisations humanitaires à placer la dignité humaine au centre de leurs interventions.
Cette philosophie est résumée par une expression créole mise en avant par FONDYLSAHH : « Tout moun se moun, pa gen moun pase moun. »
Depuis la tribune de la National Medical Association à Porto Rico, le Dr Yvens Laborde a ainsi défendu une approche selon laquelle l’efficacité d’une réponse aux catastrophes ne se mesure pas uniquement au volume de l’aide distribuée ou au nombre de personnes prises en charge, mais aussi à sa capacité à réduire durablement les vulnérabilités et à préserver la dignité de chaque personne affectée.
Gislène Guerrier

