6 juin 2026
Oui Foot ! Cette passion qui enflamme toute une nation
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Oui Foot ! Cette passion qui enflamme toute une nation

Véritables catalyseurs de décors somptueux qui s’apparentent au Christmas, à la Saint-Valentin, aux journées de couleurs ou à la fête de l’indépendance, les affiches footballistiques de ce Mondial défient les saisons régulières et le calendrier grégorien. Toutes les dates festives – 14 février, 25 décembre, 18 novembre, 18 mai – vont se condenser dans un unique match de football. Ce rendez-vous fascinant octroie à Haïti l’opportunité d’émerveiller l’ouïe et la vue en des feux d’artifice multicolores catapultés aux décibels de tonnerre vers un ciel bleu rougi par les couleur des Grenadiers. Une bien meilleure option à nos oreilles machinalement exposées aux orages apocalyptiques engendrés par les complices hostilités animées entre les chars, drones et hélicos blindés des mercenaires face aux lance-roquettes et kalachnikovs livrés bêtement aux bandits instrumentalisés. J’imagine l’ampleur du bonheur collectif si les tournois scolaires, les championnats informels et les compétitions formelles des clubs pouvaient se tenir sans arrêt. Une gouvernance axée sur le retour aux parcs et au Sylvio Cator s’érige quasiment comme un as d’atout pour faire triompher et trinquer les hommes politiques. À ce stade harmonieux, populisme serait rimé avec optimisme et patriotisme. Consultation gratuite.    

Les agréables pollutions sonores des explosifs étincelants en prélude aux bains de foule avant, pendant et après match produisent des joies immenses. Voici les types de bruits qui tonitruent agréablement aux tympans des enfants, des jeunes et des vieillards, tant au niveau local qu’à la diaspora. Pas les sirènes superflues des hauts dignitaires sans dignité qui flânent dans la Cité dans une sinécure onéreuse. Les éclats bruyants du football détiennent la capacité d’apaiser et de restaurer collectivement les âmes persécutées et tourmentées. 

Si la musique et le cinéma possèdent un puissant pouvoir fédérateur, ils ne sont pas en mesure de susciter ce niveau d’ambiance fraternelle que le football parvient à créer. Autour du ballon rond, artistes, athlètes et supporters sont réunis dans une proximité presque fusionnelle. Bon présage. Les rencontres amicales opposant Haïti à la Nouvelle-Zélande puis Haïti au Pérou a constitué un projet pilote réussi en marge du projet phare de la guérison collective et du sursaut identitaire que suscitera la Coupe du monde 2026.

Oui Foot ! Projecteur en main, dans les bibliothèques, sur Google et sur ChatGPT, je fouine, je fouille et je scrute pour découvrir un événement alternatif provoquant autant d’enthousiasme et de passion au sein des peuples. Je n’en trouve pas. Le football offre un cadre singulier où les élégantes silhouettes peuvent arborer leurs plus belles tenues décontractées, dans un esprit de détente, de fête et de fraternité. Loin des orgies à la Epstein, l’exhibition des formes corporelles coca, cola ou prestige n’instigue pas forcément les intentions malsaines des admirateurs des belles créatures vers des déviations érotiques interdites. 

Le respect mutuel s’observe tant sur la pelouse qu’autour de l’audience hypnotisée, focalisée au seul passetemps envoûtant de la vue qui supplante même le plaisir épicurien susceptible d’être généré par la mobilisation des organes du milieu. L’extasie du stade a déjà comblé les aspirations astrales des tifosis, transportés au septième ciel, sans être exposés aux risques et aux désillusions de certaines quêtes plutôt charnelles. Le consommateur du football n’a point besoin d’une jouissance alternative marginale pour maximiser son niveau de satisfaction, car le stade de saturation déjà atteint. 

Leçon apprise pour améliorer des champs émotionnels parallèles. Le déblayage du terrain étant favorable aux performances impeccables, les conseillers conjugaux auraient pu prescrire aux tout-puissants et impuissants la pratique gagnante de visionner un match de foot en compagnie de leurs partenaires, bien avant leurs propres matchs. Cette phase préliminaire visuelle déroulée dans les tribunes ou gradins du stade contribuerait incontestablement à l’atteinte du point charnel « impossible » de Gutenberg. Consultation gratuite. 

Empreinte dictatoriale libératrice 

Au-delà du spectacle sportif, le cadre footballistique crée souvent un espace de communion privilégié entre amis, famille, valentins et valentines pour partager des moments de convivialité dans une atmosphère de partage, de complicité. Pendant que les yeux sont braqués sur la surface rectangulaire, les liens intimes se tissent autour d’un cappuccino, d’un fresko, de bonbons ou de quelques carrés de chocolat. 

Le football fait bouger les lignes ; il modifie les incitations. En fonction des affiches, des deals quasiment impossibles en temps normal se négocient entre farouches protagonistes – travailleurs et patrons, élèves et professeurs, enfants et parents – afin de se libérer au moment opportun pour emprunter le chemin du terrain, du parc, du stade, du téléviseur. Il n’existe pas beaucoup de créations humaines du genre capables de galvaniser autant de joies et d’énergies positives en un point commun. Charriant d’énormes externalités positives, le football favorise des volumes de profits immenses sur les plans économique et émotionnel.

Chez nous, aux quatre points cardinaux et aux quatre collatéraux, aucune créature « équilibrée » ne souhaite louper les immenses euphories produites par les classicos et les derbys au sommet. Les dates d’examens, de mariage, de baptême et communion ne sauraient être coulées dans du béton sans tenir compte des affiches Baltimore vs Tempête, Cavaly vs Valencia, Fica vs ASC ou Violette vs Aigle-Noir. Les églises comme les écoles sont pleinement conscientes de l’importance de ces rendez-vous collectifs « à ne pas manquer », capables d’obstruer le trafic routier, de vider les salles de classe et de réduire considérablement l’affluence aux funérailles comme aux rassemblements religieux. 

Ici et ailleurs, un classico demeure vivant éternellement. Dans le présent, les commentaires d’après-match y relatifs se suivent dans une intensité passionnante. Aux plateaux des stations de radio, de télévision, mais aussi sous les poteaux-lumineux des places publiques, les chroniqueurs diagnostiquent forces et faiblesses des différentes équipes ; ils décortiquent les stratégies techniques et tactiques. D’autre part, les fanatiques se chamaillent amicalement en provoquant des conflits qui finissent par se dénouer à l’amiable. Même après des décennies, les derbys se vivent quotidiennement pour vanter, glorifier ou se consoler.  

Lorsque les rendez-vous footballistiques dépassent le stade des frontières, à l’image de ce temps fou de la Coupe du Monde, les fougueux nationalistes et patriotes – tous pays azimuts – brandissent leur fierté nationale. Les historiens fournissent des faits saillants et des anecdotes pour étayer des comparaisons footballistiques, historiques et touristiques afin de prendre psychologiquement des longueurs d’avance sur leurs adversaires. C’est de bonne guerre, car de telles polémiques fertiles et permissibles ne vont pas à l’encontre des principes de Fairplay établis par les organisateurs du jeu. 

Particulièrement à ce niveau d’apothéose où tous les projecteurs sont braqués sur Haïti, le football s’illustre par sa dimension politique, patriotique et diplomatique. Moment idéal de rappeler sur tous les plateaux réels et virtuels que cette vitrine achalandée expose la portée emblématique singulière de notre sacré Bicolore. Cette fenêtre du Mondial 2026 représente une rare occasion pour nos athlètes de faire preuve de leurs talents et pour nos compatriotes d’exhiber la fierté dessalinienne dans Louverture la plus large possible. 

No Aya ! Sénateur ou simple citoyen, les esprits saints et les sains d’esprit reconnaissent que le football ne se résume pas à un simple jeu créatif ou récréatif qui mobilise des athlètes qui courent après un cuir. Brésiliens ou Argentins nous nous réclamons uniquement dans une sorte de consolation due par notre absence demi-séculaire à ce rendez-vous quadriennal. Cependant, ce serait démence de la raison de porter un maillot jaune et bleu ou bleu et blanc pendant que le Bleu et Rouge illumine les vestiaires, les pelouses, les gradins et tribunes de Gilette Stadium, du Lincoln Financial Field et du Mercedes-Benz Stadium. Grenadiers à l’assaut !

Carly Dollin

carlydollin@gmail.com

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