13 juillet 2026
Pourquoi Haïti échoue : le refus de l’excellence
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Pourquoi Haïti échoue : le refus de l’excellence

Par Justin Viard
Professeur de droit
Ancien ambassadeur d’Haïti auprès des Nations Unies et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC)

Il est des peuples que les guerres ont vaincus, d’autres que les catastrophes ont accablés. Haïti, quant à elle, semble avoir été vaincue par une tragédie plus silencieuse et infiniment plus destructrice : le renoncement à l’intelligence.

Notre plus grand péché collectif n’est peut-être ni la division, ni la pauvreté, ni même l’instabilité politique. Il réside dans ce refus, trop souvent assumé, de reconnaître à sa juste valeur la compétence, le savoir, le mérite et la vision. Nous avons laissé s’installer une culture où l’excellence dérange davantage que la médiocrité, où la loyauté envers les hommes l’emporte sur la fidélité aux principes, et où l’improvisation supplante trop souvent la rigueur.

Les nations ne s’effondrent jamais par hasard. Elles déclinent lorsque leurs choix cessent d’être guidés par la raison pour obéir aux passions, aux intérêts particuliers et aux calculs immédiats. Depuis trop longtemps, Haïti paie le prix de décisions insuffisamment éclairées, répétées de génération en génération. Chaque renoncement à la compétence a affaibli un peu plus l’État; chaque concession faite à la médiocrité a compromis davantage l’avenir.

Cette responsabilité incombe d’abord à ceux qui avaient pour mission de guider la Nation. Une véritable élite ne se définit ni par le privilège, ni par la fortune, ni par le pouvoir. Elle se reconnaît à sa capacité d’élever son peuple, de défendre l’intérêt général et de préparer l’avenir. Lorsqu’elle renonce à cette mission, qu’elle banalise l’incompétence, abaisse le débat public ou protège la médiocrité par opportunisme, elle cesse d’être une élite. Elle devient l’une des causes du déclin qu’elle prétend combattre.

Depuis l’indépendance, les grandes réformes capables de moderniser durablement l’État sont demeurées trop rares. Et lorsqu’elles furent engagées, elles furent souvent privées de vision, de méthode et de continuité. Nous avons trop souvent confié notre destin à ceux qui n’avaient ni la compétence, ni la culture de l’État, ni la hauteur de vue qu’exige la conduite d’une nation. Dans le même temps, les femmes et les hommes les plus qualifiés furent fréquemment tenus à l’écart, comme si le mérite était devenu une menace.

Le véritable drame d’Haïti n’est donc pas seulement économique. Il est d’abord intellectuel, institutionnel et moral. Aucun pays ne peut espérer construire une démocratie solide, une économie prospère ou des institutions crédibles lorsqu’il cesse de faire de l’intelligence son premier investissement. Là où le mérite est suspecté, où le savoir est négligé et où l’excellence est combattue, le déclin finit toujours par devenir la règle.

L’Histoire est d’une rigueur implacable. Les peuples qui honorent l’éducation, la compétence, la science et le mérite bâtissent des États forts et transmettent la prospérité aux générations futures. Ceux qui les méprisent s’enferment inexorablement dans le cycle du désordre, de l’appauvrissement et de la dépendance.

Le temps est venu pour Haïti de choisir. Non entre deux gouvernements, deux partis ou deux idéologies, mais entre deux civilisations politiques : celle de la médiocrité et celle de l’excellence.

Le jour où notre République décidera enfin que les plus hautes responsabilités doivent revenir aux femmes et aux hommes les plus compétents, les plus intègres et les plus visionnaires, elle aura commencé sa véritable renaissance.

Car aucune nation ne peut durablement s’élever au-dessus du niveau de l’intelligence qu’elle choisit d’honorer. Et aucune ne survit longtemps lorsqu’elle fait de la médiocrité le principe de son gouvernement.

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