19 juillet 2026
Le CEP sans calendrier, comme une entreprise de construction ayant un contrat sans  date de livraison 
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Le CEP sans calendrier, comme une entreprise de construction ayant un contrat sans  date de livraison 

Imaginez une compagnie routière qui signe un contrat de plusieurs millions de dollars pour  construire une route nationale reliant Port-au-Prince au Cap-Haïtien. Le contrat est signé,  l’argent est débloqué, les engins arrivent sur le chantier… mais personne ne fixe de date de  début des travaux, ni de calendrier d’exécution, ni de date de remise des travaux. Chaque fois  que les usagers s’impatientent, l’entreprise publie un communiqué : « Nous prorogeons la  phase de préparation jusqu’au 31 juillet. Nous écoutons les préoccupations des riverains. Les  travaux de terrassement commenceront entre le 10 et le 14 août. »  

Ridicule ? Absurde ? Inacceptable ? C’est pourtant exactement la situation dans laquelle se  trouve le Conseil Électoral Provisoire (CEP) dirigé par Jacques Desrosiers et Uder Antoine . 

La comparaison entre un CEP chargé d’organiser des élections sans calendrier officiel et  une entreprise de construction sans date de remise des travaux est saisissante tant les  similitudes sont nombreuses et les conséquences graves. 

1. L’absence de repères temporels 

Dans les deux cas, l’absence de calendrier clair crée une incertitude totale. Pour la route, les  citoyens ne savent pas quand ils pourront circuler, les commerçants ne peuvent pas planifier  leurs investissements, et les autorités ne peuvent pas évaluer l’avancement des travaux. Pour  

les élections, les partis politiques ne savent pas quand déposer leurs candidatures, les  candidats ne peuvent pas organiser leur campagne, et les électeurs ignorent quand ils seront  appelés aux urnes. Le temps devient une variable flottante, soumise au bon vouloir de  l’exécutant. 

2. La consommation sans résultat 

Une entreprise qui construit une route sans échéance finira par consommer le budget  (matériel, salaires, carburant, études) sans jamais livrer l’ouvrage. De la même manière, le  CEP consomme plus de 120 millions de dollars – salaires, véhicules, locaux, ateliers,  communications – tout en repoussant constamment les étapes décisives. Dans les deux  scénarios, l’argent coule pendant que le résultat final s’éloigne. 

3. Le contrôle par le commanditaire 

Dans le cas de la route, l’entreprise sans calendrier devient dépendante du pouvoir qui finance  les travaux. Celui-ci peut ralentir ou accélérer le projet selon ses intérêts politiques ou  financiers. Pour le CEP, l’absence de calendrier le place dans une position de subordination  vis-à-vis de la Primature. Le pouvoir exécutif garde ainsi la maîtrise du tempo politique : il  décide indirectement quand il est « opportun » d’aller aux élections. 

4. La perte de crédibilité et de confiance 

Si une entreprise routière agissait ainsi, les populations touchées manifesteraient, les  partenaires internationaux suspendraient les financements et les autorités seraient accusées de 

mauvaise gouvernance. Quand c’est le CEP qui agit de la sorte, c’est la démocratie elle-même  qui est discréditée. Les citoyens perdent foi dans le processus électoral, les partis s’épuisent  dans l’attente et la communauté internationale finance une illusion. 

5. L’irresponsabilité institutionnalisée 

Un contrat de construction sans date de livraison viole les principes élémentaires de bonne  gestion de projet. De même, un CEP sans calendrier viole sa mission constitutionnelle. Dans  les deux cas, on remplace l’obligation de résultat par une obligation de moyen vague et  interminable. On remplace la responsabilité par des communiqués de « bonne volonté » et des  prorogations successives. 

La différence fondamentale, cependant, rend la situation du CEP encore plus grave.  Lorsqu’une entreprise ne livre pas une route, on peut toujours emprunter un autre chemin ou  exiger des pénalités de retard. Lorsqu’un CEP ne livre pas d’élections, c’est tout le contrat  social qui est rompu : le peuple se voit privé de son droit souverain de choisir ses dirigeants.  On remplace la démocratie par une gestion administrative prolongée de la transition. 

Le CEP de Fils-Aime a transformé une mission claire – organiser des élections – en un  processus flou et sans fin. À force de proroger l’enregistrement des groupements, de reporter  le regroupement et de multiplier les notes de presse, il se comporte exactement comme cette  entreprise fantôme qui creuse des trous, déplace de la terre, facture des millions… mais ne  livre jamais la route. 

Il est temps de poser la question avec la brutalité qu’elle mérite : si après 120 millions de  dollars et plusieurs mois de « travail », aucune date crédible n’est fixée pour le scrutin, alors  que fait réellement le CEP ? Organise-t-il des élections ou gère-t-il simplement une transition  confortable pour le pouvoir en place ? 

Un pays sérieux n’accepterait jamais qu’une entreprise construise une route sans calendrier.  Un État démocratique ne devrait jamais accepter qu’une institution électorale organise des  élections sans calendrier contraignant.

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