Flashback tabloïd | 2026, “année de la sécurité” : le grand théâtre blindé d’un État qui court après ses propres slogans
2026 se ane sekirite.
2026 se ane eleksyon.
2026 se ane pou Pèp la reprann peyi li
2026 la se ane pou Pèp la tounen lakay li ak diyite. »
Le 9 janvier 2026, Alix Didier Fils-Aimé lançait sa formule-prophétie : « 2026 se ane sekirite. 2026 se ane eleksyon. 2026 se ane pou Pèp la reprann peyi li. 2026 la se ane pou Pèp la tounen lakay li ak diyite. » Belle architecture verbale, promesse martiale, rhétorique d’État en costume du dimanche. Le peuple devait reprendre son pays ; les déplacés devaient rentrer « avec dignité ». Quatre mois plus tard, Haïti ne rentre pas chez elle : elle fuit encore, elle enterre encore, elle recompte encore ses absents.
Puis vint la scénographie des blindés : dix nouveaux véhicules remis officiellement à la PNH, comme si l’acier suffisait à produire l’autorité, comme si le blindage pouvait remplacer la stratégie, comme si l’État, par simple exhibition mécanique, pouvait reconquérir les territoires perdus. Le pouvoir adore cette liturgie de carrosserie : aligner les véhicules, convoquer les caméras, prononcer les mots lourds, puis laisser le réel reprendre possession du communiqué.
Le 13 mai 2026, nouvelle séquence : visite stratégique du Premier ministre à la base de la Force pour Supprimer les Gangs — GSF, à Tabarre. Même grammaire, même dramaturgie, même lexique d’offensive institutionnelle. La République semble administrée par répétition : on visite, on promet, on intensifie, on annonce, on réannonce. Pendant ce temps, les gangs, eux, ne font pas de conférence de presse : ils occupent, rançonnent, incendient, déplacent, exécutent.
Le bilan devient une comptabilité funèbre. Le nombre de déplacés enfle comme un verdict. Les quartiers se vident, les familles se dispersent, les morts s’empilent dans le silence administratif. Voilà l’étrange paradoxe d’un pouvoir hyperverbal et hypostratégique : il parle beaucoup de sécurité, mais la population cherche encore l’État à l’adresse indiquée.
Question sèche : gouverne-t-on un pays par blindés exhibés et visites filmées, ou par résultats mesurables ? Car à force de transformer chaque déplacement officiel en cérémonie de puissance, le régime finit par ressembler à un pompier de plateau télévisé : casque brillant, sirène sonore, mais toujours après l’incendie.

