6 août 2026
Carriès transformée en charnier : quel scrutin Fils-Aimé prépare-t-il sur les routes des massacres ?
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Carriès transformée en charnier : quel scrutin Fils-Aimé prépare-t-il sur les routes des massacres ?

Le 13 décembre apparaît comme une scène montée au-dessus d’un abîme : des urnes en carton, un État en ruine et des routes nationales transformées en couloirs funéraires.

Carriès est devenue une morgue à ciel ouvert sur la route nationale numéro 1. Six chauffeurs de camion ont été assassinés, mutilés et décapités par les criminels de la coalition « Viv Ansanm ». Des crânes humains, déposés sur des blocs de béton cyclopéen, servent désormais de bornes macabres à un territoire où l’autorité de la République s’arrête devant les barricades des gangs. Les faits ont été confirmés par l’agent exécutif intérimaire de la commune, une autorité locale directement confrontée à cette entreprise de terreur.

La Nationale 1, principale artère entre Port-au-Prince et le Grand Nord, ressemble à une veine tranchée. Les pierres obstruent la chaussée, les armes réglementent le passage et les cadavres délimitent les nouvelles frontières intérieures du pays. Des files de véhicules sont restées immobilisées pendant plusieurs jours, comme si chaque citoyen devait désormais obtenir un visa criminel pour circuler sur le territoire national.

À Troufoban, des travailleurs partis extraire du sable ont rencontré une mort organisée comme un spectacle d’intimidation. Les assaillants ne se sont pas contentés de tuer : ils ont transformé les corps en message politique et la route en scène de domination. Chaque barricade devient un poste frontalier; chaque fusil, un décret; chaque décapitation, une proclamation de souveraineté criminelle. Carriès n’est donc plus seulement le lieu d’un massacre. La localité constitue le certificat funéraire d’un État qui abandonne ses routes morceau après morceau.

Un communiqué climatisé face à une route ensanglantée

Le 5 août 2026, pendant que Carriès comptait ses morts, la Primature diffusait un communiqué intitulé : « Restauration de l’autorité de l’État : le Gouvernement renforce la coordination stratégique pour garantir la sécurité nationale ». Le texte faisait suite à une rencontre entre Alix Didier Fils-Aimé, le nouveau chargé d’affaires américain David Howell et les responsables des forces nationales et internationales engagées dans la lutte contre les groupes armés.

Autour d’une table soigneusement dressée, bouteilles d’eau alignées, dossiers ouverts et appareils électroniques allumés, les participants ont parlé de « coordination stratégique », de « capacités opérationnelles », de « paix publique » et de « restauration pleine et entière de l’autorité de l’État ». Les photographies officielles présentent l’image ordonnée d’un pouvoir en séance de travail. Sur la Nationale 1, cependant, l’ordre institutionnel promis dans les salons se brise contre les murs de pierres dressés par les criminels.

Le communiqué ne prononce pas le nom de Carriès. Il ne mentionne pas les six chauffeurs décapités. Aucun hommage aux victimes, aucune adresse aux familles, aucun délai opérationnel pour libérer la Nationale 1, aucune annonce précise concernant la réouverture durable de cet axe stratégique. Gressier, Montrouis et les autres communautés frappées par les massacres disparaissent également derrière le vocabulaire administratif de la « concertation » et des « mécanismes de coordination ».

Ainsi se construit la grande métaphore du pouvoir Fils-Aimé : la République saigne sur les routes, mais le gouvernement lui applique des communiqués comme des pansements de papier. Les gangs posent des crânes sur le béton; la Primature pose des verbes sur des photographies. Les premiers occupent le terrain, les seconds occupent l’espace médiatique. Entre les deux, la population attend toujours de savoir qui commande véritablement le pays.

La sécurité invoquée pour vendre les élections

Le Premier ministre affirme que la sécurité représente la priorité absolue de son gouvernement et la condition préalable à l’organisation d’élections « libres, crédibles, transparentes et inclusives ». Cette déclaration contient pourtant sa propre accusation. Si la sécurité demeure une condition préalable, comment le CEP et la Primature avancent-ils avec autant d’assurance vers le scrutin du 13 décembre, tandis que des groupes armés ferment une route nationale et organisent des exécutions collectives?

Quel électeur traversera Carriès pour rejoindre un centre de vote sous le regard des décapiteurs? Quel agent électoral transportera des urnes et des procès-verbaux sur une chaussée où les crânes humains remplacent les panneaux de signalisation? Quel candidat mènera campagne dans des communes où l’État ne garantit ni la libre circulation, ni la sûreté physique, ni l’intégrité des réunions publiques?

Une élection ne se décrète pas depuis une salle de conférence. Elle suppose un territoire accessible, des électeurs protégés, des candidats libres, une administration électorale autonome et une force publique capable d’empêcher les organisations criminelles de confisquer le suffrage. À défaut de ces garanties, le vote annoncé ne correspond pas à l’exercice de la souveraineté populaire, mais à une scénographie institutionnelle organisée au-dessus d’un pays morcelé.

Carriès place donc Fils-Aimé devant une contradiction impossible à dissimuler. D’un côté, les gangs découpent Haïti en principautés criminelles; de l’autre, le gouvernement dessine des circonscriptions électorales sur une carte dont il ne maîtrise plus les routes. Le 13 décembre ressemble ainsi à une estrade montée au bord d’un charnier : des urnes annoncées, une autorité absente et un calendrier électoral que les fusils peuvent déchirer avant même l’ouverture des bureaux de vote.

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