PORT-AU-PRINCE — De nouveaux affrontements entre groupes armés dans les communes de Cité Soleil et de Croix-des-Bouquets ont fait au moins 78 morts et 66 blessés depuis le 9 mai, selon un bilan provisoire communiqué jeudi par le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH). Parmi les victimes figurent dix civils, dont quatre femmes et une fillette, dans un contexte de dégradation continue de la situation sécuritaire autour de la capitale haïtienne.
Les violences ont également provoqué le déplacement de plus de 5 300 personnes, d’après le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), tandis que plusieurs familles demeureraient encore piégées dans des quartiers encerclés par les combats. Des structures médicales ont suspendu leurs activités, notamment un centre de Médecins Sans Frontières, après l’évacuation de son personnel. L’organisation a indiqué avoir traité une quarantaine de blessés par balles en moins de douze heures avant son retrait.
Au même moment, le Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé multipliait les déclarations sur l’organisation future d’élections « libres » et le retour à l’ordre institutionnel, sans présenter publiquement, jeudi, de message de compassion adressé aux familles frappées par les massacres et déplacements forcés enregistrés dans les quartiers populaires. Cette dissociation entre discours institutionnel et réalité humanitaire nourrit de nouvelles accusations d’abandon de populations civiles livrées à des groupes armés dans plusieurs zones de l’aire métropolitaine.
À Cité Soleil, un responsable religieux local a annoncé son intention de réclamer des poursuites judiciaires contre l’État haïtien pour « irresponsabilité » et manquement à son obligation constitutionnelle de protection des citoyens. Une initiative qui apparaît toutefois largement symbolique aux yeux de nombreux observateurs, dans un pays où les institutions judiciaires demeurent fragilisées par l’impunité chronique, les réseaux d’influence politique et les accusations persistantes de corruption systémique. Selon l’indice de perception de la corruption publié par Transparency International, Haïti figure parmi les États les plus affectés au monde, avec un score de 16 sur 100.
Les communes de Cité Soleil et de Croix-des-Bouquets avaient déjà connu des flambées de violence en mars et avril, entraînant près de 8 000 déplacements supplémentaires. Selon le BINUH, au moins 305 personnes ont été tuées et 277 blessées dans ces zones entre le 5 mars et le 11 mai. Parmi les civils recensés figurent notamment 17 femmes et 13 enfants.
Parallèlement, une nouvelle force multinationale destinée à appuyer la Police nationale d’Haïti poursuit son déploiement progressif. Les autorités ont confirmé jeudi l’arrivée du commandant de cette mission, le général mongol Erdenebat Batsuuri. Jusqu’à présent, environ 400 soldats tchadiens auraient été déployés à Port-au-Prince afin de renforcer les opérations contre les groupes armés, alors que la précédente mission internationale demeurait confrontée à des limites budgétaires et logistiques importantes.

