9 juillet 2026
Haïti | 2 juillet 2026 — A la résidence du chargé d’affaires américain, devant Alix Fils-Aimé, Wooster dénonce « la corruption et une cupidité débridée pour l’argent et le pouvoir »
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Haïti | 2 juillet 2026 — A la résidence du chargé d’affaires américain, devant Alix Fils-Aimé, Wooster dénonce « la corruption et une cupidité débridée pour l’argent et le pouvoir »

L’Amb. Wooster, le 2 juillet 2026 fait remarquer que « Les Haïtiens aspirent tous désespérément à une amélioration de la sécurité… »une cupidité débridée pour l’argent et le pouvoir »

La réception organisée le 2 juillet dernier, à la résidence du chef de mission américain, en présence du Premier ministre de doublure Alix Didier Fils-Aimé, a pris la forme d’un réquisitoire diplomatique contre la dégradation institutionnelle d’Haïti. Le représentant des États-Unis y a affirmé que « les Haïtiens, quels qu’ils soient, aspirent tous désespérément à une amélioration de la sécurité », avant d’attribuer la dysfonction chronique du pays à une corruption alimentée par « une cupidité débridée pour l’argent et le pouvoir » et désormais étendue à « pratiquement toutes les institutions ».

Il a également averti que, tant que ce « cancer destructeur » ne sera pas extirpé, ni l’aide internationale ni les initiatives internes ne permettront de construire un État fonctionnel capable de protéger la population, de créer des emplois et d’attirer les investissements.

Rezo Nòdwès invite ses lecteurs à prendre connaissance ci-dessous de l’intégralité de ces remarques, d’abord dans leur traduction française, puis dans le texte original en anglais.

CDA Wooster’s Remarks at Independence Day Reception – U.S. Embassy in Haiti

Résidence du chef de mission de l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince – 2 juillet 2026

Bonjour, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, distingués invités, chers amis. Merci d’avoir pris le temps de célébrer avec nous cet événement marquant le 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis.

En repensant à l’année que j’ai passée en Haïti, je suis fier du travail accompli avec nombre d’entre vous, au sein du gouvernement, du secteur privé, de la société civile ainsi qu’avec nos partenaires internationaux. En même temps, je constate que les Haïtiens, quels qu’ils soient, aspirent tous désespérément à une amélioration de la sécurité.

Vous m’avez déjà entendu le dire, et cela demeure vrai : la stabilisation constitue la priorité absolue des États-Unis en Haïti. La sécurité est indispensable pour relancer l’économie et créer des emplois, permettre l’éducation de la prochaine génération et rétablir l’accès aux soins de santé ainsi qu’aux autres services essentiels.

Nous travaillons avec les autorités haïtiennes et, bien entendu, avec nos alliés internationaux afin de mettre sur pied la Force de répression des gangs (Gang Suppression Force – GSF). Plusieurs contingents sont déjà présents en Haïti, et certains de leurs commandants, y compris le commandant de la GSF lui-même, sont parmi nous aujourd’hui. Ils poursuivent l’élargissement de leur zone d’opérations.

Il y a quelques semaines, la GSF a mené sa première opération planifiée à Tabarre en déployant des troupes sur le terrain. Et lorsque je parle de bottes au sol, je parle bien de soldats progressant à pied dans les quartiers. Ils ont interpellé des membres de gangs et les ont remis aux autorités haïtiennes. Ils ont également détruit plusieurs milliers de cocktails Molotov.

Au cours des prochains mois, Haïti verra davantage d’opérations destinées à renforcer la sécurité. Le Groupe permanent des partenaires (Standing Group of Partners) de la GSF, composé de six pays, supervise la génération de forces et le déploiement d’environ 5 500 militaires et policiers. Ces partenaires s’efforcent de rendre la GSF pleinement opérationnelle le plus rapidement possible. Nous savons toutefois qu’ils ne pourront jamais arriver assez vite.

Les États-Unis travaillent également avec la Police nationale d’Haïti (PNH) afin de former et d’équiper de nouveaux agents dans le cadre du programme « P-4000 », qui doit permettre le recrutement de 4 000 nouveaux policiers d’ici le début de l’année 2027. Nous avons déjà franchi la moitié du chemin.

Nous partageons tous un objectif commun : conjuguer nos efforts en matière de sécurité afin de rétablir la stabilité en Haïti et de créer les conditions nécessaires à la tenue d’élections cette année. Avec les partenaires de la communauté internationale, le Bureau d’appui des Nations unies en Haïti, le corps diplomatique ainsi que les missions de l’ONU et de l’Organisation des États américains (OEA), nous travaillons avec les autorités haïtiennes pour concrétiser leur vision de l’avenir du pays.

Il ne suffit pas de répondre aux défis sécuritaires sans préparer simultanément ce qui devra suivre lorsque les armes se tairont. Les enfants auront besoin d’éducation ; leurs familles et leurs communautés auront besoin d’emplois et de services. Les Haïtiens devront décider — et ce ne sera pas facile — comment réinsérer dans leurs communautés les personnes qui auront déposé les armes et quitté les gangs.

Gagner la paix exigera également une relance du secteur privé afin de créer le plus d’emplois possible, dans les meilleurs délais. Le secteur privé haïtien, dont la réputation est contrastée — parfois à juste titre, parfois injustement ou malicieusement — demeure indispensable à la consolidation de la stabilité du pays. Certes, il devra regagner la confiance du public, ce que nous appellerions aux États-Unis le « sceau d’approbation » de la confiance. Mais il faudra aussi mettre fin à sa diabolisation. Pourquoi ? Parce qu’Haïti ne pourra pas réussir sans lui. C’est une réalité fondamentale.

Permettez-moi maintenant d’aborder un sujet plus difficile.

La dysfonction chronique d’Haïti — et cela ne surprendra personne ici — résulte de manière prévisible de la corruption : une cupidité débridée pour l’argent et le pouvoir. Cette corruption s’est propagée dans pratiquement toutes les institutions du pays. Elle a vidé l’État de droit de sa substance, étouffé l’investissement privé et permis à des forces obscures présentes au sein de l’appareil étatique de bloquer toute réforme susceptible de menacer leur emprise sur le pouvoir.

Tant que ce cancer destructeur ne sera pas extirpé, aucune aide internationale ni aucun effort interne ne suffira à bâtir un État fonctionnel, un Haïti capable de répondre aux besoins de sa population. Un pays incapable de créer des emplois, d’attirer les investissements ou de protéger ses citoyens est un pays dont l’avenir est compromis. Ceux qui ont le plus profité du statu quo portent la responsabilité la plus lourde d’engager le changement.

Si vous pensez que je ne suis qu’un diplomate américain venu faire la leçon, permettez-moi de rappeler qu’à l’occasion du 250e anniversaire de notre indépendance, nous réfléchissons également à notre propre histoire.

Durant notre guerre civile, les États-Unis ont failli disparaître pendant quatre années. Des criminels ont assassiné le président Abraham Lincoln, l’un des plus grands défenseurs de la liberté humaine. Un siècle plus tard, notre pays a traversé de profondes turbulences sociales, politiques et économiques. Un autre président américain a été assassiné. Le mouvement des droits civiques, ainsi que les décennies qui ont suivi, nous ont appris que la démocratie est complexe, qu’elle ne progresse pas de manière linéaire et qu’elle ne peut jamais être tenue pour acquise. Les citoyens doivent protéger leur système démocratique chaque jour, par leurs paroles comme par leurs actes.

Les histoires d’Haïti et des États-Unis sont étroitement liées.

Récemment, j’ai assisté à une conférence en ligne donnée par une professeure de mon ancienne université, Yale. La professeure Marlene Daut vient de publier une biographie d’Henri Christophe, intitulée The First and Last King of Haiti. Si la plupart des Haïtiens savent que Christophe a combattu lors de la bataille de Savannah pendant la Révolution américaine — du côté américain, si vous vous posez la question — beaucoup de mes compatriotes l’ignorent encore. Nous demeurons reconnaissants envers vos ancêtres pour le soutien qu’ils ont apporté à notre propre lutte pour la liberté. Nous serons toujours à vos côtés.

Je garde espoir pour Haïti. Sans cet espoir, je ne pourrais accomplir ma mission. Ayant servi ici il y a vingt-huit ans — et, fait remarquable, ayant été le responsable de l’organisation de cette même célébration sur ce même site il y a vingt-huit ans — je demeure inspiré par tant d’entre vous, par votre extraordinaire résilience, votre humour malgré les épreuves et votre force de caractère.

Je demande également à mes compatriotes américains de se rappeler qu’ils éprouvent naturellement une profonde sympathie pour ceux qui affrontent l’adversité. Il y a deux cent cinquante ans, nous étions nous-mêmes les outsiders.

Alors que je me prépare à quitter Haïti — à une date connue seulement de Dieu et du Sénat des États-Unis — je vous remercie tous pour votre amitié, votre sagesse, vos conseils et votre partenariat dans notre objectif commun de stabiliser ce pays afin qu’il puisse réaliser pleinement son potentiel.

Je ne vous dirai pas adieu, mais simplement : au revoir.

Merci.

Embassy Port-au-Prince, Chief of Mission Residence – July 2, 2026

Good afternoon, Prime Minister, Ministers, esteemed guests, friends even. Thank you for making time to celebrate with us this special event marking 250 years of America’s independence.

As I reflect on my year here in Haiti, I am proud of the work we have accomplished with many of you, in government, in the private sector, civil society, as well as international partners. At the same time, I realize Haitians, no matter which Haitians they are – all Haitians – are desperate for improvements in security.

You’ve heard me say it before, and it remains true: stabilization is the paramount U.S. objective in Haiti. Security is vital to reigniting the economy and creating jobs, for educating the next generation, and for restoring access to healthcare and other essential services.

We are working with Haitian authorities and of course, with our international allies to stand up the Gang Suppression Force (GSF, as we call it). Several contingents are already here, and some contingent commanders – including the GSF commander himself – are here with us today. They’re continuing to expand their area of operations. A few weeks ago, they conducted their first planned operation in Tabarre, putting boots on the ground—and when I say boots, I mean boots. They were dismounted operations, walking on foot in the neighborhoods. They detained gang members and turned them over to Haitian authorities. They also destroyed thousands of Molotov cocktails.

In coming months, Haiti will see more operations to bolster its security. GSF’s “Standing Group of Partners,” these are six countries that are guiding the force generation and deployment of some 5,500 military and police officers. The Standing Group of Partners are pressing to get GSF fully operational as fast as possible. We recognize they can’t get here fast enough. The United States is also working with the Haitian National Police to train and equip new officers through the “P-4,000” program, which will generate 4,000 new police by early 2027 (and we’re already past the halfway mark).

We all of course share a common goal: to combine security efforts in reclaiming stability for Haiti and setting the conditions for conducting elections this year. With partners in the international community, the UN Support Office in Haiti, the diplomatic corps, and the UN and OAS missions to Haiti, we are all working with the Haitian authorities to realize their vision for this country’s future.

It’s not enough to address Haiti’s security without simultaneously preparing for what needs to happen once the guns go silent. Children need education; their adult families and communities need jobs and services. Haitians must decide – and this is not going to be easy – but must decide how to reinsert, and how best to reinsert into their communities those individuals who have disarmed and who have abandoned the gangs.

Winning the peace will require reigniting the private sector to create as many jobs as possible, as fast as possible. Haiti’s private sector, which has had a mixed reputation—some of it earned, some of it unfairly or maliciously attributed to them—is indispensable for consolidating this country’s stability. While they must earn what we Americans would call their “Good

Housekeeping seal of approval,” it will also be necessary to stop the demonization of this sector. Why? Because Haiti cannot make it without them. It’s that fundamental.

Let me turn to some hard words. Haiti’s chronic dysfunction – and this is not a newsflash to any of you – is the predictable result of corruption—naked greed, for money, power— and that corruption has metastasized throughout every single institution here. It ha shollowed out the rule of law, it has strangled private investment. It ensures dark forces within government can block any reform that threatens their grip on power. Until that deadly cancer is cut out, no amount of international assistance, or work from within, can build a functional state, a Haiti that works for its people. A Haiti that cannot create jobs, attract investment, or protect its citizens is not a Haiti that survives, and those who have benefited most from the status quo bear the greatest responsibility to change it.

Lest you think I am another hectoring American diplomat, please understand that in reflection on U.S. history in this 250th year of our declared independence, we confronted many of our own challenges. I’ll just name a couple. During our Civil War, our country came this close – for four years – of not surviving. Criminals assassinated President Abraham Lincoln, one of our greatest champions of human liberty. One hundred years later, the United States experienced tremendous social, political, and economic upheaval. Another U.S. President was assassinated. The Civil Rights Movement and the decades since have shown us democracy is “messy,” it’s non-linear, it cannot be taken for granted. A citizenry must work to safeguard its democratic system in word and deed every day.

The histories of Haiti and the United States are intertwined. Recently, I had the opportunity to attend an online book talk by a professor at my graduate school alma mater, Yale University. Professor Marlene Daut recently completed a history of Henry Christophe, in her book, “The First and Last King of Haiti.” While most Haitians know Christophe fought in the battle of Savannah during the American Revolution (and in case you are wondering, yes, on the American side), many of my countrymen are unaware of that. We remain grateful for the support of your forebearers during our own struggle for freedom. We will always stand with you.

I maintain hope for Haiti; I could not do my work without it. Having served here 28 years ago, and curiously enough having been the control officer for this very event 28 years ago on this very ground, I remain inspired by so many of you, by your unbelievable resilience, your wry humor in the face of extraordinary challenges, and your enduring spirit. Americans, I ask you to remember, have a natural and enormous soft spot for underdogs in a fight. We were once underdogs ourselves, 250 years ago.

As I prepare to depart Haiti, by the way at a time known only to God and the U.S. Senate, I thank all of you for your friendship, your wisdom, your advice, and partnership on our common goal of stabilizing this country so it can attain its potential. I won’t say goodbye, but rather “au revoir.” May our paths cross again! Thank you!

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