13 juin 2026
L’Épopée et le chaos : Entre ferveur nationale et fragilité sécuritaire
Actualités Sport

L’Épopée et le chaos : Entre ferveur nationale et fragilité sécuritaire

———
Ce soir, à vingt et une heures, l’Histoire suspendra son vol : après cinquante-deux années d’un long exil footballistique, Haïti signe son grand retour sur la scène de la Coupe du monde.

En cet instant suspendu, la nation tout entière communie dans un rêve partagé. Les rumeurs de la discorde politique s’estompent, s’effaçant provisoirement devant la sacralisation du sport.

Dans chaque interstice du quotidien, dans chaque conversation, le nom des Grenadiers résonne comme un mantra d’espérance. Déjà, le peuple se drape de ses couleurs nationales, et Port-au-Prince se pare de son bicolore magique.

Depuis deux semaines, le phénomène des trompettes compose la bande-son d’une attente fiévreuse : hommes, femmes, enfants, marchands ambulants et motards font vibrer l’air, de jour comme de nuit, transformant le bruit en un hymne à la vie.

Dès vingt heures, les artères de la capitale connaîtront une solitude soudaine. Les rues se videront de leur substance humaine, chacun se figeant devant le petit écran pour assister à ce match fatidique, véritable carrefour du destin pour le onze national.

Pourtant, cette communion esthétique et fraternelle ne saurait abolir la tragique réalité sociale. Dans l’ombre de la fête, la criminalité ne connaît pas de trêve. Les artisans du kidnapping resteront à l’œuvre, arpenteront l’aire métropolitaine à la recherche des proies faciles. La nuit haïtienne conservera cette dualité cruelle où le sublime côtoie le sordide.

Par ailleurs , si la victoire vient à couronner les efforts de nos athlètes, l’enthousiasme populaire pourrait basculer dans un délire dionysiaque. Entre les détonations de joie et l’apparition de bandes de rara improvisées envahissant l’espace public, la lisière est mince entre l’extase collective et le dérapage chaotique.

Dès lors, une question éthique et politique s’impose : les autorités étatiques — du Ministère de la Santé à la Secrétairerie d’État à la Sécurité Publique, en passant par le Centre Ambulancier National, la Croix-Rouge, la Police Nationale et les municipalités — ont-elles su anticiper l’imprévisible ? Ont-elles déployé la mesure de leur responsabilité pour éviter qu’un triomphe sportif ne se mue, par ironie du sort, en une tragédie humaine pire encore que le drame sociopolitique actuel ? Car le propre de la sagesse politique est de veiller à ce que la lumière de la victoire ne soit pas obscurcie par le deuil.
____
*Bleck D. Desroses / 13 juin 2026*

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.