Le patriotisme haïtien ne se manifeste pas comme celui des autres peuples. En Haïti, il est souvent circonstanciel. Il s’exprime à l’occasion de certaines commémorations ou de dates symboliques de notre histoire, puis s’estompe aussitôt, avant de réapparaître lors d’un autre moment fort de la mémoire nationale.
Hier, 18 mai, c’était la fête du Drapeau et de l’Université. Les Haïtiens de l’intérieur, comme ceux de la diaspora, se sont unis pour célébrer le Bicolore, symbole d’unité, de liberté et de souveraineté nationale.
Sur les réseaux sociaux, le drapeau national était omniprésent : des écoliers défilaient dans les rues aux couleurs nationales ; la Dessalinienne retentissait dans les médias ; certains brandissaient leur drapeau ou portaient des T-shirts patriotiques pour l’occasion ; des restaurants étaient décorés aux couleurs nationales ; des discours politiques pompeux étaient prononcés.
Ironiquement, la fête du Drapeau semble devenir, pour beaucoup, un simple exercice de mise en scène médiatique.
Les apatrides au pouvoir, qui ont bénéficié du soutien de certaines ambassades étrangères pour se maintenir à la tête du pays, ont célébré avec faste cette journée symbolique. Ils ont rendu hommage aux artisans du Congrès de l’Arcahaie de 1803, berceau de l’union nationale et de la création du drapeau haïtien.
De leur côté, les opposants au pouvoir, réclamant un élargissement du cercle des convives attablés au festin politique, étaient également dans les rues pour saluer la mémoire des ancêtres, tout en espérant se faire entendre par les puissances étrangères.
Nombreux sont les Haïtiens qui, d’une manière ou d’une autre, ont commémoré le 223e anniversaire du Bicolore national, tout en attendant l’arrivée d’une force étrangère supposée libérer le pays des affres de la tyrannie des bandes criminelles
Haïti apparaît ainsi comme un pays théâtral, une nation de faux-semblants, marquée par le marronnage politique et moral, où chacun joue un rôle sans véritable volonté de rupture avec les pratiques qui ont conduit la nation à l’abîme. Beaucoup d’Haïtiens sont spécialistes en commémoration des fêtes nationales et experts en allégeances le reste de l’année.

