Monsieur António GUTERRES
Secrétaire général
Organisation des Nations Unies ( ONU)
New-York NY 10017 / USA
En ses bureaux
Monsieur le Secrétaire général,
Nous, arrière-petits-fils d’esclaves rebelles et victorieux à Vertières, avons l’honneur de soumettre à votre attention cette présente lettre ouverte à l’occasion de votre visite en Haïti, ce 16 juin en cours. Votre service de communication a informé que les objectifs annoncés de votre présence sont les suivants :
∙ Constater la crise humanitaire
∙ Rencontrer les populations affectées
∙ Evaluer l’aide internationale
La même source indique que vous rencontrerez les autorités dominicaines à Santo Domingo avant de vous rendre en Haïti.
Monsieur le Secrétaire général,
Votre premier mandat en tant que Secrétaire général, a débuté le 1er janvier 2017 et s’est achevé le 31 décembre 2021. Au début de ce mandat, une institution haïtienne représentant le pouvoir législatif, à savoir le Parlement, existait encore. Faut-il rappeler que le Sénat haïtien avait démontré l’illégalité et l’inconstitutionnalité de la présence de la mission onusienne dénommée MINUSTAH et réclamé son départ à travers deux résolutions. Pourtant, c’est l’inverse qui se produisit avec le départ du Parlement. En effet, avant même la fin de votre premier mandat et tout au long du deuxième qui s’achève en 2026, vous avez constaté avec indifférence l’inexistence du Parlement. Quel rôle de stabilisation l’ONU joue-t-elle donc ?
Il importe de souligner que des remarques pertinentes ont été émises sur la finalité de l’ONU dans le dossier haïtien par des observateurs étrangers issus de cinq espaces géographiques : la République dominicaine, Etat voisin d’Haïti, l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud, l’Europe ainsi que l’Afrique.
1-Depuis la République dominicaine :
« L’aggravation récente de la crise haïtienne est la responsabilité de l’interventionnisme et du néocolonialisme des Etats-Unis et de leurs alliés, ONU, OEA, FMI inclus, qui forment ensemble la soi-disant communauté internationale, à laquelle il faut exiger de respecter la souverainetéé d’Haïti et payer une énorme dette sociale …..Avec l’ONU et les puissances impérialistes, il n’y aura aucune solution. L’ONU et l’OEA sont les complices des principaux responsables de cette crise. On ne peut en conséquence, rien espérer de ces deux organismes pour la surmonter. (Auteur: Narciso Isa Conde, écrivain-militant 24/09/2021, Santo Domingo, RD).
2– Depuis l’Amérique du Nord
« Ce cycle d’interventions politiques internationales en Haïti aura constamment produit des résultats catastrophiques. Ce que nos amis haïtiens veulent vraiment – et ce dont ils ont besoin- c’est l’opportunité de tracer leur propre voie, sans marionnettes internationales sans candidats privilégiés mais avec un véritable soutien à cette voie. Je ne crois pas qu’Haïti puisse jouir de la stabilité sans que ses citoyens n’auront pas la dignité de choisir réellement leurs propres dirigeants de manière juste et acceptable. » (Auteur : Daniel Foote, envoyé spécial des Etats-Unis pour Haïti, 22/09/2021)
3– Depuis l’Amérique du Sud
« Ce peuple digne ne constitue guère une menace à la sécurité continentale comme le Conseil de Sécurité l’affirme chaque année pour renouveler son ingérence. Haïti n’a pas besoin de la présence de troupes étrangères ni d’une tutelle internationale. Elle a besoin du respect de ses droits fondamentaux à la souveraineté et à l’autodétermination, du paiement des dettes historiques, sociales et écologiques qui continuent à s’accumuler sans négliger la réparation des crimes perpétrés contre le peuple haïtien ». (Auteurs : Jubile Sur/ Amériques.. Octobre 2016)
4-Depuis l’Europe
« Les rapports de l’ONU et les déclarations de la diplomatie, aussi précis et dénonciateurs soient-ils, s’apparentent à de faux témoignages. La responsabilité de l’international n’est jamais engagée et la situation haïtienne apparait comme un grouillement aperçu depuis la fenêtre d’un avion. Ce n’est pas seulement que ses déclarations se vident de sens à force d’être laissées en suspens mais bien qu’elles sont prononcées pour ne pas avoir à agir autrement qu’on ne l’a toujours fait…» (Auteur : Frédéric Thomas, Chercheur –CETRI, Belgique, 30/03/2021)
5– Depuis l’Afrique et les Antilles
« Si cette même communauté internationale défendait réellement l’un des principes fondateurs de la Charte des Nations Unies, elle exigerait la mise en oeuvre effective de “…l’égalité des droits des nation,s grandes et petites’ et cesser de participer à la mise sous tutelle de certains pays par les IFI– ou par leurs anciens colonisateurs– et à l’asservissement d’Etats ; cela remet en cause leur droit à l’autodétermination et leur souveraineté, principes non négociables. On est en droit de se demander pourquoi les principes fondateurs de la Charte des Nations Unies y sont quasiment inapplicables. Il importe de rappeler que tout cela a lieu pendant la Décennie des personnes d’ascendance africaine lancée en 2015 par la communauté internationale pour combattre le racisme structurel» (Auteurs : Boubacar Boris Diop / Mireille Fanon Mendès France, 23/02/2023).
Il est à noter que ces prises de position peuvent être consultées dans l’ouvrage collectif : » Haïti :Urgence d’une solidarité internationale agissante (face à l’hypocrisie et la mainmise génocidaire des puissances impérialistes ».
En outre, il convient de rappeler que lors de votre premier mandat en tant que Secrétaire général de l’ONU, un groupe de cinq Prix Nobel de la paix vous a adressé un courrier en date du 11 avril 2017 dont nous citons l’extrait suivant : « Nous voulons vous exprimer notre profonde préoccupation face au manque total de justice et d’une réponse réparatrice forte et globale pour les personnes, les familles et les communautés en Haïti. Ces Haïtiens ont été les victimes directes du bilan catastrophique de la MINUSTAH en termes de droits humains. Même le rapport de l’ONU sur ‘la nouvelle approche face au choléra’ reconnait que le nombre de personnes mortes, suite à l’introduction de cette maladie par les troupes de la MINUSTAH est très probablement trois fois plus élevé que le chiffre officiel de 9.483. (Auteurs : Adolfo Perez Esquivel / Rigoberta Menchu Tum / Jody Williams / Shirin Ebadi / Betty Williams).
Monsieur le Secrétaire général,
Comme mentionné précédemment , ces prises de position émanent de personnalités et institutions étrangères solidaires du peuple haïtien et révoltées par sa mise sous tutelle permanente et le déni de ses droits fondamentaux. Nous constatons avec regret de constater que, de 2004 à nos jours, les secrétaires généraux de l’ONU ont développé une véritable accoutumance aux situations d’illégalité et d’inconstitutionnalité. Ainsi, ils ont validé la signature de l’Accord du 9 juillet 2004 portant sur le déploiement de la MINUSTAH, accord signé pourtant par un Premier ministre non habilité au regard des prescrits constitutionnels.
Nous ne saurions oublier que vous avez été Premier ministre du Portugal de 1995 à 2002, nommé par le président d’alors Mário Soares. du Parti socialiste portugais. Pourriez-vous, à ce propos, identifier l’autorité de nomination de l’actuel Premier ministre haïtien que vous comptez rencontrer, dans un contexte où plane un fort parfum d’inconstitutionnalité- que vous semblez pourtant entériner par des poignées de main, voire des accolades lourdement symboliques ?.
Il est rapporté qu’à ce poste de Premier ministre du Portugal, vous avez obtenu des résultats marquants, notamment par vos efforts diplomatiques ayant contribué à l’indépendance du Timor oriental. Peut-on encore espérer que le Secrétaire général que vous êtes aujourd’hui saura s’engager pour mettre fin à la mise sous tutelle d’Haïti alors même que vous arrivez en fin de mandat ? Le temps est court, diriez-vous ? Non. Car vous avez encore à l’esprit la devise du Parti socialiste portugais : « N’est vaincu que celui qui renonce à lutter».
Certes, vous n’aviez pas choisi votre ascendance mais en tant que Portugais vous êtes l’arrière-petit-fils de colons d’une histoire coloniale esclavagiste. Quant à nous, descendants d’esclaves rebelles et victorieux à Vertières, nous vous exhortons à relever la tête. Au lieu de descendre les marches de la sous-humanité dans le dossier haïtien, montez celles qui conduisent vers la haute humanité, le respect entre les nations et les principes de la Charte des Nations Unies. Que l’ONU cesse d’être la caisse de résonance, ou l’élève docile, des puissances qui alimentent Haïti en armes destructrices. Osez dire NON. La tutelle multiforme sur Haïti doit cesser. Car Haïti demeure le Premier Etat indépendant sans esclavage de toute l’Amérique !
Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire général, nos respectueuses salutations.
Suivent les signatures
JOSUÉ MÉRILIEN/ ESTHER ELOY
CENTRALE UNITAIRE DES TRAVAILLEURS/EUSES DES SECTEURS PUBLIC ET PRIVÉ D’HAÏTI / CUTRASEPH
JEAN KENSON CHERY
ASSOCIATION DES MOTOCYCLISTES POUR LE BIEN-ÊTRE DE LA COMMUNAUTÉ / AMOBIC
AINÉ MARTIN
ASSOCIATION NATIONALE DES GREFFIERS HAÏTIENS ANAGH
WILSON CHARLES/ JEAN DOUGLAS CELESTIN
ASSOCIATION NATIONALE SYNDICALE DES TRANSPORTEURS VISIONNAIRES D’HAÏTI / ANSTVH
JEAN-MARY FERDINAND /JUNIOR GEORGES
COLLECTIF DES ENSEIGNANTS POUR LA NOUVEAUTÉ DE L’ÉDUCATION EN HAÏTI / CENEH
ME EDDY-PAUL FLEURANT – JEUNE BARREAU DE PORT-AU-PRINCE
ELINA ESTAMA
ÒGANIZASYON FANM INI NASYONAL / ÒFANMINA
HEROLD CHARLES CIVIL
SYNDICAT DES EMPLOYÉS DE L’INSTITUT NATIONAL DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
SE/INFP
GARRY LAPIERRE
SYNDICAT DES EMPLOYÉS DU MINISTÈRE DE L’EDUCATION NATIONALE ET DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE* SE MENFP
BATHOL ALEXIS
SYNDICAT POUR LA DÉFENSE DES EMPLOYÉS DE L’OAVCT / SDE-OAVCT
SCHELOMITH DORVIL
SYNDICAT DES HUISSIERS DE JUSTICE DE LA RÉPUBLIQUE D’HAÏTI / SHJRD’H
JEAN GARBY BRITUS
SYNDICAT DES CONSOMMATEURS HAÏTIENS / SYNCOH
PEGUY NOEL/ PATRICK HYPPOLITE-
UNION NATIONALE DES NORMALIENS-NES HAÏTIENS / UNNOH
Pour authentification :
JOSUÉ MÉRILIEN
CUTRASEPH
ME EDDY-PAUL FLEURANT /
JEUNE BARREAU DE PORT-AU-PRINCE

