Haïti : le bilan mars-mai 2026 de Fils-Aimé plombé par l’extension du déplacement interne
Port-au-Prince, mai 2026 — Le bilan de gouvernance d’Alix Didier Fils-Aimé, pour la période allant de mars à mai 2026, se lit désormais aussi à travers la carte du déplacement interne. Selon le treizième cycle d’évaluation de la Direction générale de la protection civile et de la Matrice de suivi des déplacements de l’Organisation internationale pour les migrations, collecté du 14 mars au 17 mai 2026, Haïti comptait 1 466 862 personnes déplacées internes, soit une hausse globale de 1 % par rapport au cycle précédent.
La capitale franchit pour la première fois le seuil de 300 000 déplacés, avec une progression de 6 %, principalement liée aux affrontements armés à Cité Soleil. L’Artibonite, autre territoire fortement exposé, enregistre pour sa part une hausse de 5 %, attribuée aux attaques récurrentes. Ces données documentent une crise qui ne se limite plus à l’aire métropolitaine de Port-au-Prince : 79 % des déplacés vivent désormais en province, contre 21 % dans la capitale, selon le même rapport DGPC-OIM/DTM.
La structure du déplacement montre aussi la faiblesse des mécanismes publics d’accueil. 84 % des personnes déplacées vivent hors des sites, principalement dans des familles d’accueil ou en location. À Port-au-Prince, toutefois, 69 % des déplacés résident dans des sites spontanés : 112 sites y accueillent 213 168 personnes, soit une moyenne de 1 903 personnes par site. En province, la situation prend une autre forme : 98 % des déplacés vivent hors site, tandis que 150 sites n’abritent que 19 228 personnes.
Le rapport fait également état de 165 937 anciens déplacés retournés, soit une hausse de 89 % par rapport au cycle précédent. Mais cette donnée ne permet pas, à elle seule, de conclure à une stabilisation. L’OIM avertit que ces retours pourraient ne pas être encore durables, plusieurs ménages évoquant des conditions encore insuffisantes pour une réinstallation stable. Sans ces retours, le nombre total de déplacés aurait augmenté d’environ 95 000 personnes supplémentaires entre les cycles 12 et 13.
Alimentation, moyens de subsistance, abris, eau, assainissement et santé demeurent les besoins prioritaires signalés dans les zones d’accueil des déplacés et des retournés. Pour le gouvernement Fils-Aimé, ces chiffres composent un bilan social et sécuritaire sévère : au-delà des annonces officielles, l’extension du déplacement interne mesure l’écart entre le discours de stabilisation et la réalité territoriale d’un pays dont une part croissante de la population vit sous contrainte humanitaire.
source: ReliefWeb

