9 juin 2026
Génération Mondial : Duckens Nazon, le buteur Chouchou, aîné des Grenadiers
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Génération Mondial : Duckens Nazon, le buteur Chouchou, aîné des Grenadiers

Il a échappé aux bombes à Téhéran, failli rater la naissance de sa fille pour un triplé entré dans la légende, et marqué plus de buts que presque personne sous le maillot d’Haïti. À 32 ans, « Le Duc » s’apprête à vivre, au Mondial, le rêve d’une vie.

Il a vu un missile exploser à quelques mètres de lui, traversé une frontière à pied dans le froid, et failli rater la naissance de sa fille pour offrir à Haïti l’un des plus beaux exploits de son histoire. Duckens Moïse Nazon, que les supporters surnomment « Le Duc » ou « Chouchou pèp la », le chouchou du peuple, n’est pas un attaquant comme les autres. À 32 ans, il est le buteur le plus prolifique de la génération actuelle des Grenadiers, et l’un des grands visages de la sélection à l’aube du Mondial 2026.

De Poissy aux deux drapeaux
Duckens Nazon naît le 7 avril 1994 à Châtenay-Malabry, en banlieue de Paris, de deux parents nés en Haïti. C’est un peu plus à l’ouest, à Poissy, qu’il grandit vraiment, dans une famille fière de ses racines haïtiennes. L’administration française enregistre sa naturalisation en octobre 1996, dans le sillage de celle de sa mère : le voilà, dès l’enfance, franco-haïtien sur le papier. Le cœur, lui, n’hésitera jamais. À Poissy, il tape ses premiers ballons à deux pas du centre d’entraînement du Paris Saint-Germain.
Sa vie de famille, Duckens Nazon la protège, mais elle dit beaucoup de lui. Son épouse, Wydad, est d’origine marocaine, un détail devenu presque romanesque en 2026 : Haïti et le Maroc se retrouvent dans le même groupe au Mondial et s’affronteront le 24 juin à Atlanta. Le couple a quatre enfants, trois garçons puis une fille. Le 13 septembre 2025, le buteur annonçait sur Instagram la naissance de la petite dernière, Leya. Une arrivée qu’il a, comme on le verra, bien failli manquer.

Une vie de père, une frontière et une guerre
Quelques jours avant la naissance de Leya, Duckens Nazon est à San José, face au Costa Rica, pour les éliminatoires. Sa femme doit accoucher, mais il choisit de rester. Entré à la pause alors qu’Haïti est menée 0-2, il inscrit un triplé renversant face à Keylor Navas, l’ancien gardien du Real Madrid : un penalty repris sur le rebond, une retournée acrobatique, puis une frappe lointaine. Haïti arrache un 3-3 héroïque. « Je suis arrivé à temps pour la naissance, et c’était magique. Je pense que Dieu voit tout », confiera-t-il à la FIFA.
Trois mois plus tôt, en juin 2025, l’attaquant a frôlé le pire. Engagé depuis peu à l’Esteghlal FC de Téhéran, il se trouve dans l’avion, sur le tarmac, prêt à décoller, quand débutent les frappes israélo-américaines sur l’Iran. « On a vu un bombardement juste à côté de nous », racontera-t-il à RMC Sport. Évacué en taxi avec son coéquipier Munir El Haddadi, bloqué près de deux jours à la frontière de l’Azerbaïdjan, il devra la vie sauve à une carte eSIM achetée la veille, qui lui permet de joindre l’ambassade de France. Sa femme et ses enfants, eux, étaient à l’abri en France.

Au-delà des terrains, Duckens Nazon a fait d’Haïti un combat. En novembre 2021, trois mois après le séisme qui a ravagé la péninsule sud du pays, il lance une levée de fonds à travers son association, Human Ayiti, qu’il préside. Son objectif, alors relayé par le média Sport Passion Info : « construire 20 immeubles parasismiques » pour reloger des familles sinistrées. Cet engagement lui a valu, en mai 2026, une distinction du consulat d’Haïti à Miami, et un hommage des élus haïtiens de New York et du New Jersey.

Comme presque tous ses coéquipiers, le capitaine prépare ce Mondial loin d’Haïti, où l’insécurité des gangs empêche la sélection de jouer à domicile et rend le pays difficile d’accès. Cela n’entame en rien sa flamme. « Nous sommes les ambassadeurs de notre pays et nous avons une responsabilité », confiait-il à la BBC. « Quand nous jouons pour notre pays, c’est plus une mission, et nous le faisons avec passion et avec amour. » À la FIFA, il avait dit, plus simplement, qu’il donnerait n’importe quoi pour Haïti.

Le buteur aux mille clubs, sur les traces de Sanon
Sur le terrain, le parcours de « The Duck » ressemble à un tour du monde. Formé à l’AS Poissy, il enchaîne, adolescent, les clubs de l’ouest de la France, Vannes puis Lorient, avant une longue tournée des divisions inférieures françaises, où il forge son caractère de buteur. En 2016, il tente l’aventure en Inde, au Kerala Blasters, dans le championnat indien. De retour en Europe, il s’aguerrit en Angleterre lors de prêts à Coventry puis à Oldham, dans les divisions inférieures anglaises.

L’errance se poursuit, mais le niveau monte. En 2018, il passe par la Belgique, au Saint-Trond, avec un détour en Écosse, à St Mirren, près de Glasgow, où il se souvient d’avoir connu, en un seul match, le soleil, la neige et la pluie. De retour en France, à Quevilly-Rouen, il explose enfin, à 28 ans. Suivront la Bulgarie, au CSKA Sofia, la Turquie, à Kayserispor, puis l’Iran, à l’Esteghlal, où il porte le numéro 9 depuis l’été 2025.

C’est pourtant en sélection que Duckens Nazon a écrit ses plus belles pages. Depuis ses débuts en 2014, le numéro 7 des Grenadiers a tout connu, jusqu’à inscrire cinq buts en un seul match face à Sint Maarten en 2018. Avec 44 réalisations, il est aujourd’hui le meilleur buteur en activité de la sélection, et le deuxième de toute son histoire, dans le sillage de la légende Manno Sanon et de ses 47 buts, un record vieux d’un demi-siècle. Longtemps critiqué, parfois jugé trop vieux, il a fait taire ses détracteurs à coups de buts décisifs.

Reste le grand rendez-vous. Le 13 juin 2026, près de Boston, Haïti défie l’Écosse, ce pays qu’il a connu de l’intérieur du temps de St Mirren. Puis viendront le Brésil et le Maroc, celui de sa belle-famille. Cinquante-deux ans après Manno Sanon, qui avait fait trembler le grand Dino Zoff au Mondial 1974, « Le Duc » rêve à son tour d’inscrire son nom au tableau des buteurs de Coupe du monde. Pour Haïti. Pour Manno. Et pour Leya, qui aura à peine neuf mois.

Fiche d’identité
Nom
: Duckens Moïse Nazon (« The Duck », « Le Duc », « Chouchou pèp la »)
Naissance : 7 avril 1994 à Châtenay-Malabry (banlieue de Paris) ; 32 ans
Origines : parents haïtiens ; a grandi à Poissy, près de Paris ; naturalisé français en 1996
Nationalités : haïtienne et française
Profil : avant-centre, droitier, 1,81 m
Club : Esteghlal FC (Téhéran, Iran, championnat iranien), n°9 ; contrat jusqu’en 2028
Parcours (sélection) : AS Poissy, Lorient, Stade Lavallois, Kerala Blasters (Inde), Coventry, Oldham, Saint-Trond (Belgique), St Mirren (Écosse), Quevilly-Rouen, CSKA Sofia (Bulgarie), Kayserispor (Turquie), Esteghlal
Sélection : Haïti (n°7), 44 buts (meilleur buteur en activité, 2e de l’histoire derrière Manno Sanon), plus de 75 sélections au 2 juin 2026 ; débuts en 2014
Engagement : président de l’association Human Ayiti
Famille : épouse Wydad (d’origine marocaine), quatre enfants (trois garçons, puis Leya, née en septembre 2025)

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