6 mai 2026
Les gangs gagnent du terrain, Alix Fils-Aimé collectionne les voyages à l’étranger
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Les gangs gagnent du terrain, Alix Fils-Aimé collectionne les voyages à l’étranger

Port-au-Prince, 6 mai 2026 — Nouveau départ officiel, nouveau communiqué, mêmes promesses de « coopération », de « stabilité » et de « solutions concrètes ». Le Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé quitte Haïti pour se rendre à Rome et au Saint-Siège, du 8 au 11 mai, à la tête d’une « délégation gouvernementale de haut niveau », selon un communiqué laconique de la Primature. Le déplacement est présenté comme une mission diplomatique destinée à renforcer les relations avec le Vatican et les partenaires internationaux.

Sur le terrain, notamment dans l’Artibonite, les gangs étendent leur emprise, les routes se ferment, les familles fuient, les institutions reculent et l’État peine à garantir la sécurité minimale des citoyens. Pendant que la Primature annonce des « rencontres de haut niveau » — anpil per diem — la population réclame des décisions opposables, datées et vérifiables contre l’insécurité, les enlèvements, les massacres, les déplacements forcés et l’effondrement des services publics.

Le communiqué affirme que la visite comprendra des échanges sur « les priorités nationales d’Haïti », « les efforts en faveur de la stabilité » et « les perspectives de solidarité et de partenariat au bénéfice du peuple haïtien ». Ces formules, désormais ritualisées, finissent pourtant par poser une question simple : quelles retombées concrètes les précédents déplacements ont-ils produites ? Quels engagements ont été obtenus ? Quels moyens ont été mobilisés ? Quels quartiers ont été sécurisés ? Quelles routes ont été reprises ? Quels citoyens ont été protégés ?

La Primature évoque également des « moments de recueillement et de mobilisation spirituelle en faveur de la paix en Haïti ». La paix, cependant, ne peut être réduite à une mise en scène pieuse de l’impuissance publique. Elle exige une autorité publique effective, une chaîne de commandement claire, une politique pénale cohérente, des moyens logistiques, une stratégie territoriale et une obligation de résultat. À défaut, la prière officielle risque de devenir le prolongement symbolique d’une gouvernance sans exécution.

Le dossier de la FRG, ou de toute force internationale sollicitée pour contenir les gangs, revient alors au centre du débat. Que signifie réclamer une assistance étrangère si, parallèlement, les autorités multiplient les déplacements diplomatiques sans présenter à la nation un calendrier opérationnel, des indicateurs de sécurité et une doctrine lisible de reprise du territoire ? La population ne demande pas une diplomatie de salon ; elle exige des routes ouvertes, des écoles fonctionnelles, des marchés accessibles et des quartiers libérés.

À Rome, Alix Fils-Aimé parlera probablement de paix, de coopération et de solidarité. En Haïti, les citoyens continuent de mesurer l’action publique à une autre échelle : celle des morts, des déplacés, des zones perdues et des promesses répétées. Si cette mission ne produit ni engagements publics vérifiables ni résultats mesurables, elle rejoindra la longue série des voyages officiels sans lendemain : beaucoup de protocole, beaucoup de communiqués, très peu de sécurité.

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