Dans un contexte où le projet d’opérateur pan-insulaire Viettel/Natcom, activement soutenu par le président dominicain Luis Abinader et, selon votre texte, tacitement validé par le gouvernement de facto d’Alix Didier Fils-Aimé, menace de transformer Haïti en simple appendice numérique du système dominicain, la souveraineté nationale est en jeu.
Perte de contrôle sur les données des citoyens, dépendance des flux financiers via le mobile money et vulnérabilité des infrastructures critiques risquent de devenir une réalité structurelle.
Face à cette situation grave, un gouvernement composé de véritables patriotes, agissant en étroite symbiose avec un CONATEL renforcé et déterminé, disposerait encore des leviers nécessaires pour protéger les intérêts supérieurs de la nation.
Même après l’officialisation de Viettel Dominicana, il ne serait pas trop tard pour réagir avec fermeté, lucidité et stratégie.
Le texte qui suit présente les mesures concrètes et urgentes à mettre en œuvre pour préserver l’indépendance numérique d’Haïti.
1. Renforcer immédiatement la gouvernance et la coordination État–Régulateur
Un gouvernement faisant de la souveraineté numérique une priorité de sécurité nationale pourrait notamment :
- signer un Protocole de coopération État–CONATEL définissant des objectifs clairs en matière de protection de la souveraineté numérique, de concurrence loyale et de sécurité des infrastructures critiques ;
- renforcer les capacités du CONATEL par la nomination de cadres compétents, l’augmentation de son budget et la création d’une cellule spécialisée en cybersécurité et en surveillance des flux transfrontaliers ;
- imposer à Natcom la transmission de rapports trimestriels détaillant ses accords avec Viettel Dominicana, ses flux de données, ses synergies opérationnelles et ses transferts financiers.
2. Protéger la souveraineté sur les données
Plusieurs mesures pourraient être envisagées :
- Localisation obligatoire des données : imposer que les données des abonnés haïtiens (géolocalisation, métadonnées, profils utilisateurs) soient stockées sur des serveurs situés en Haïti ou relevant de la juridiction haïtienne. Tout transfert systématique vers la République dominicaine ou le Vietnam nécessiterait une autorisation préalable du CONATEL.
- Audit technique indépendant : réaliser un audit complet et indépendant du réseau Natcom afin d’identifier d’éventuels flux de données non autorisés ou des vulnérabilités techniques.
- Réglementation stricte des transferts : exiger le consentement explicite des utilisateurs et une traçabilité complète des transferts de données. Toute violation pourrait entraîner des sanctions financières importantes, voire une suspension d’activité.
3. Sécuriser les flux financiers et le mobile money
Les pistes suivantes sont avancées :
- imposer une interopérabilité supervisée entre Natcash et MonCash, sous le contrôle de la Banque de la République d’Haïti (BRH) et du CONATEL afin d’éviter la domination d’un écosystème pan-insulaire ;
- interdire les subventions croisées, notamment toute utilisation des revenus générés en République dominicaine pour financer des offres commerciales jugées prédatrices en Haïti ;
- renforcer la souveraineté monétaire en accélérant le développement d’un système national de paiement instantané et en favorisant progressivement les plateformes placées sous contrôle haïtien.
4. Défendre les infrastructures critiques
Le texte propose également plusieurs mesures structurelles :
- imposer une séparation fonctionnelle stricte entre Natcom et Viettel Dominicana, avec une gouvernance distincte, des comptes séparés et des audits indépendants ;
- préserver un contrôle stratégique du spectre radioélectrique, en privilégiant lors des futures attributions les opérateurs présentant un fort ancrage national et des obligations de couverture du territoire haïtien ;
- élaborer un plan national de résilience permettant à l’État de prendre temporairement le contrôle des infrastructures critiques en cas de crise majeure ;
- diversifier progressivement les fournisseurs technologiques afin de réduire la dépendance envers un seul groupe international.
5. Mesures stratégiques complémentaires
Parmi les autres recommandations figurent :
- soutenir les investissements de Digicel grâce à des mesures fiscales et réglementaires destinées à accélérer le déploiement de la 5G et de la fibre optique ;
- négocier avec la République dominicaine une convention garantissant une véritable réciprocité de traitement entre les opérateurs des deux pays ;
- lancer une campagne nationale de sensibilisation à la souveraineté numérique ;
- adopter une Loi sur la souveraineté numérique et la protection des infrastructures critiques afin d’offrir un cadre juridique solide à ces politiques.
Conclusion
Selon cette analyse, un gouvernement déterminé à préserver la souveraineté nationale pourrait, en collaboration avec un CONATEL renforcé, transformer une menace potentielle en opportunité de moderniser la régulation du secteur des télécommunications.
Les objectifs seraient notamment de mieux protéger les données personnelles, de sécuriser les flux financiers numériques et de renforcer l’indépendance technologique du pays.
Le débat dépasse désormais le seul secteur des télécommunications. Il concerne la capacité d’Haïti à conserver la maîtrise de ses infrastructures numériques stratégiques dans un environnement régional en pleine évolution.
La question de la souveraineté numérique est ainsi présentée comme un enjeu majeur pour l’avenir économique, technologique et sécuritaire du pays.

