SPRINGFIELD (Ohio) — La décision de la Cour suprême des États-Unis, adoptée par six voix contre trois, autorisant l’administration du président Donald Trump à mettre fin au Temporary Protected Status (TPS) pour les ressortissants haïtiens et syriens, a plongé la communauté haïtienne de Springfield dans une profonde incertitude. Estimée à près de 15 000 personnes, cette population craint désormais la perte de son permis de travail, de son permis de conduire et de sa protection contre l’expulsion.
Viles Dorsainvil, directeur exécutif du Haitian Support Center, lui-même bénéficiaire du TPS, affirme partager les inquiétudes des familles qu’il accompagne depuis plusieurs années. Selon lui, de nombreux Haïtiens ont quitté leur pays pour échapper aux enlèvements, aux violences armées et à l’effondrement des institutions, non par choix, mais pour préserver leur vie. Il estime que l’arrêt de la Cour ne reflète pas la réalité sécuritaire actuelle en Haïti.
Les avocats spécialisés en immigration rappellent que chaque dossier devra désormais être examiné individuellement. Certains bénéficiaires disposent d’autres procédures en cours, notamment des demandes d’asile, mais aucun mécanisme général ne permettra de remplacer automatiquement le TPS. En Ohio, plusieurs permis de conduire accordés aux titulaires du TPS avaient été prolongés jusqu’au 6 juillet en attendant l’issue du contentieux. Leur expiration pourrait compliquer les déplacements vers le travail, les écoles et les établissements de santé.
Les responsables religieux et économiques redoutent également les répercussions sur Springfield. Le révérend Carl Ruby soutient que l’arrivée de milliers d’Haïtiens a contribué au redressement démographique et économique de la ville après plusieurs décennies de déclin. Les travailleurs haïtiens occupent aujourd’hui des postes dans les écoles, les hôpitaux, les usines et les entreprises manufacturières. Des organisations communautaires préparent désormais une assistance juridique, sociale et humanitaire, tandis qu’un rassemblement était prévu devant l’hôtel de ville afin d’exprimer le soutien à la communauté haïtienne.


