Dans la grande forêt d’Haïti, pays de vents et de misères,
Un Renard rusé, nommé Fils-Aimé, flairait l’air des affaires.
Il toisa le Vieux Lion du Conseil Présidentiel,
Et lui lança d’un ton docte et solennel :
« Ton mandat, cher Lion, a sonné son heure dernière !
L’article est clair, le délai expire, c’est la loi sévère.
Plus une minute, plus un jour, tu dois céder la place ! »
Ses tuteurs de l’Internationale, perchés sur haute terrasse,
Approuvaient en chœur, graves et doctes :
« Oui, c’est la règle !
Le temps est maître, le mandat finit, point de querelle. »
Et le Renard triompha.
Le Lion, tête basse, s’en alla.
On cria victoire, on dansa, on festoya sous les étoiles.
« La loi est la loi ! » clamaient les tuteurs d’outre-mer,
Tout en comptant déjà leurs nouveaux pions sur l’échiquier.
Mais à peine le Renard installé dans le fauteuil royal,
Voici qu’un autre animal, le CEP, au regard loyal,
Lui dit avec respect :
« Seigneur Renard, ton tour approche.
L’article cent quarante-neuf, ce même article si proche,
Fixe ton propre mandat à cent vingt jours, pas un de plus.
Le sept juin passé, tu deviens, comme nous tous, caduc. »
Le Renard, soudain rouge, se dressa sur ses ergots :
« Insolent ! Mon cas est différent, c’est l’intérêt national !
J’ai encore à faire, des plans, des projets, des contrats…
La loi ? La loi s’adapte quand c’est moi qui suis en place ! »
Et il courut chez ses tuteurs, les grands Aigles d’Occident,
Qui, l’instant d’avant, chantaient la rigueur du temps.
Mais les Aigles, distraits, tournaient déjà la tête,
Regardaient les nuages, le ciel, la mer inquiète.
L’un feignait de dormir,
L’autre scrutait un papillon,
Le troisième parlait soudain d’un tout autre horizon.
« Voyez, dirent-ils enfin d’un air fort diplomatique,
La situation est complexe, nuancée, spécifique…
Pour le Lion c’était net, pour le Renard c’est différent.
La stabilité avant tout, n’est-ce pas évident ? »
Ainsi va la forêt quand le pouvoir change de mains :
La loi est d’airain pour celui qu’on veut chasser demain ;
Elle devient de caoutchouc, souple et accommodante,
Dès lors qu’il s’agit de soi ou de ses alliés puissants.
Morale
Ô vous qui triomphez en invoquant la règle,
Prenez garde au miroir que le Temps vous tend sans trêve.
Celui qui crie : « Le mandat finit ! » avec zèle,
Doit un jour entendre le même chant sur sa propre tête.
Et les tuteurs, si prompts à faire la leçon,
Savent fort bien détourner les yeux… quand sonne leur chanson.

