L’ancien directeur général du ministère de la la Culture et de la Communication, Jean Garry Denis, a livré une vigoureuse mise au point sur les circonstances ayant conduit à sa démission, dénonçant un système administratif marqué, selon lui, par les blocages, l’exclusion et les intérêts personnels.
Dans un document rendu public le 10 mai 2026, Jean Garry Denis explique que son départ du MCC ne relève ni d’un calcul politique ni d’un désaccord ponctuel, mais d’un profond malaise face au fonctionnement de l’administration publique haïtienne.
« La fonction publique devient un espace de prédation et d’enrichissement illicite », écrit-il, avant d’ajouter que « l’impunité et la corruption s’érigent en système ».
L’ancien responsable affirme avoir toujours privilégié ses convictions à la conservation des privilèges liés aux fonctions publiques. « Durant toute ma carrière professionnelle, j’ai l’habitude de refuser des postes de responsabilité et j’ai à mon actif plusieurs cas de démission », précise-t-il.
Dans son texte, Jean Garry Denis met particulièrement l’accent sur la nécessité de protéger et valoriser le patrimoine historique haïtien, qu’il considère comme un pilier essentiel de l’identité nationale et de la cohésion sociale.
Il évoque notamment le dossier de Bois Caïman, présenté comme un symbole majeur de la lutte pour la liberté. L’ancien directeur général indique avoir engagé plusieurs initiatives visant à freiner l’occupation illégale du site et à renforcer son encadrement institutionnel.
« L’acte fondateur de Bois Caïman en 1791 est considéré comme la Mecque de la Liberté », souligne-t-il.
Jean Garry Denis affirme également avoir plaidé pour la création d’une unité de gestion du site afin d’éviter sa « désacralisation » et d’assurer sa conservation.
L’ancien directeur du MCC revient aussi sur les suites du drame de la Citadelle Laferrière, estimant que les autorités ont davantage privilégié la communication politique que les mesures structurelles.
« Aucune mesure concrète n’est prise pour sécuriser le Parc national historique Citadelle, Sans-Souci, Ramiers », déplore-t-il.
Il affirme par ailleurs avoir entrepris des démarches pour la réhabilitation du système de fortification de la ville du Cap-Haïtien, citant notamment le cas du Fort Saint-Joseph, restauré grâce à un financement privé du Groupe Fatima.
Dans cette réflexion, Jean Garry Denis critique également la concentration des activités culturelles à Port-au-Prince au détriment des régions. Selon lui, plusieurs traditions populaires, pratiques vaudouesques et initiatives culturelles communautaires demeurent marginalisées dans les politiques publiques.
« Le plaidoyer pour budgétiser un ensemble d’activités relevant de notre culture populaire est combattu avec un mépris systématique », affirme-t-il.
L’ancien haut fonctionnaire défend également plusieurs projets qu’il dit avoir soutenus, notamment un festival latino-américain à Jacmel, la création d’une maison latino-américaine, le renforcement de la diplomatie culturelle et un livret consacré à cent chansons traditionnelles haïtiennes.
Malgré son départ, Jean Garry Denis conclut son message sur une note de continuité : « Le rêve pour l’émancipation de notre culture se poursuit. À de nouveaux combats ! »
Gislène Guerrier
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