En Haïti, depuis la chute de la dynastie des Duvalier l’idéologie a déserté l’arène politique. L’action des acteurs n’est plus guidée par des principes doctrinaux ou des visions structurées de la société, mais par des impératifs de survie matérielle.
Elle est désormais orientée par ce que l’on pourrait qualifier de « logique du ventre » selon un concept proche de la pensée de Juan Bosch.
Dans un tel contexte, un peuple dont les dirigeants eux-mêmes ne sont pas à l’abri de la précarité alimentaire se trouve privé de perspectives, condamné à l’incertitude et à l’absence d’horizon collectif.
Une classe politique dépourvue d’idéologie est, par extension, une classe politique privée de philosophie ; or, une société sans philosophie est une société sans âme, écrit Luné Roc Pierre-Louis.
En effet, la philosophie constitue le socle immatériel qui structure la pensée collective, oriente l’action publique et donne sens à l’engagement politique.
En Haïti, cette disparition de l’idéologie s’est opérée progressivement. Elle fut amorcée par le mouvement Lavalas, puis achevée sous l’ère du PHTK. Ces deux courants politiques, bien qu’ayant dominé la scène nationale, se sont caractérisés par une profonde hétérogénéité idéologique.
En leur sein coexistent des acteurs aux orientations divergentes, parfois contradictoires, transformant ces formations en espaces de dissonance plutôt qu’en structures cohérentes porteuses d’un projet politique clair et bien charpenté selon une approche idéologique précise.
Dès lors, il devient évident que l’engagement politique en Haïti de nos jours ne repose plus sur des convictions idéologiques. Il s’inscrit plutôt dans une logique utilitariste selon laquelle l’État est perçu comme un espace d’enrichissement rapide et facile.
Cette perception alimente une compétition féroce pour l’accès au pouvoir, conçu non pas comme un espace de services publics, mais comme une opportunité d’accumulation personnelle.
C’est dans ce cadre que s’inscrit la lutte acharnée autour du pouvoir au cours des deux dernières décennies. Cette situation s’est amplifiée, notamment après l’assassinat du président Jovenel Moïse. Les groupuscules qui sont emparés de l’État après 2021 constituent une masse hétérogène pour la défense des intérêts essentiellement économiques.
De fait, des partis se réclamant aussi bien de la droite que de la gauche ont cohabité au sein des formations gouvernementales, non pas sur la base d’un compromis patriotique pour adresser les grands enjeux nationaux, mais dans la perspective d’un repositionnement opportuniste visant des bénéfices matériels.
Pendant ce temps, les souffrances du peuple haïtien demeurent largement ignorées. Les regards des occupants des avenues du pouvoir sont moins tournés vers les besoins fondamentaux de la population que vers les ressources du Trésor public, devenu l’objet central des convoitises.
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*Bleck D. Desroses / 30 avril 2026
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La mort de l’idéologie en Haïti : vers une politique de prédation
- by Rezo Nodwes
- 30 avril 2026
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