11 juin 2026
De l’Artibonite à la Belgique : la grande épopée de Hannes Delcroix
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De l’Artibonite à la Belgique : la grande épopée de Hannes Delcroix

Né dans l’Artibonite, adopté à deux ans par une famille belge, il a grandi en néerlandais, à huit mille kilomètres de sa terre natale. Vingt-cinq ans plus tard, le ballon l’a reconnecté à son pays de naissance : il portera le dossard 5 des Grenadiers au Mondial.

Hannes Delcroix. Le nom sonne flamand, terrien, comme tant de patronymes du nord de la Belgique. Pourtant, derrière cette consonance se cache un authentique enfant d’Haïti, né dans l’Artibonite. À sa naissance, le 28 février 1999, ses parents l’appellent Piterson Désir. Deux ans plus tard, le petit garçon change à la fois de patronyme et de pays : adopté par une famille belge, il quitte Haïti pour devenir, très loin de là, celui que le football connaît aujourd’hui sous le nom de Hannes Delcroix.

Un vrai natif au nom flamand
Tout commence à Petite-Rivière-de-l’Artibonite. L’enfant n’a que deux ans quand il rejoint la Belgique, à huit mille kilomètres de sa terre natale. Ses parents adoptifs, Dominique Delcroix et Rit Van Loenhout, l’élèvent dans la région d’Anvers, à Horendonk puis à Kalmthout. Le petit Hannes y grandit dans la Flandre, la moitié néerlandophone du nord de la Belgique, où l’on ne parle pas français. De cette enfance, il gardera une appartenance partagée, à la fois haïtienne et flamande.

Sur cette famille qui l’a recueilli, le défenseur est toujours resté pudique. Il a en revanche répété, au fil des années, une même idée : l’envie de « rendre quelque chose », à la Belgique qui l’a accueilli comme à Haïti qui l’a vu naître. C’est sous ce thème qu’un reportage belge l’avait fait découvrir au public en 2017. Ses parents biologiques, eux, sont restés en Haïti, et il ne les a jamais connus. Cette part d’inconnu finira par orienter ses choix d’adulte.

Le poids d’une double identité
Aucun autre Grenadier ne porte cette question aussi nettement : que signifie être Haïtien lorsqu’on a quitté le pays à deux ans, et qu’on n’a jamais pu y remettre les pieds ? Car, comme presque tous ses coéquipiers, Hannes Delcroix n’a pas pu fouler le sol haïtien, l’insécurité des gangs rendant le pays inaccessible. Au lendemain de la qualification d’Haïti à la Coupe du monde 2026, il confiait à la chaîne américaine CBS que défendre le maillot national charriait un poids émotionnel et une vraie réflexion sur son identité.

Le chemin jusqu’à la Sélection, ce sont d’abord les supporters qui l’ont ouvert. Pendant des mois, ils ont inondé le joueur de messages sur les réseaux sociaux pour le convaincre de venir. « C’est pour eux que je joue », a-t-il lâché au média Golazo America. De son côté, le sélectionneur Sébastien Migné bataillait depuis dix-huit mois pour faire aboutir son changement de nationalité sportive, selon le magazine Haitian Times. Début octobre 2025, la FIFA tranche enfin en sa faveur, et le Belgo-Haïtien rejoint la sélection du pays de ses parents biologiques.

Loin des pelouses, le gaucher partage sa vie depuis plusieurs années avec Marie-Ange Djomo, photographe de métier. Le couple élève deux enfants, un fils et une fille. Sur son compte Instagram, le joueur mêle d’ailleurs nouvelles du terrain et instants de vie familiale. Sa famille l’a suivi à chaque étape, d’un pays à l’autre. Son installation en Suisse, au début de 2026, a même adouci ce quotidien fait de déménagements, dans un cadre plus calme et un climat plus doux.

Ce lien intime à l’adoption, Hannes Delcroix ne l’a jamais caché. En décembre 2025, son club suisse a réuni le défenseur et trois jeunes Haïtiens récemment adoptés par une famille du pays, une scène forte relatée sur le site officiel du club. Quelques semaines plus tôt, après cette qualification au Mondial 2026, il avait écrit sur Instagram une dédicace bouleversante : « Pour mes parents biologiques que je n’ai jamais connus… pour tout un peuple. » Trois familles, une seule histoire.

Des terrains belges à la Premier League
Sur le terrain, le parcours du Belgo-Haïtien est celui d’un défenseur tenace et polyvalent. Formé tout jeune dans des clubs de la région d’Anvers, il rejoint en 2013 le centre de formation du RSC Anderlecht, le grand club de Bruxelles et le plus titré de Belgique. Il y passera dix ans. À l’aise dans l’axe comme sur le côté gauche, ce gaucher signe son premier contrat professionnel en janvier 2017, puis dispute son premier match en équipe première à l’été 2018, lors d’une large victoire en championnat.

Le déclic vient d’un prêt. À l’été 2019, Anderlecht l’envoie aux Pays-Bas, au RKC Waalwijk, dans la première division néerlandaise, l’Eredivisie. Le défenseur marque dès sa première apparition et enchaîne une saison pleine comme titulaire. De retour à Bruxelles, il s’impose dans le groupe malgré deux graves blessures au genou qui avaient ralenti son ascension, et totalise environ 65 rencontres sous le maillot mauve d’Anderlecht, avec quelques sorties dans les coupes européennes. À 21 ans, son avenir semble alors tout tracé avec la Belgique.
En août 2023, il traverse la Manche. Le Burnley FC, club du nord de l’Angleterre fraîchement promu dans l’élite anglaise, la Premier League, mise 3 millions d’euros (environ 3,3 millions de dollars américains) sur lui. Aux commandes, une figure familière : Vincent Kompany, légende du football belge devenue entraîneur, qu’il avait connue à Anderlecht. Mais l’histoire tourne court : le club est relégué, Kompany s’en va, une blessure à la cheville l’écarte longtemps. Début 2025, il est prêté à Swansea City, club gallois qui évolue dans la deuxième division anglaise, le Championship.

À l’automne 2025, écarté à Burnley, il lui fallait rebondir avant le Mondial. Le 3 janvier 2026, le FC Lugano, club du sud italophone de la Suisse, l’engage jusqu’en juin 2028 ; il y toucherait, selon des estimations, environ 890 000 euros par an (près de 960 000 dollars américains). Avec Haïti, tout s’emballe : première sélection le 9 octobre 2025 face au Nicaragua, puis la qualification d’Haïti à la Coupe du monde 2026, décrochée le 18 novembre. Faute de pouvoir jouer au pays, les Grenadiers préparent le tournoi depuis leur camp de base aux États-Unis. Le 13 juin, près de Boston, Piterson Désir portera les couleurs d’une terre natale qu’il espère un jour retrouver.

Fiche d’identité
Nom : Hannes Piterson Delcroix (né Piterson Désir)
Naissance : 28 février 1999 à Petite-Rivière-de-l’Artibonite (Bas-Artibonite, Haïti) ; 27 ans
Origines : parents biologiques haïtiens ; adopté à 2 ans par une famille belge
Nationalités : haïtienne et belge
Profil : défenseur central et arrière gauche, gaucher, environ 1,84 m
Club : FC Lugano (Suisse, n°3), sous contrat jusqu’en juin 2028
Parcours : Anderlecht, RKC Waalwijk (prêt), Burnley, Swansea City (prêt), Lugano
Sélections : Belgique (1 cape, 2020) ; Haïti (6 sélections, 0 but au 2 juin 2026 ; 1re cape le 9 octobre 2025)
Famille : parents adoptifs Dominique Delcroix et Rit Van Loenhout ; compagne Marie-Ange Djomo (photographe), un fils et une fille

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