L’Edito du Rezo
Hier, ils criaient à l’inconstitutionnalité. Aujourd’hui, ils observent le décret électoral comme on regarde passer un corbillard institutionnel, sans demander qui a tué la loi. Joseph Lambert, André Michel, Lavalas et plusieurs anciens adversaires du référendum de Jovenel Moïse connaissent pourtant l’article 284.3 : le référendum constitutionnel est interdit. Point final. Dura lex, sed lex.
Leur silence actuel ressemble à une abdication politique maquillée en pragmatisme. L’accord démagogique serait-il désormais placé au-dessus de la Constitution, des normes républicaines et du principe de légalité ? Depuis quand une entente de circonstance peut-elle renverser la hiérarchie des normes et transformer l’État en marché aux accommodements ?
Le décret électoral devient alors une barque percée lancée sur une mer de faux consensus. On y embarque la République, ses lois, ses institutions, ses citoyens, pendant que les anciens donneurs de leçons tiennent la rame du silence. Ceux qui dénonçaient hier le référendum comme forfait constitutionnel paraissent maintenant disposés à avaliser l’exception permanente.
Le drame haïtien a dépassé le périmètre étroit du calendrier électoral. Il s’est déplacé vers une philosophie du reniement, où les principes servent d’armes contre l’adversaire, avant de s’évaporer dès que les alliés prennent place autour de la table. Sont-ils tombés d’accord pour administrer un État de non-droit, où la loi devient simple décor, et où l’accord politique prétend se substituer à la Constitution ?

