23 juillet 2026
BRH | Inflation, contraction et déficit : les transferts de la diaspora empêchent le tableau de virer entièrement au rouge
Actualités Corruption Economie Migrants Société

BRH | Inflation, contraction et déficit : les transferts de la diaspora empêchent le tableau de virer entièrement au rouge

BRH | Inflation à 20 %, PIB en recul : seule la diaspora évite qu’un gouvernement toujours en voyage n’affiche un tableau entièrement rouge

Inflation à 20 %, contraction du PIB comprise entre 1,5 % et 1,7 %, déficit commercial proche de 12,5 %, investissement paralysé, recettes publiques insuffisantes et financement monétaire désaligné : tous les indicateurs économiques virent au rouge, à l’exception des quelque 3,5 milliards de dollars transférés par la diaspora en huit mois. Pendant ce temps, Alix Didier Fils-Aimé et plusieurs membres de son gouvernement multiplient les déplacements internationaux — plus de huit voyages attribués au chef du gouvernement en moins de huit mois, dont plusieurs liés à des rencontres sportives ou à des cérémonies à l’étranger — sans résultats publics mesurables. Colombie, Europe, New York, Italie, Suisse, Venezuela ou Vatican : les missions officielles s’enchaînent, tandis que la BRH constate l’absence de ressources suffisantes pour répondre aux besoins sociaux, que des milliers de déplacés internes demeurent sans assistance durable et que l’État promet d’accueillir les bénéficiaires haïtiens du TPS susceptibles d’être expulsés des États-Unis sans présenter de mécanisme crédible de prise en charge. Corruption, impunité et élections toujours hypothétiques en 2026 complètent le bilan d’un pouvoir dont les voyages paraissent plus concrets que les politiques publiques.

PORT-AU-PRINCE, 22 juillet 2026 (Rezo Nòdwè) — L’économie haïtienne devrait enregistrer une nouvelle contraction de son produit intérieur brut comprise entre 1,5 % et 1,7 % à la fin de l’exercice fiscal 2026, tandis que l’inflation demeure proche de 20 %, que le déficit commercial s’aggrave et que les finances publiques restent confrontées à un déficit de ressources, selon des données présentées par la Banque de la République d’Haïti (BRH).

Seuls les transferts de la diaspora conservent une évolution favorable. De novembre 2025 à mai 2026, soit sur les huit premiers mois de l’exercice, les transferts privés ont progressé de 15,5 %, pour atteindre près de 3,5 milliards de dollars américains. Sur l’ensemble de l’exercice précédent, les envois de fonds avaient avoisiné cinq milliards de dollars.

Cette progression intervient malgré le durcissement des politiques migratoires dans plusieurs pays d’accueil, principalement aux États-Unis, principale source des transferts reçus par les ménages haïtiens. La BRH note que les montants envoyés depuis les autres pays de résidence de la diaspora restent inférieurs aux flux provenant du marché américain.

Les projections de croissance demeurent négatives, tant du côté du Fonds monétaire international que des autorités publiques haïtiennes, notamment le ministère de l’Économie et des Finances. La contraction anticipée du PIB traduit le ralentissement prolongé de l’activité, la faiblesse des investissements et les effets persistants de l’insécurité sur les entreprises.

Même en présence de conditions de crédit qualifiées de favorables, de nombreux agents économiques renoncent à investir. Les zones de production et d’exploitation restent exposées aux violences armées, aux blocages routiers, aux pertes de marchandises et aux difficultés de circulation, autant de facteurs qui accroissent les coûts et réduisent les perspectives de rentabilité.

La dégradation de l’activité économique affecte directement les finances publiques. Le ralentissement réduit la base fiscale à partir de laquelle l’État mobilise ses recettes, au moment où les besoins sociaux continuent d’augmenter. Les dépenses publiques progressent plus rapidement que les ressources disponibles, créant un écart budgétaire que l’administration ne parvient pas à résorber.

Le financement monétaire accordé à l’État apparaît également supérieur aux objectifs établis entre la BRH et le ministère de l’Économie et des Finances. Cette évolution serait aussi en décalage avec certains engagements inscrits dans le programme de référence conclu avec le Fonds monétaire international.

Le secteur extérieur reste marqué par un déficit commercial évalué à près de 12,5 %. Haïti continue d’importer beaucoup plus qu’il n’exporte, une caractéristique structurelle de son économie qui exerce une pression continue sur les réserves, le taux de change, la monnaie nationale et le niveau général des prix.

Ces déséquilibres finissent par se concentrer sur le marché des changes, où la gourde absorbe une partie des tensions résultant de la faiblesse de la production, de la dépendance aux importations et de l’insuffisance des recettes en devises issues des exportations.

L’inflation mensuelle se situait autour de 1 % en mai 2026, selon la BRH. Les données de juin n’étaient toutefois pas encore disponibles au moment de la présentation, en raison des difficultés persistantes liées à la collecte et à la publication des statistiques économiques.

Sur une base annuelle, le taux d’inflation resterait proche de 20 %, contre environ 30 % en novembre 2025. La banque centrale observe une décélération, tout en reconnaissant qu’un taux de 20 % demeure exceptionnellement élevé pour une économie et continue d’éroder le pouvoir d’achat des ménages.

La BRH a également présenté son projet de digitalisation des paiements, destiné à réduire l’utilisation des espèces et à permettre aux acteurs des secteurs formel et informel d’accéder à des moyens de règlement électroniques.

Une enquête menée auprès de 602 répondants à Pétion-Ville, au marché Deka et dans un marché du Cap-Haïtien indique que plus de 80 % des personnes interrogées seraient disposées à utiliser des paiements numériques. La banque centrale affirme vouloir appuyer ses décisions sur des données empiriques, des recherches et une évaluation préalable des comportements économiques.

La dématérialisation des paiements permettrait, selon la BRH, de réduire les difficultés liées à la manipulation des billets et des pièces, au poids du numéraire, au transport de l’argent ainsi qu’aux problèmes d’approvisionnement en espèces dans certaines régions du pays.

Un portefeuille électronique sécurisé pourrait également faciliter les transactions dans les zones où les banques commerciales ne disposent pas de succursales ou rencontrent des difficultés pour transporter du numéraire. La BRH envisage, à plus long terme, d’autres dénominations monétaires et de nouveaux instruments de paiement, sous réserve d’un encadrement juridique approprié.

La banque centrale a néanmoins lancé un avertissement contre plusieurs plateformes financières qui proposent actuellement des services de paiement, de cryptomonnaie ou de « stablecoins » sans autorisation officielle.

L’institution a notamment cité « Dessalines Bank », présentée comme une structure offrant des services financiers sans agrément ni contrôle de la BRH. La banque centrale affirme ignorer la nature exacte des flux financiers transitant par cette plateforme, ce qui constitue un risque pour les utilisateurs et pour l’intégrité du système financier.

La BRH reconnaît l’importance des innovations liées aux actifs numériques et aux nouveaux moyens de paiement. Elle estime toutefois que ces activités ne peuvent se développer durablement en dehors d’un dispositif légal, réglementaire et prudentiel permettant d’identifier les opérateurs, de contrôler les transactions et de prévenir le blanchiment de capitaux, la fraude ainsi que les opérations financières illicites.

L’institution travaille par ailleurs au renforcement de sa représentation régionale. Elle dispose déjà d’une présence dans le Nord et prévoit l’ouverture de nouvelles représentations dans le Sud avant la fin de l’année civile, avec l’objectif d’y offrir des services similaires à ceux actuellement disponibles au Cap-Haïtien.

La progression des transferts de la diaspora demeure ainsi le principal point favorable d’un tableau économique dominé par la contraction du PIB, l’inflation, le déficit commercial, l’insuffisance des recettes publiques, le financement monétaire et l’effondrement de l’investissement productif.

Sans l’apport régulier des expatriés haïtiens, l’économie nationale serait confrontée à une pression plus sévère sur la consommation des ménages, les réserves en devises et le marché des changes. Cette dépendance confirme toutefois la faiblesse structurelle d’un modèle dans lequel les ressources venues de l’extérieur compensent partiellement l’incapacité de l’appareil productif national à générer suffisamment de revenus, d’emplois et d’exportations.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.