Par Reynoldson Mompoint
Cap-Haïtien, le 06 août 2026
Des réunions sans résultats, un pays qui s’effondre
L’arrivée de David Howell comme nouveau chargé d’affaires des États-Unis en Haïti s’inscrit dans une longue tradition diplomatique qui semble désormais tourner en rond. À peine installé, le diplomate américain a rencontré le Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé afin d’évoquer le « renforcement de la sécurité », avant de participer à une réunion stratégique avec les responsables haïtiens et les partenaires engagés dans la lutte contre les groupes armés. Selon les communications officielles, il a été question de restaurer l’autorité de l’État, de renforcer la coordination opérationnelle et de créer les conditions d’un retour à la stabilité.
Mais pour les Haïtiens, cette scène n’a rien de nouveau.
Depuis les années de Michelle Jeanne Sison, les rencontres de haut niveau se succèdent. Les communiqués se ressemblent. Les promesses se répètent. Les déclarations d’intention se multiplient. Pourtant, le constat demeure implacable : jamais l’insécurité n’a autant gagné du terrain.
À chaque changement de chargé d’affaires américain, le même rituel recommence. Une visite de courtoisie. Une séance de travail. Une photo officielle. Une déclaration sur la coopération bilatérale. Puis le silence. Pendant ce temps, les gangs consolident leurs positions, les familles fuient leurs quartiers, les routes nationales deviennent impraticables et l’État perd progressivement le contrôle de son territoire.
L’assassinat du président Jovenel Moïse, survenu au cœur même de la résidence présidentielle, demeure le symbole le plus éclatant de cet effondrement sécuritaire. Si le chef de l’État n’a pas pu être protégé, comment convaincre la population que les simples citoyens le seront davantage ?
Depuis cette tragédie nationale, les réunions se sont multipliées plus rapidement que les résultats.
Les gouvernements changent. Les ambassadeurs changent. Les chargés d’affaires changent. Les stratégies changent de nom. Mais l’insécurité, elle, ne change pas : elle progresse.
La population haïtienne est désormais confrontée à une étrange diplomatie où les communiqués donnent l’impression d’une mobilisation permanente, alors que la réalité quotidienne raconte exactement le contraire.
L’autorité de l’État ne se restaure pas autour d’une table de conférence.
Elle se rétablit lorsque les citoyens peuvent circuler librement, lorsque les écoles ouvrent leurs portes sans craindre les rafales d’armes automatiques, lorsque les entreprises fonctionnent sans payer tribut aux groupes armés et lorsque les institutions cessent d’être prisonnières de l’urgence sécuritaire.
Aujourd’hui, beaucoup s’interrogent : cette nouvelle rencontre entre David Howell et Alix Didier Fils-Aimé produira-t-elle enfin une rupture avec les approches précédentes, ou ne constituera-t-elle qu’un épisode supplémentaire d’une interminable série de réunions diplomatiques dont les résultats restent invisibles pour la population ?
En Haïti, la crédibilité des discours ne se mesure plus à la qualité des communiqués officiels.
Elle se mesure au nombre de vies sauvées.
Et sur ce terrain, le pays attend toujours des réponses.
La diplomatie des réunions face à l’échec de la sécurité
Depuis plusieurs années, Haïti est devenue le théâtre d’une succession ininterrompue de réunions diplomatiques consacrées à la sécurité. Les représentants étrangers défilent, les autorités haïtiennes multiplient les rencontres, les communiqués se ressemblent et les promesses s’accumulent. Pourtant, sur le terrain, le constat est sévère : les groupes armés continuent d’étendre leur influence, tandis que l’État peine à rétablir son autorité dans de nombreuses zones du pays.
Chaque nouveau responsable diplomatique américain arrive avec un discours mettant l’accent sur le partenariat, le renforcement institutionnel et le soutien aux forces de sécurité. Ces objectifs sont légitimes. Mais ils se heurtent à une réalité persistante : l’absence de résultats tangibles et durables nourrit un profond scepticisme au sein de la population.
Pendant que les délégations se réunissent dans des salles climatisées, les Haïtiens affrontent une tout autre réalité. Des familles sont déplacées, des établissements scolaires ferment leurs portes, des activités économiques sont paralysées et des citoyens vivent dans l’incertitude permanente. Le fossé entre les engagements officiels et le quotidien de la population semble se creuser.
Une coopération à l’épreuve des faits
Les États-Unis demeurent un partenaire majeur d’Haïti en matière de sécurité. Ils apportent un appui financier, technique et logistique à plusieurs initiatives. Toutefois, pour une partie de l’opinion publique, l’efficacité de cette coopération se juge moins à l’ampleur des annonces qu’à leurs effets concrets sur la sécurité des citoyens.
L’assassinat du président Jovenel Moïse a marqué un tournant majeur. Depuis cet événement, les crises institutionnelle, politique et sécuritaire se sont entremêlées, rendant la réponse de l’État encore plus complexe. Les changements successifs de responsables diplomatiques et gouvernementaux n’ont pas, jusqu’à présent, inversé cette dynamique.
Le gouvernement face à l’urgence
Le Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé affirme faire de la sécurité une priorité. La rencontre avec David Howell s’inscrit dans cette volonté affichée de renforcer la coopération internationale.
Cependant, les attentes de la population dépassent désormais les déclarations. Les citoyens attendent des résultats mesurables : la reprise du contrôle des axes routiers, la réduction des violences, la protection des populations civiles, le retour des services publics dans les zones affectées et un fonctionnement plus efficace des institutions de sécurité.
Dans ce contexte, chaque nouvelle réunion est perçue comme un test de crédibilité. Les Haïtiens jugeront moins les discours que les effets observables sur leur vie quotidienne.
L’histoire récente montre que les solutions durables ne reposent pas uniquement sur les engagements diplomatiques. Elles exigent également une stratégie nationale cohérente, des institutions renforcées, une gouvernance efficace et une volonté politique constante.
La rencontre entre David Howell et Alix Didier Fils-Aimé ouvre une nouvelle séquence de coopération. Reste à savoir si elle marquera une véritable inflexion ou si elle viendra simplement s’ajouter à une longue série d’initiatives dont les ambitions ont dépassé les résultats.
Haïti n’a plus besoin de promesses, mais de résultats
Au-delà des rencontres diplomatiques et des déclarations officielles, une évidence s’impose : le peuple haïtien ne vit pas dans les communiqués de presse. Il vit dans l’angoisse quotidienne d’une insécurité qui bouleverse les familles, freine l’activité économique et fragilise les institutions. Les attentes sont désormais immenses, tant à l’égard des autorités haïtiennes que de leurs partenaires internationaux.
Chaque nouvelle annonce d’une coopération renforcée est accueillie avec un mélange d’espoir et de prudence. L’expérience des dernières années a conduit une partie de la population à attendre des résultats concrets avant de croire aux engagements formulés. Dans un contexte où les défis sécuritaires demeurent considérables, la confiance se reconstruit d’abord par les actes.
L’État face à son obligation première
La première mission d’un État est d’assurer la protection de sa population. Cette responsabilité incombe avant tout aux institutions nationales, même lorsque des partenaires étrangers apportent un appui technique, financier ou logistique. La coopération internationale peut accompagner les efforts d’Haïti, mais elle ne peut se substituer à l’exercice de la souveraineté ni à la responsabilité des dirigeants.
Le gouvernement dirigé de facto par Alix Didier Fils-Aimé sera évalué sur sa capacité à améliorer la sécurité, à renforcer les institutions compétentes et à restaurer progressivement la confiance des citoyens. De la même manière, les partenaires internationaux seront jugés à l’aune des effets réels de leur soutien.
Le temps des évaluations
La rencontre entre David Howell et le Premier ministre constitue une étape diplomatique importante. Mais son importance ne résidera pas dans les photographies officielles ni dans les déclarations publiques. Elle dépendra de ce qui suivra : une amélioration tangible de la situation sécuritaire, une meilleure coordination des institutions concernées et des progrès perceptibles pour la population.
Dans le débat public, il est légitime de s’interroger sur l’efficacité des stratégies mises en œuvre jusqu’à présent et d’exiger davantage de transparence quant aux objectifs poursuivis, aux moyens mobilisés et aux résultats obtenus. Une démocratie vivante suppose que les politiques publiques puissent être discutées, évaluées et, lorsque nécessaire, réorientées.
Haïti traverse une crise profonde qui appelle des réponses à la hauteur des enjeux. Les réunions diplomatiques, à elles seules, ne suffisent pas à restaurer la sécurité. Elles ne prennent leur véritable sens que lorsqu’elles débouchent sur des actions concrètes, mesurables et durables.
Le peuple haïtien attend moins des promesses que des changements visibles. Les partenaires d’Haïti, comme les autorités nationales, disposent désormais d’une responsabilité commune : démontrer que les engagements annoncés peuvent se traduire par des résultats.
Car, en définitive, l’histoire retiendra moins le nombre de réunions organisées que la capacité des décideurs à faire reculer durablement la violence et à permettre aux citoyens de vivre dans un État où la sécurité n’est plus une aspiration, mais une réalité.
Reynoldson Mompoint
Avocat-Journaliste-Communicateur Social
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