23 avril 2026
Haïti – Conseil de Sécurité : alerte sur une transition fragile et une violence persistante
Actualités Politique

Haïti – Conseil de Sécurité : alerte sur une transition fragile et une violence persistante

Le secrétaire général de l’ONU met en garde contre une transition « décisive mais fragile » en Haïti, dans un rapport publié le 14 avril, soulignant des progrès politiques contrastés par une insécurité aiguë et des défis humanitaires majeurs.

Depuis la fin du Conseil présidentiel de transition le 7 février, le pouvoir exécutif est assuré par le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Cette passation pacifique est saluée, tout comme la signature, le 23 février, d’un Pacte national visant à organiser des élections et rétablir l’ordre constitutionnel.

Cependant, le climat reste tendu. Les divergences politiques persistent et plusieurs acteurs dénoncent un processus insuffisamment inclusif. Sur le terrain, la violence des gangs continue de s’intensifier, avec plus de 2.400 homicides recensés entre décembre et février, en hausse de près de 23%.

Les opérations de sécurité se sont accrues, mais elles s’accompagnent de risques pour les civils. Parallèlement, la crise humanitaire s’aggrave: plus de la moitié de la population souffre d’insécurité alimentaire et 1,45 million de personnes sont déplacées.

L’ONU insiste sur la nécessité d’un soutien international coordonné et d’un dialogue politique inclusif pour garantir des élections crédibles et une stabilisation durable du pays.

Conseil de sécurité Distr. générale 

14 avril 2026 

Français 

Original : anglais 

Bureau intégré des Nations Unies en Haïti 

Rapport du Secrétaire général 

I. Introduction 

1. Le présent rapport est soumis en application de la résolution 2814 (2026) du  Conseil de sécurité, par laquelle celui-ci a décidé de proroger jusqu’au 31 janvier  2027 le mandat du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH). Il couvre les  principaux faits survenus depuis le précédent rapport, en date du 15 janvier 2026  (S/2026/31). 

2. À l’issue du mandat du Conseil présidentiel de transition, le 7 février 2026, la  transition politique s’est poursuivie, le pouvoir exécutif ayant été transféré au Conseil  des ministres, sous la direction du Premier Ministre, Alix Didier Fils-Aimé. Dans un  contexte marqué par une action internationale continue visant à accélérer le  déploiement de la Force de répression des gangs et par la poursuite des opérations de  sécurité menées par la Police nationale d’Haïti, le débat sur les modalités de  gouvernance a continué de dominer le paysage politique, tandis que diverses  initiatives de dialogue interhaïtien étaient menées, notamment avec le soutien du  BINUH. Comme le prévoit le Pacte national du 21 février pour la stabilité et  l’organisation des élections, des centaines de groupes de parties prenantes se sont  engagés à préserver la stabilité politique et se sont lancés sur une nouvelle voie visant  à rétablir la sécurité et la gouvernance démocratique. À cet égard, la reprise des  activités de la Commission nationale de désarmement, de démantèlement et de  réinsertion a constitué une avancée positive, tandis que l’enregistrement de partis  politiques, du 2 au 12 mars, a marqué une étape décisive dans les préparatifs  électoraux.  

II. Politique et bonne gouvernance 

Évolution de la situation politique 

3. Le 18 janvier, alors que la fin de son mandat approchait, le Conseil présidentiel  de transition a ouvert un dialogue politique national visant à dégager un consensus  sur un dispositif de gouvernance susceptible d’assurer la stabilité en Haïti après le  7 février 2026. Si le Mouvement pour la réconciliation et la reconstruction nationale,  Les Engagés pour le développement, Pitit Dessalines, Ansanm nou fò, Accord  historique du 14 août et Platfòm ayisien pou Ayiti ont pris part aux consultations, cela  n’a pas été le cas des membres du « groupe des 10 », dont font notamment partie Fanmi Lavalas, Parti haïtien Tèt Kale, Organisation du peuple en lutte, En avant et  Rassemblement des démocrates nationaux progressistes.  

4. Le 21 janvier, cinq membres du Conseil présidentiel de transition ont signé une  résolution visant à limoger le Premier Ministre. Dans un communiqué publié le  22 janvier, le coordonnateur du Conseil présidentiel de transition a appelé à la retenue  et au sens de la responsabilité collective, déclarant être opposé à toute résolution  visant à compromettre la stabilité gouvernementale à l’approche de l’échéance du  7 février. Si certains groupes politiques, dont Pitit Dessalines et plusieurs signataires  de l’Accord de Montana, se sont prononcés en faveur d’un changement de dirigeant,  d’autres, comme Fanmi Lavalas et Résistance démocratique, ont qualifié cette  initiative d’intempestive et de précipitée.  

5. Plusieurs partenaires internationaux et nationaux ont fait part de leurs  inquiétudes face à l’évolution de la situation et demandé qu’il soit mis fin aux  manœuvres politiques. En coordination avec ses partenaires internationaux, le  BINUH a plaidé en faveur de la cohésion institutionnelle, de l’unité nationale et d’un  dialogue constructif afin d’apaiser les tensions politiques, de préserver la stabilité et  de continuer de mettre l’accent sur le renforcement de la sécurité et les préparatifs  électoraux.  

6. Du 1er au 3 février, trois membres du Conseil présidentiel de transition ont  organisé un nouveau cycle de consultations. Les participants ont proposé la création  d’un collège présidentiel composé de trois membres, issus respectivement du Conseil  présidentiel de transition sortant, de la Cour de cassation et de la société civile.  Parallèlement, le 3 février, Initiative du 24 avril 2025, Accord karibe, Platfòm ayisyen  pou Ayiti, Grand bloc du peuple et Opposition plurielle, pour ne citer que quelques  groupes, ont réitéré leurs appels en faveur d’autres modalités de gouvernance de  transition.  

7. Le BINUH a mené de nombreuses consultations auprès de responsables  politiques, d’anciens parlementaires, de représentants et représentantes des femmes  et de la jeunesse ainsi que de dirigeants du secteur privé afin de favoriser un consensus  autour d’une approche commune visant à faciliter la transition politique. Le 6 février,  il a organisé une séance d’information à Port-au-Prince à l’intention de plus de  50 organisations de la société civile pour apporter des précisions sur la mission de  bons offices qui lui a été confiée par la résolution 2814 (2026) du Conseil de sécurité  et examiner les priorités immédiates en matière de gouvernance, notamment la  facilitation du dialogue interhaïtien visant à appuyer le processus politique et à  accélérer les préparatifs électoraux. Les parties prenantes ont indiqué que la  continuité institutionnelle et la poursuite du dialogue étaient indispensables pour  renforcer l’adhésion nationale, favoriser l’application du principe de responsabilité et  mener à bien la transition en continuant de mettre l’accent sur la sécurité et les  élections.  

8. Le 7 février, une cérémonie officielle organisée à Port-au-Prince a marqué la fin  du mandat du Conseil présidentiel de transition et le transfert immédiat du pouvoir  exécutif au Conseil des ministres, sous la direction du Premier Ministre, qui a  réaffirmé que le rétablissement de la sécurité et l’organisation d’élections  constituaient les principales priorités du Gouvernement pendant la période de  transition. Par la suite, le Conseil des ministres a adopté un décret selon lequel il  exercerait les pleins pouvoirs exécutifs jusqu’à l’investiture d’un président élu,  conformément à l’article 149 de la Constitution telle que modifiée en 1987 ainsi qu’à  l’article 28.1 du décret du 27 mai 2024, qui lui conférait les mêmes pouvoirs dans le  cas où le Conseil présidentiel de transition se trouvait dans l’incapacité d’exercer ses  fonctions. Bien que des divergences d’interprétation des dispositions susmentionnées  soient apparues, un large éventail d’acteurs nationaux a souligné qu’il importait de préserver la continuité institutionnelle tout en poursuivant le dialogue interhaïtien sur  les moyens de mener à bien la transition.  

9. Après la passation pacifique du pouvoir, le BINUH a poursuivi ses échanges  avec les dirigeants des partis politiques et les organisations de la société civile afin  d’encourager un dialogue constructif avec le Premier Ministre visant à faciliter la  transition. Pour continuer de diversifier ses activités de communication, il a organisé,  le 10 février, des consultations avec des représentants de la société civile au Cap – Haïtien (département du Nord). Les participants ont souligné qu’il fallait des espaces  de dialogue élargis, une plus grande transparence et l’adoption de mesures par le  Gouvernement tendant à créer les conditions nécessaires à la tenue d’élections. Le  12 février, le Représentant spécial du Secrétaire général pour Haïti s’est entretenu  avec le corps diplomatique afin de faire coïncider l’aide internationale avec les  priorités définies au niveau national et de plaider en faveur d’une assistance  coordonnée à la sécurité et aux préparatifs électoraux. 

10. Par ailleurs, dès le début de février, le Premier Ministre a entamé des  consultations avec les partis politiques, les représentants du secteur privé et les  dirigeants de la société civile afin de renforcer le cadre de transition et d’élargir  encore le soutien des parties prenantes. Les cycles de discussions ont abouti à la  signature du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections, présenté  officiellement au public le 23 février. Ouvert à la signature le 21 février, le Pacte a  été publié au journal officiel le 23 février, date à laquelle il comptait 350 signataires.  Il reste ouvert à d’autres signatures. Réunissant un large éventail de partis politiques,  dont Fanmi Lavalas, Parti haïtien Tèt Kale, Organisation du peuple en lutte, En avant,  Alliance pour une société sans exclusion et Rassemblement des démocrates nationaux  progressistes, l’initiative universitaire Congrès patriotique ainsi que des organisations  du secteur privé et les quatre chambres de commerce du pays, le Pacte appelle à la formation d’un cabinet ministériel impartial, technique et efficace 1 dirigé par le  Premier Ministre et ayant pour mandat de conduire le pays vers des élections. Il  convient de noter que certaines parties prenantes, notamment des signataires de  l’Accord de Montana, Pitit Dessalines, Initiative du 24 avril 2025 et Fusion des  sociaux-démocrates haïtiens, ont refusé de signer le Pacte, le qualifiant de trop peu  inclusif et dépourvu d’une échéance précise.  

11. Le Pacte national donne la priorité à la sécurité et à l’organisation d’élections  crédibles, appelant à un renforcement des capacités opérationnelles de la Police  nationale d’Haïti et des Forces armées d’Haïti, à l’établissement de protocoles de  coopération avec la Force de répression des gangs et à la reprise des activités de la  Commission nationale de désarmement, de démantèlement et de réinsertion. Il prévoit  également la création d’un comité de suivi multipartite chargé de faciliter l’exécution  du plan d’action pour la transition et réaffirme les engagements visant à  professionnaliser l’administration électorale, à garantir la fiabilité des listes  électorales et à inscrire les Haïtiens de l’étranger sur celles-ci. Lors de la présentation  du Pacte, le 23 février, le Représentant spécial s’est félicité de cette initiative politique  majeure menée par les Haïtiens et a souligné qu’il fallait traduire les engagements en  mesures concrètes tout en gardant le dialogue ouvert avec les non-signataires, notant  qu’une bonne mise en œuvre serait déterminante pour que la population continue  d’avoir confiance dans le processus de transition.  

12. Conformément au Pacte national, et à la suite d’une session extraordinaire du  Conseil des ministres tenue le 2 mars, le Premier Ministre a annoncé un remaniement  ministériel, qui a abouti à un cabinet de 18 membres, dont 11 nouveaux ministres et  un Secrétaire d’État à la communication, après le remplacement du Ministre de  l’économie et des finances à la fin de février. Il convient de noter que cinq femmes  ont été nommées ministres, portant la représentation féminine à près de 28 %. Ce  remaniement a suscité des réactions mitigées dans le monde politique. Certains  acteurs ont salué les efforts visant à élargir le soutien national au processus politique,  tandis que d’autres, notamment des représentants du Consensus politique pour le  redressement national et la réorientation de la transition, du Congrès national de  Ouanaminthe et des signataires de l’Accord de Montana, ont fait valoir que les  modalités de gouvernance actuelles n’étaient ni suffisamment inclusives ni propices  à la création des conditions politiques nécessaires à l’organisation d’élections  crédibles. Le mouvement de jeunes Lajenès kisa w vle a salué la formation d’un  nouveau cabinet ministériel, tout en appelant à l’application du principe de  responsabilité et à l’obtention de résultats. 

13. Les 13 et 19 mars à Port-au-Prince et le 31 mars au Cap-Haïtien, le BINUH a  facilité le dialogue entre les signataires et les non-signataires du Pacte national afin  de favoriser la relance du processus électoral. Tout en estimant que l’insécurité  constituait le principal obstacle à la tenue d’élections crédibles, les participants ont  également souligné qu’il fallait préserver la confiance dans le processus de transition  afin de garantir une passation de pouvoir pacifique et efficace à des autorités  démocratiquement élues. 

14. Grâce à ses échanges avec ses partenaires régionaux et bilatéraux, le Premier  Ministre a continué de renforcer le soutien international en faveur de la stabilisation  et du processus électoral en Haïti. À la cinquantième Réunion ordinaire de la  Conférence des chefs de gouvernement de la Communauté des Caraïbes, qui s’est  tenue à Saint-Kitts-et-Nevis du 24 au 27 février, il s’est employé à accroître le soutien  régional aux mesures visant à rétablir la sécurité, à renforcer l’autorité de l’État et à  créer les conditions nécessaires à la tenue d’élections libres, inclusives et crédibles.  Il s’est ensuite rendu au Chili, le 11 mars, pour l’investiture du Président. Il s’y est  entretenu avec des interlocuteurs régionaux, dont le Vice-Président d’El Salvador et  le Secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), des moyens de  renforcer la sécurité, de favoriser la stabilisation et de faciliter les préparatifs  électoraux. 

Préparatifs électoraux  

15. La signature du Pacte national a favorisé une convergence de vues plus large  entre les acteurs politiques, la compréhension commune étant que des élections  crédibles constituaient le seul moyen légitime de rétablir l’ordre constitutionnel et de  mettre fin aux modalités de gouvernance de transition.  

16. Tout en poursuivant ses activités de sensibilisation, le BINUH a continué de  fournir un soutien technique et stratégique au Conseil électoral provisoire et aux  autres parties prenantes. Le 26 février, le Conseil a lancé un cycle de consultations de  trois jours. La première journée, quelque 70 organisations de la société civile se sont  réunies, tandis que, le 27 février, plus de 100 partis et groupes politiques ont participé  à des consultations. Les discussions ont notamment porté sur le décret électoral en  vigueur, la mise en œuvre du calendrier électoral et les activités préparatoires déjà  menées. Par ailleurs, toujours le 27 février, le BINUH a participé à l’organisation d’un  atelier d’un jour dans le cadre du programme électoral commun du Conseil et de  l’Université d’État d’Haïti. À cette occasion, des experts et des universitaires haïtiens  ont discuté des principales difficultés à relever avant les élections, notamment en  matière de sécurité, de participation véritable, en particulier chez les jeunes et l es  femmes, et d’acceptation pacifique des résultats. 

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17. Du 2 au 12 mars, 320 partis politiques se sont enregistrés aux élections. Le  26 mars, le Conseil électoral a publié la liste des 282 partis autorisés à participer aux  élections. Le BINUH a continué d’améliorer la coordination avec ses partenaires  internationaux, dont l’OEA, l’Union européenne et l’Organisation internationale de  la Francophonie, afin d’apporter une assistance cohérente et efficace au processus  électoral. Lors d’une session de coordination organisée avec l’OEA le 2 mars, le  Représentant spécial a souligné qu’il importait d’arrimer à l’aide internationale une  compréhension commune des priorités opérationnelles, notamment en ce qui  concerne les conditions d’inscription sur les listes électorales et l’établissement du  budget, afin de garantir une action complémentaire et un dispositif d’appui cohérent  et coordonné. 

18. Conformément au calendrier électoral publié le 23 décembre 2025, le Conseil  électoral provisoire a mis la touche finale à son plan d’activités et présenté un budget  de 240 millions de dollars au pouvoir exécutif le 27 janvier. L’exécutif, qui aurait  émis des réserves concernant l’ampleur globale de la proposition, continue  d’examiner celle-ci.  

19. Au cours de la période considérée, le Bureau des Nations Unies pour les services  d’appui aux projets a renforcé sa présence grâce au déploiement complet de son  équipe électorale. Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)  a continué d’apporter un soutien opérationnel et technique au Conseil électoral  provisoire pour l’exécution du plan des activités électorales.  

III. Sécurité, état de droit et droits humains 

Violence armée et questions de sécurité 

20. Entre décembre 2025 et février 2026, les opérations de lutte contre les gangs se  sont intensifiées en Haïti. La Police nationale d’Haïti, soutenue par les Forces armées  d’Haïti et la Force de répression des gangs, a mené des opérations vigoureuses dans  des bastions de gangs de l’agglomération de Port-au-Prince et de ses environs.  Quelque 1 343 personnes soupçonnées d’appartenir à des gangs ont été tuées et 140  armes à feu ont été saisies lors de telles opérations. Le 20 janvier, lors d’une  conférence de presse, le Directeur général par intérim de la Police nationale d’Haïti a  exhorté les gangs armés à rendre les armes, affirmant que les forces de sécurité  disposaient désormais de moyens renforcés pour intervenir sur l’ensemble du  territoire.  

21. Au cours de la même période, le BINUH a recensé 2 444 victimes d’homicides  volontaires, dont 193 femmes, 20 filles et 34 garçons. Environ 64 % des victimes  étaient soupçonnées d’appartenir à des gangs. Ces chiffres représentent une hausse de  22,8 % par rapport aux 1 991 victimes d’homicides recensées au cours de la période  précédente. Les opérations de lutte contre les gangs ont également fait des victimes  parmi la population, 158 personnes ne faisant pas partie de gangs ayant été tuées et  108 blessées. Le BINUH a également recensé au moins 267 victimes d’enlèvements  (dont 44 femmes, 9 filles et 14 garçons), contre 264 au cours du trimestre précédent.  Les groupes d’autodéfense ont continué de perpétrer des meurtres, tuant au moins 106  membres présumés de gangs entre décembre 2025 et février 2026. 

22. En 2025, le BINUH a recensé un total de 9 063 victimes d’homicides (dont 765  femmes, 59 filles et 162 garçons), 58 % d’entre elles (5 269) étant des membres  présumés de gangs tués lors d’opérations policières, d’affrontements entre gangs ou  d’actes commis par des groupes d’autodéfense et des foules spontanées. Certaines  victimes ont été tuées ou blessées lors d’affrontements avec des groupes  d’autodéfense réagissant à des attaques de gangs, tandis que d’autres ont été agressées 

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parce qu’elles étaient soupçonnées d’appartenir à des gangs ou d’avoir commis des  délits de droit commun, comme des vols, ou parce qu’elles étaient accusées de  sorcellerie. Ces chiffres correspondent à un taux d’homicide de 76,13 pour 100 000  habitants, un des taux les plus élevés dans les Amériques et au monde. Plus de 90 %  des homicides ont été commis dans les départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du  Centre. Bien qu’il reste extrêmement élevé, le nombre d’enlèvements a diminué de  38,4 % en 2025, 1 268 cas ayant été recensés, contre 2 058 en 2024. 

23. Les gangs ont continué de porter atteinte aux droits humains, notamment dans  les zones sous leur contrôle : ils ont procédé à l’élimination ciblée d’au moins  36 personnes soupçonnées de coopérer avec la police, commis des actes de violence  contre des habitants résistant à des tentatives d’extorsion, exercé des violences  sexuelles généralisées – en particulier contre des filles et des jeunes femmes (viols,  exploitation sexuelle et esclavage sexuel) – et pratiqué la traite d’enfants à des fins  de recrutement et d’exploitation. À Kenscoff (département de l’Ouest), des cellules  de gangs solidement implantées ont procédé à des tirs aveugles contre la population  en représailles à la collaboration présumée d’habitants avec la police. Entre janvier et  le 31 mars, au moins 29 personnes ont été tuées et 1 autre blessée, et 88 habitations  ont été incendiées. Dans le département du Centre, les gangs ont maintenu une  présence à Mirebalais et à Saut-d’Eau, où au moins une personne a été tuée et neuf  autres blessées, tandis que la majorité de la population reste déplacée de force dans  des communes voisines. Les opérations de police, souvent appuyées par un groupe  d’autodéfense local, ont permis d’empêcher l’expansion des gangs vers l’est, en  direction de Lascahobas. Simultanément, des gangs basés à Port-au-Prince ont étendu  leur influence jusqu’à Marigot (département du Sud-Est). Une attaque armée contre  cette localité a été rapportée le 30 janvier. Entre le 29 et le 31 mars, des membres de  gangs lourdement armés ont lancé des attaques coordonnées de grande ampleur dans  les communes de Marchand Dessalines, Montrouis et Petite-Rivière-de-l’Artibonite  (département de l’Artibonite), faisant des dizaines de morts et de blessés et causant  des dégâts considérables. Au cours de ces attaques, qui ont eu lieu pendant la nuit, les  victimes ont été abattues dans leur cour ou devant l’entrée de leur domicile. D’autres  ont été tuées ou blessées dans la rue alors qu’elles tentaient de fuir. Comme l’a  annoncé un chef de gang sur les médias sociaux, ces localités ont été prises pour cibles  car elles abritaient des groupes d’autodéfense qui s’opposaient activement aux  activités criminelles des gangs.  

24. Lors d’une réunion stratégique de haut niveau tenue le 25 février, le  Gouvernement et la Police nationale d’Haïti ont adopté de nouvelles mesures visant  notamment à optimiser les patrouilles motorisées et les postes fixes de contrôle, à  intensifier les opérations préventives et offensives dans tous les départements, à  améliorer le contrôle interne et l’identification visible des agents et à multiplier les  contrôles routiers et les fouilles ciblées. Ils ont également décidé de renforcer le  dialogue avec les citoyens et d’améliorer la coordination avec les autorités judiciaires  et locales afin de rétablir l’autorité de l’État et d’augmenter la confiance de la  population. Le 5 mars, l’organisation de défense des droits humains Fondasyon je  klere a publié un rapport public dans lequel elle a demandé aux autorités nationales  de respecter les principes de transparence et de bonne gouvernance dans la conclusion  de contrats avec des entreprises privées étrangères pour des services relatifs à la  sécurité, au système pénitentiaire, aux douanes et à l’immigration.  

Justice, impunité et corruption 

25. En collaboration avec le PNUD, le BINUH a continué d’aider les autorités  haïtiennes et les acteurs du système judiciaire à lutter contre la détention provisoire  prolongée. Le 19 janvier, le Ministre de la justice et de la sécurité publique a lancé  une « caravane » nationale de réduction de la surpopulation carcérale et de la 

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détention provisoire prolongée. Une audience en habeas corpus tenue dans le cadre  de la phase pilote au tribunal de première instance de Port-au-Prince a abouti à la  libération de 19 personnes incarcérées pour des infractions mineures. Le 20 février,  le BINUH et le Ministre sont convenus d’actualiser la stratégie nationale relative à la  détention provisoire prolongée. En janvier et février, grâce au soutien continu du  BINUH, du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) et  du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), neuf garçons et trois filles,  qui étaient en détention provisoire prolongée au Centre de réinsertion des mineurs en  conflit avec la loi, ont été libérés. 

26. Au 8 avril, la population carcérale nationale s’élevait à 7 551 détenus (dont 436  femmes, 240 garçons et 21 filles), parmi lesquels 6 262 (82,93 %) étaient en détention  provisoire. Les prisons fonctionnaient à 312 % de leurs capacités, ce qui représentait  en moyenne 0,34 mètre carré par détenu. Les conditions de détention sont restées  médiocres, le sous-financement chronique et le manque de personnel continuant  d’empêcher toute amélioration, ce qui a souvent donné lieu à des évasions de  personnes à haut risque.  

27. Plusieurs affaires judiciaires très médiatisées ont peu avancé. Les enquêtes  visant un ancien sénateur, Victor Prophane, inscrit le 27 septembre 2024 sur la liste  des sanctions du Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 2653 (2022) concernant Haïti, ainsi que d’autres personnes accusées de soutenir des gangs sont  closes et les affaires sont en attente de jugement. Dans l’affaire concernant des  membres de l’Église épiscopale d’Haïti (juillet 2022), le deuxième juge d’instruction  a remis son rapport final au tribunal, recommandant que des poursuites soient  engagées contre de nouvelles personnes, notamment d’anciens hauts responsables.  Les affaires de trafic d’armes à Port-de-Paix (juillet 2022) et à Belladère (mars 2025)  ont peu progressé. Le 10 mars, une procédure pénale a été engagée devant un tribunal  fédéral de Miami (États-Unis d’Amérique) contre quatre prévenus dans le cadre de  l’assassinat du Président Jovenel Moïse, survenu le 7 juillet 2021. 

28. Le 5 février, la Direction centrale de la police judiciaire a émis des mandats  d’arrêt contre plusieurs personnes, dont un ancien maire de Port-au-Prince, un ancien  parlementaire et un homme d’affaires soupçonnés de financement du terrorisme, de  blanchiment d’argent, de conspiration contre l’État et d’association de malfaiteurs.  

29. Le BINUH, le HCDH et l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime  (ONUDC) ont continué de faciliter la mise en service des deux unités judiciaires  spécialisées créées en 2025. L’une d’entre elles mènera des enquêtes sur les violations  des droits humains, notamment les massacres et les violences sexuelles, et engagera  des poursuites, tandis que l’autre se consacrera avant tout aux affaires complexes de  corruption et de criminalité financière. Du 11 au 24 mars, 20 agents de la police  judiciaire et 35 juges affectés aux unités spécialisées ont suivi une formation sur les  techniques d’enquête, les méthodes d’interrogatoire ainsi que la collecte et la  conservation des éléments de preuve. Le Gouvernement a également signé le bail du  bâtiment qui abritera ces unités, le HCDH ayant fourni le matériel de bureau  nécessaire à leur bon fonctionnement. 

30. Au début de 2026, des grèves ont continué de perturber le fonctionnement du  système judiciaire. Le 9 février, l’Association nationale des greffiers haïtiens a  observé une grève nationale de quatre jours pour protester contre le non-paiement des  primes et demandé au Ministère de la justice et de la sécurité publique de répondre à  ses revendications. Par ailleurs, la grève déclenchée le 17 novembre 2025 par les  procureurs des 18 juridictions du pays s’est poursuivie jusqu’à sa suspension  temporaire, le 20 février, par le Collectif des magistrats debout d’Haïti. Ces mesures  parallèles ont considérablement réduit l’activité des tribunaux du pays. Dans ce  contexte, la collaboration du BINUH avec les autorités nationales a contribué à 

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l’action visant à répondre aux revendications tout en garantissant le maintien des  services minimaux. 

31. Le 5 mars, lors d’une réunion avec des partenaires internationaux, le Ministre  de la justice et de la sécurité publique a annoncé le renforcement des mesures  préparatoires prises pour appliquer les nouveaux Code pénal et Code de procédure  pénale. Dans cette optique, des initiatives comme la formation des acteurs du système  judiciaire et l’adoption d’importantes mesures législatives ou institutionnelles et  mesures de renforcement des capacités, visant à favoriser l’entrée en vigueur rapide  des Codes, ont été présentées par la commission ad hoc nouvellement nommée par le  Ministre en septembre 2025 pour remplacer l’ancienne Commission de mise en œuvre  de la réforme pénale, l’objectif étant une plus grande efficacité. 

32. Les poursuites concernant des violations graves des droits humains, notamment  les massacres de Grand Ravine (2017), de La Saline (2018) et de Bel-Air (2019),  n’ont pas véritablement progressé. Dans l’affaire du massacre de Wharf Jérémie  (décembre 2024), la procédure est au point mort depuis octobre 2025.  

Désarmement, démantèlement et réinsertion et lutte contre la violence  de proximité 

33. Le 24 février, le Gouvernement a reconstitué la Commission nationale de  désarmement, de démantèlement et de réinsertion et en a nommé les trois membres.  Cette décision visait à rétablir une institution nationale chargée de piloter les mesures  de désarmement et de lutte contre la violence de proximité, après que le Conseil  présidentiel de transition a dissout la Commission précédente, le 2 mai 2025, face à  la controverse entourant sa direction. La Commission a également été l’interlocutrice  principale des partenaires internationaux en ce qui concerne les questions liées au  désarmement, au démantèlement et à la réinsertion, à la réduction de la violence de  proximité ainsi qu’à la gestion des armes et des munitions. Le BINUH a  immédiatement pris contact avec la nouvelle Commission nationale de désarmement,  de démantèlement et de réinsertion et donné à ses membres des conseils techniques  sur les moyens de relancer les initiatives menées par les Haïtiens pour lutter contre la  violence des gangs.  

34. Parallèlement, le BINUH a continué de soutenir les initiatives menées par le  groupe de travail interministériel chargé de la stratégie nationale et facilitées par le  groupe de travail interinstitutions des Nations Unies présent dans le pays, composé  de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), du PNUD, de l’UNICEF,  du Centre régional des Nations Unies pour la paix, le désarmement et le  développement en Amérique latine et dans les Caraïbes ainsi que d’autres entités des  Nations Unies.  

35. Le 25 février, le BINUH a facilité des échanges techniques sur la gestion des  armes et des munitions entre ses homologues haïtiens, le Centre régional et  l’ONUDC. Les discussions ont porté sur le renforcement des cadres réglementaires,  l’amélioration de la gestion sûre des stocks d’armes et la prévention du trafic, tout en  mettant l’accent sur la nécessité de promouvoir le projet de loi, en attente, sur la  gestion des armes et des munitions. 

36. Le 20 février, dans le cadre d’un programme de recherche et d’action soutenu  par le Fonds pour la consolidation de la paix, 12 jeunes chercheurs ont présenté des  analyses thématiques sur les causes et les conséquences de la violence des gangs,  enrichissant les données locales pour éclairer l’élaboration des programmes de  prévention. Les 24 et 27 février, le BINUH a appuyé le lancement de l’initiative  sportive « Ti Mondial – Sport for Peace », menée par la société civile et soutenue par  le Fonds pour la consolidation de la paix pour favoriser la participation véritable des  jeunes, la cohésion sociale et la prévention du recrutement par les gangs.

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Institutions nationales des droits humains et organisations de la société civile 

37. Entre janvier et février, 12 affaires de violations des droits humains mettant en  cause des policiers et ayant fait 30 victimes ont été renvoyées à l’Inspection générale  de la Police nationale d’Haïti à des fins d’enquête et de sanction disciplinaire ou de  poursuites éventuelles. Les renvois étant effectués chaque trimestre, l’Inspection  générale ne devrait se saisir de ces affaires que début avril. Compte tenu de leur  gravité, deux affaires de meurtre (une femme et une fille) avaient déjà été traitées :  les enquêtes étant closes, l’Inspecteur général en chef doit encore approuver leur  renvoi en justice. En mars 2025, 125 affaires (concernant 222 victimes) signalées par  le BINUH et le HCDH en 2025 avaient donné lieu à l’ouverture d’une enquête, mais  aucune de ces enquêtes n’avait abouti ni n’avait été entérinée par l’Inspecteur général  en chef. 

38. La formation et l’assistance technique fournies par le BINUH et le HCDH ont  favorisé l’application du principe de responsabilité par la police et l’intégration des  normes internationales relatives aux droits humains dans les opérations policières. En  février et mars, 65 enquêteurs de l’Inspection générale des départements de l’Ouest  et du Nord ont été formés aux techniques d’enquête. L’Académie nationale de police  a bénéficié d’un soutien pour adapter des modules sur les normes internationales  relatives aux droits humains applicables aux opérations policières. En avril,  25 instructeurs de police ont suivi une formation de formateurs sur les normes  internationales relatives aux droits humains et 1 200 nouvelles recrues de la police  ont été formées aux principes internationaux régissant l’usage de la force létale. 

39. Le projet dans le cadre duquel 28 membres de 23 organisations nationales de  défense des droits humains avaient suivi une formation sur les droits humains au  premier semestre de 2025 s’est poursuivi avec un volet mentorat visant à aider ces  personnes à élaborer et à réaliser des projets dans ce domaine. On les a ainsi aidées à  garantir le respect des exigences des donateurs et à favoriser les partenariats avec les  organisations internationales, notamment en matière de transparence, d’application  du principe de responsabilité, de gestion financière, de suivi des projets et  d’établissement de rapports sur les projets.  

IV. La résolution 2793 (2025) du Conseil de sécurité 

40. En application de la résolution 2793 (2025) du Conseil de sécurité, le Bureau  d’appui des Nations Unies en Haïti (BANUH) s’est acquitté, le 31 mars, du mandat  qui lui avait été confié, à savoir d’apporter à la Force de répression des gangs un  soutien logistique et opérationnel complet dans les six mois suivant l’adoption de la  résolution. Parmi les grandes étapes de la mise en place du BANUH, on peut citer la  mise en place des installations essentielles et des services nécessaires pour appuyer  la Force de répression des gangs, comme les capacités en matière d’aviation civile et  les services médicaux, la fourniture de rations et de carburant, le transport de  marchandises et le déploiement initial de contingents. Ces étapes ont été franchies  grâce au déploiement rapide de moyens supplémentaires en matière de soutien  opérationnel et logistique, à la nomination et au déploiement à Port-au-Prince de la  Chef de la Mission et du Directeur de l’appui à la mission, le 19 mars et le 24 janvier  respectivement, ainsi qu’au recrutement de 87 membres du personnel du BANUH  déployés en Haïti et en République dominicaine, appuyés par 45 membres du  personnel fournis en renfort par d’autres missions et entités du Secrét ariat. Le  1er février, le BANUH a pris en charge la fourniture au BINUH, moyennant recouvrement  des coûts, de l’ensemble des services d’appui généralement fournis aux missions. 

41. Des installations visant à aider la Force de répression des gangs étaient en cours  de mise en place dans plusieurs endroits de Port-au-Prince. Les opérations aériennes 

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ont commencé, le premier hélicoptère civil affrété ayant été déployé le 12 janvier,  suivi d’un deuxième hélicoptère le 25 mars. Le bureau du BANUH à Saint-Domingue  a été établi le 20 janvier pour assurer des fonctions à distance, notamment les  fonctions liées aux ressources humaines et aux transactions financières, et faciliter les  évacuations sanitaires du personnel de la Force de répression des gangs et du  personnel des Nations Unies.  

42. Le fonds d’affectation spéciale des Nations Unies créé en application de la  résolution 2699 (2023) du Conseil de sécurité afin d’appuyer la mise en service de la  Mission multinationale d’appui à la sécurité en Haïti, a élargi son champ d’action  pour permettre la bonne exécution du mandat de la Force de répression des gangs. Au  total, 13 États Membres s’étaient engagés à verser 203 301 149 dollars de contributions  volontaires ; 174 050 628 dollars ont été reçus en espèces et d’autres contributions  devraient être versées à l’avenir. Sur les 174,1 millions de dollars reçus, 58,5 millions  ont été dépensés, la majeure partie ayant servi à financer les prestations dues au  personnel (41 %) et les évacuations sanitaires primaires et secondaires (32 %). 

43. Le HCDH a continué d’aider la Force de répression des gangs en organisant des  formations sur le droit international des droits humains et les normes relatives aux  droits humains à l’intention du personnel nouvellement déployé, portant la proportion  des effectifs formés à 75 % des 998 membres du personnel déployés en Haïti. Il a  continué de faciliter le dialogue entre, d’une part, la Force de répression des gangs et,  d’autre part, la population et les organisations de la société civile en faisant mieux  comprendre le mandat de la Force et en aidant la société civile à constater les  éventuelles violations des droits humains impliquant des membres de la Force, à  signaler ces cas en toute sécurité au moyen du mécanisme de plainte et de signalement  et à soutenir les victimes conformément au principe « ne pas nuire ». Le 17 mars, le  HCDH a lancé une campagne pour faire connaître le numéro d’appel mis en place en  décembre 2025 pour le signalement de violations. Dans le cadre de cette campagne,  dans les départements de l’Ouest et de l’Artibonite, les partenaires nationaux  organisaient des manifestations sportives et culturelles, placardaient des affiches dans  les lieux publics et diffusaient des spots radio. 

V. Les femmes et la paix et la sécurité 

44. Entre le 1er décembre et le 28 février, le dispositif de surveillance, d’analyse et  de communication mis en place par le BINUH pour assurer le suivi des cas de violence  sexuelle étant le fait de personnes armées a enregistré 277 actes de violence sexuelle  ayant fait 302 victimes (234 femmes, 54 filles, 1 homme et 3 garçons). Les viols  collectifs sont restés la principale forme de violation (77 %). Bien que 166 faits se  soient produits avant la période considérée, les entités des Nations Unies n’en ont été  informées que plus tard, ce qui souligne les obstacles qui subsistent au signalement  des violences sexuelles et à l’accès à l’aide. 

45. Au cours de la même période, le groupe de la protection, par l’intermédiaire de  son forum de coordination en matière de violence de genre, a enregistré 2 013 cas de  violence de genre signalés par les acteurs humanitaires, dont 57 % concernaient des  viols ou des agressions sexuelles. Grâce à des centres de soins mobiles, le Fonds des  Nations Unies pour la population a distribué 29 trousses d’intervention pour les cas  de viol afin de renforcer les services de prise en charge clinique d’urgence et remis  des kits dignité à 1 245 femmes et filles.  

46. Le système des Nations Unies a continué de faciliter l’action menée par la Police  nationale d’Haïti pour lutter contre la violence sexuelle. Du 29 au 30 janvier, le  HCDH et l’Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des  femmes (ONU-Femmes) ont formé 31 agents de la police nationale (dont 22 femmes) 

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à la mise en place et à la fourniture d’une aide centrée sur les personnes survivantes.  Avec l’aide des Nations Unies, la Police nationale d’Haïti a organisé une  manifestation sportive à l’intention de 500 élèves (dont 200 filles) visant à les  sensibiliser à la violence sexuelle et à augmenter la confiance entre les établissements  scolaires et la police. Du 23 au 26 février, le HCDH a formé 31 participants (dont  21 femmes), notamment des policiers et des membres d’organisations de la société  civile, à des techniques de langue des signes permettant de faciliter la communication  avec les personnes sourdes ou malentendantes ayant survécu à des violences sexuelles. 

47. Avec l’aide du PNUD et d’ONU-Femmes et la participation du Ministère à la  condition féminine et aux droits des femmes, de la Police nationale d’Haïti et du  Bureau d’aide juridique, le modèle de juridiction en matière de violence de genre au  Cap-Haïtien a organisé des audiences mobiles entre le 24 janvier et le 2 février 2026.  Trois sessions ont été tenues dans des zones reculées du département du Nord,  touchant 224 participants (dont 113 femmes) ; 10 faits ont été consignés en vue d’une  enquête approfondie. 

48. En janvier, le Ministère à la condition féminine et aux droits des femmes a  adopté son programme de travail annuel, érigeant en priorité la participation politique  des femmes dans la perspective des élections à venir, la prévention de la violence de  genre pendant les opérations électorales et la promotion d’une représentation  équitable dans les organes de décision. Il a également formé la première promotion  de son projet d’insertion socioéconomique, soit 289 jeunes femmes et mères ayant  reçu une formation dans les domaines du bâtiment, de l’électricité, de l’énergie solaire  et des technologies de l’information, ce qui a permis de renforcer l’autonomisation  économique des femmes, de s’attaquer aux vulnérabilités structurelles face à la  violence et de favoriser la cohésion sociale et la prévention des conflits. 

49. Du 19 au 21 février, en collaboration avec le Ministère de la santé et le Ministère  de la justice et de la sécurité publique, et avec le soutien des Nations Unies, le  Ministère à la condition féminine et aux droits des femmes a organisé un atelier visant  à améliorer la coordination et la lutte contre la violence de genre. Le 6 mars, le  Représentant spécial a pris part aux célébrations nationales organisées par le  Ministère à l’occasion de la Journée internationale des femmes et souligné que l’ONU  était déterminée à promouvoir la participation politique des femmes et à lutter contre  la violence de genre. 

VI. Chômage, jeunesse et groupes vulnérables 

Situation socioéconomique 

50. La situation socioéconomique d’Haïti a continué de se détériorer, plus de 60 %  de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté national et près de 30 % vivant  dans l’extrême pauvreté. Bien que le budget national pour l’exercice 2025-2026 ait  été fondé sur des perspectives de croissance légèrement positives, selon les  projections du Fonds monétaire international publiées en février 2026, les  perspectives macroéconomiques demeuraient fragiles, la contraction économique  devant se poursuivre en 2026 compte tenu de l’insécurité persistante et des  répercussions économiques durables de l’ouragan Melissa. Le marché du travail a  continué d’être marqué par une prédominance du marché informel (plus de 80 % des  emplois étant informels) et par un accès limité à des moyens de subsistance stables,  en particulier pour les jeunes et les femmes. 

51. Dans le département de la Grande-Anse, 31 jeunes (17 femmes et 14 hommes)  ont pris part à une formation organisée entre octobre et février dans le cadre d’une  initiative visant à améliorer les moyens de subsistance des jeunes. La formation a 

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porté sur l’artisanat à base de bambou, l’agroforesterie et l’entrepreneuriat  numérique, associant création de revenus et restauration de l’environnement. Par  ailleurs, en février 2026, 80 emplois avaient été créés dans 40 centres d’achat de cacao  soutenus par l’ONU, dont 15 nouveaux centres ouverts en janvier et février 2026. 

52. L’ONU a également continué d’encourager la participation des jeunes et des  femmes aux processus de consolidation de la paix et de créer un environnement  propice au développement. Entre le 21 janvier et le 4 février, des consultations  organisées au Cap-Haïtien et aux Cayes, avec le soutien du Fonds pour la  consolidation de la paix, ont permis d’élaborer des stratégies de prévention des  conflits pour la période après 2027. Ces activités sont venues compléter d’autres  initiatives soutenues par le Fonds pour la consolidation de la paix et menées par des  organisations de défense des droits des femmes, dans le cadre desquelles une plateforme  regroupant 50 médiatrices formées a été créée, au titre de la résolution 1325 (2000) du  Conseil de sécurité. Par ailleurs, une initiative menée par des jeunes a été lancée par  le BINUH et le HCDH afin de favoriser l’appropriation par le pays de la  résolution 2250 (2015) du Conseil. Elle visait à renforcer la participation des jeunes  à la prise de décision publique, notamment par la création de structures nationales et  locales spéciales dirigées par des jeunes.  

Protection sociale et sécurité alimentaire 

53. L’insécurité alimentaire est restée généralisée. L’analyse du Cadre intégré de  classification de la sécurité alimentaire, qui fait des projections allant jusqu’en juin  2026, est restée valable et a montré que 5,7 millions de personnes étaient en proie à  une insécurité alimentaire aiguë (phase 3) ou pire – soit 51 % de la population ayant  fait l’objet de l’analyse –, dont près de 2 millions de personnes en situation d’urgence.  Selon une analyse publiée en février 2026, entre 2023 et 2025, 2 800 hectares de t erres  agricoles, dont 7,4 % des terres cultivées du département de l’Artibonite, avaient été  abandonnés du fait de l’insécurité et du déplacement de la main-d’œuvre. Les marchés  ont continué d’être gravement perturbés par les barrages routiers, les attaques armées  et les fermetures de marchés, ce qui a entraîné une hausse chronique des prix  alimentaires. En octobre 2025, l’ouragan Melissa a causé d’importants dégâts à  l’agriculture et à l’élevage dans le département du Sud.  

Protection de l’enfance  

54. Les enfants continuent de courir davantage de risques de traite et de recrutement  par des gangs armés, ce qui les expose à des mauvais traitements et à l’exploitation.  Selon l’UNICEF, les recrutements auraient bondi de 200 % en 2025, ce qui témoigne  d’une forte augmentation de l’exploitation de l’enfant dans un climat de plus en plus  violent. L’UNICEF et ses partenaires ont continué de faciliter l’identification et la  réinsertion des enfants concernés, plus de 500 enfants ayant bénéficié d’une aide  depuis 2024 dans le cadre de programmes de protection.  

55. Au premier trimestre de 2026, dans le cadre de l’application du protocole relatif  au transfert, le BINUH, en collaboration avec l’UNICEF et d’autres membres de  l’équipe de pays des Nations Unies, a aidé le Gouvernement à mettre en place une  équipe spéciale conjointe chargée de coordonner les interventions liées à la libération,  au transfert et à la réinsertion des enfants qui seraient associés à des gangs. Un plan – cadre de coopération entre l’UNICEF et la police des mineurs était en cours  d’élaboration afin de renforcer la protection des enfants en conflit avec la loi, en  particulier ceux liés à des gangs. Parallèlement, un centre de réadaptation situé aux  Cayes (département du Sud) et pouvant accueillir plus de 600 enfants était en cours  de rénovation avant le déploiement de la Force de répression des gangs, en prévision  de l’augmentation attendue du nombre d’enfants libérés.

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VII. Services sociaux de base et résilience des ménages 

Besoins humanitaires et accès aux services de base 

56. L’insécurité croissante, les déplacements massifs et les graves difficultés de  financement ont aggravé la situation humanitaire. Selon les partenaires humanitaires,  6,4 millions d’Haïtiens ont besoin d’une aide humanitaire en 2026, soit une  augmentation de 6,7 % par rapport à 2025. 

57. Le nombre de déplacements internes a continué d’augmenter. Selon l’OIM, en  février 2026, plus de 1,45 million de personnes, dont plus de la moitié étaient des  enfants, ont été déplacées à l’intérieur du pays, le département de l’Artibonite  enregistrant la plus forte augmentation (23 %). L’éducation de plus de 741 000 enfants  a été entravée par des perturbations liées aux déplacements de population et de  nombreuses écoles servaient de centres d’accueil.  

58. Parallèlement, les migrations forcées se sont intensifiées. En 2025, 270 214  migrants haïtiens (environ 25 % de femmes et 10 % d’enfants) ont été renvoyés de  force dans leur pays, soit une augmentation de 36 % par rapport à 2024. Beaucoup se  trouvaient dans une situation de grande vulnérabilité. La grande majorité des  personnes expulsées venaient de République dominicaine. Selon l’OIM, 85 % d’entre  elles avaient émigré principalement pour des raisons économiques. Entre janvier et  mi-mars 2026, 52 000 personnes avaient déjà été expulsées, ce qui a exercé une  pression supplémentaire sur les populations frontalières déjà vulnérables.  

59. Les services de santé ont continué d’être fortement perturbés, seuls environ  10 % des établissements de santé dotés de capacités d’hospitalisation étant  pleinement opérationnels dans le pays. Dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince,  l’Hôpital universitaire La Paix est resté le seul établissement hospitalier pouvant  offrir des soins spécialisés. 

60. Le Programme alimentaire mondial a prévu d’élargir, en 2026, son aide à  l’alimentation scolaire à 800 000 enfants dans le cadre de l’approche fondée sur le  lien entre l’action humanitaire, le développement et la paix. Cet élargissement  s’appuie sur les données consolidées de 2025 publiées en février 2026, qui montrent  que 639 297 enfants (40 % de filles) ont reçu des repas chauds quotidiens, ce qui a  amélioré la sécurité alimentaire et nutritionnelle ainsi que les taux de scolarisation et  de présence et les résultats scolaires. Ces effets ont été amplifiés par le fait que 70 %  des achats locaux provenaient de 239 coopératives agricoles (32 789 membres, dont  15 351 femmes), ce qui a permis d’injecter plus de 13 millions de dollars dans  l’économie locale et de renforcer la résilience de la population.  

61. En 2025, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture  est venue en aide à près de 150 000 ménages vulnérables en situation d’insécurité  alimentaire aiguë, a distribué 207 tonnes de semences et a formé 4 400 personnes.  Elle entendait renforcer ses interventions dans le cadre de l’approche fondée sur le  lien entre l’action humanitaire, le développement et la paix afin d’améliorer les  systèmes alimentaires locaux et la résilience des populations rurales, en favorisant la  résilience des agriculteurs face aux chocs, la gestion durable des ressources naturelles  et les chaînes de valeur des principales cultures (riz, manioc, haricots et maïs). 

62. Le financement humanitaire est resté gravement insuffisant, ce qui a limité  l’ampleur des interventions dans les domaines de la santé, de l’éducation ainsi que de  l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène. Au 13 mars 2026, le plan de réponse  humanitaire pour 2026, d’un montant de 880 millions de dollars, était financé à  hauteur de 18,4 %.

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VIII. Exploitation et atteintes sexuelles 

63. Du 1er décembre au 28 février, le BINUH n’a enregistré aucune allégation  d’exploitation et d’atteintes sexuelles impliquant son personnel ou celui de missions  précédentes des Nations Unies. En janvier 2026, le réseau de protection contre  l’exploitation et les atteintes sexuelles, constitué du BINUH, d’organismes des  Nations Unies et d’organisations non gouvernementales nationales ou internationales,  a organisé un atelier pour 40 personnes référentes, l’objectif étant d’élaborer un plan  d’action et de mieux en coordonner l’exécution. Un groupe de 66 acteurs humanitaires  a suivi une formation sur la protection contre l’exploitation et les atteintes sexuelles  et sur les canaux de signalement.  

64. Le système des Nations Unies recensait les formations sur l’exploitation et les  atteintes sexuelles offertes à son personnel ; selon les résultats préliminaires, 1 059  membres du personnel avaient suivi une formation et 130 partenaires de réalisation  de l’ONU avaient évalué leurs capacités en matière de lutte contre l’exploitation et  les atteintes sexuelles. Des mesures étaient prises pour planifier le lancement du  protocole des Nations Unies sur l’aide aux victimes. Une assistance technique avait  également été apportée aux groupes de coordination intersectoriels et au groupe de  travail sur les transferts monétaires en ce qui concerne l’intégration de la protection  contre l’exploitation et les atteintes sexuelles.  

IX. Observations 

65. Malgré des difficultés persistantes, Haïti est entré dans une phase décisive de sa  transition, en assurant la continuité institutionnelle et en faisant des progrès en faveur  d’un retour à l’ordre constitutionnel. Je me félicite que le mandat du Conseil  présidentiel de transition ait pris fin dans le calme et que le pouvoir exécutif ait été  transféré de manière pacifique, le 7 février, au Conseil des ministres, sous la direction  du Premier Ministre. 

66. Je me félicite également des échanges intersectoriels qui ont abouti à la  signature du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections, qui a  réaffirmé que la sécurité et les élections étaient les moyens, convenus d’un commun  accord, de rétablir les institutions démocratiques. J’encourage la poursuite du  dialogue avec toutes les parties visant à maintenir et à continuer de renforcer  l’adhésion nationale en faveur de la mise en œuvre des priorités de la transition. Par  ses bons offices, le BINUH entretiendra des relations équilibrées avec l’ensemble des  parties prenantes afin de continuer à jouer un rôle essentiel dans la facilitation d ’un  dialogue interhaïtien inclusif tendant à faire avancer le processus politique et à  accélérer le transfert pacifique du pouvoir aux autorités élues. La capacité des  autorités nationales de faire des progrès en temps voulu dans les domaines de la  sécurité, des services publics et des préparatifs électoraux sera indispensable pour  augmenter la crédibilité et maintenir la confiance dans les efforts visant à mener à  bien la transition et à rétablir les institutions démocratiques.  

67. Dans cette optique, je tiens à féliciter les autorités nationales d’avoir fait avancer  les préparatifs électoraux techniques, notamment grâce à l’enregistrement des partis  politiques, une des étapes les plus importantes franchies ces dernières années. Pour  maintenir le cap, il faudra un engagement politique sans faille, une coordination  constante et des ressources prévisibles. Le BINUH continuera de coordonner  l’assistance électorale internationale en coopération avec d’autres acteurs régionaux  et internationaux et d’aider les autorités électorales à continuer de renforcer leur  collaboration avec les partis politiques, les organisations de la société civile et  d’autres parties prenantes pour améliorer la transparence, instaurer la confiance et 

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favoriser la participation citoyenne. Ces éléments demeurent essentiels pour garantir  un processus électoral crédible et une passation de pouvoir pacifique aux autorités  élues. Je compte que des décisions opérationnelles importantes nécessaires à la  poursuite du processus électoral, notamment en matière de financement des élections,  seront prises rapidement, ce qui permettra de respecter le calendrier électoral et de  régler sans délai toutes les questions budgétaires et juridiques en suspens. 

68. Je salue les mesures prises par les autorités nationales pour promouvoir une  participation inclusive au processus politique et garantir la représentation et le rôle  de premier plan des femmes aux postes clés de l’administration publique, notamment  la nomination de cinq femmes ministres, qui porte la représentation féminine à près  de 28 %. Je tiens par ailleurs à saluer l’action menée par le Ministère à la condition  féminine et aux droits des femmes pour lutter contre les violences sexuelles, qui  touchent principalement les femmes et les filles. Le BINUH et l’équipe de pays des  Nations Unies sont prêts à apporter leur soutien et à fournir des conseils stratégiques  pour renforcer les mécanismes d’orientation, améliorer l’état de droit et garantir une  approche globale centrée sur les personnes survivantes. 

69. Je reste préoccupé par la situation des droits humains et souligne qu’il faut  mettre en place des mécanismes efficaces d’application du principe de responsabilité  pour donner suite à tous les signalements de violations et d’atteintes. Je salue les  mesures prises par les autorités haïtiennes et les institutions chargées de la sécurité  pour lutter contre la violence des gangs et rétablir l’autorité de l’État, ce qui contribue  à créer les conditions propices à la tenue d’élections crédibles. Il n’en reste pas moins  que toutes les opérations de sécurité et de maintien de l’ordre doivent respecter  pleinement les normes et les règles nationales et internationales en matière de droits  humains et être accompagnées d’un mécanisme de contrôle crédible permettant  d’examiner les allégations faisant état d’un emploi excessif de la force. 

70. Je me félicite de la mise en service du BANUH, qui contribue grandement à  l’aide internationale à la sécurité. Malgré les difficultés liées à la création de  dispositifs d’appui dans un environnement à haut risque et doté de faibles  infrastructures, le Bureau a franchi les étapes énoncées dans la résolution 2793 (2025) du Conseil de sécurité, notamment en se tenant prêt à aider la Force de répression des  gangs à partir du 1er avril 2026. Je demande donc aux États Membres d’accélérer et  d’achever le déploiement de la Force de répression des gangs afin de renforcer les  efforts de stabilisation faits par les Haïtiens. 

71. Malgré ces avancées encourageantes, les difficultés à surmonter restent  considérables. La violence des gangs continue de saper l’autorité de l’État et de  perturber la vie quotidienne dans plusieurs régions du pays. Les effets  disproportionnés de la violence des gangs, en particulier sur les femmes, les enfants  et les jeunes, y compris les actes graves de violence sexuelle et fondée sur le genre,  ne montrent aucun signe d’atténuation. Si les opérations de sécurité ont permis de  secouer certains bastions de gangs et d’améliorer localement la circulation et le retour  des personnes, la situation générale en matière de sécurité reste fragile et inégale. Les  enlèvements et autres formes de criminalité continuent d’éroder la confiance de la  population et de restreindre l’espace civique. Les obstacles qui en découlent en  matière de mobilité et d’accès aux marchés et aux services essentiels affaiblissent  encore davantage une économie déjà fragile, ce qui montre qu’une stabilisation  durable est indispensable pour un relèvement économique plus large et un  développement durable.  

72. Pour parvenir à une stabilisation durable, il faudra que les mesures de répression  et les opérations de sécurité soient accompagnées de stratégies à plus long terme  visant à réduire la violence et à prévenir le recrutement par les gangs. Le BINUH  continuera de favoriser les initiatives menées par les Haïtiens en matière de 

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désarmement, de démantèlement et de réinsertion ainsi que de lutte contre la violence  de proximité. Je me félicite de la reprise des activités de la Commission nationale de  désarmement, de démantèlement et de réinsertion et encourage l’élaboration de  solutions viables destinées à aider les personnes, en particulier les enfants et les  jeunes associés aux gangs, à quitter ceux-ci en toute sécurité et à favoriser leur  désengagement et leur réadaptation. En coopération avec l’équipe de pays des Nations  Unies, le BINUH facilitera le renforcement des capacités nationales pour que les  activités menées complètent les progrès en matière de sécurité et favorisent la mise  en place de conditions propices à la tenue d’élections. Le prochain rapport, qui  présentera différentes options de soutien international à un programme national de  désarmement, de démantèlement et de réinsertion, ainsi que des réformes judiciaires,  sera essentiel pour formuler les principales recommandations visant à optimiser les  mesures actuelles et futures, à maximiser les effets et à éviter les doubles emplois. 

73. Le BINUH continuera de coopérer avec le Comité du Conseil de sécurité créé  par la résolution 2653 (2022) concernant Haïti et son Groupe d’experts et renouera sa  collaboration avec les autorités haïtiennes afin de faire mieux connaître les  mécanismes de signalement des violations potentielles des mesures de sanction. 

74. Je me félicite de l’engagement des autorités de redoubler d’efforts pour réduire  la détention provisoire prolongée avec le soutien de partenaires internationaux. La  caravane nationale de réduction de la surpopulation carcérale et de la détention  provisoire prolongée, lancée par le Ministère de la justice et de la sécurité publique  le 19 janvier, arrive à point nommé, à l’instar du soutien apporté par le BINUH au  renforcement de la chaîne pénale. Je me félicite également de l’engagement du pays  de répondre aux revendications des acteurs du système judiciaire, de redoubler  d’efforts pour réduire la détention provisoire prolongée et de créer un groupe de  travail chargé de cette question. Le BINUH collaborera étroitement avec tous les  acteurs du système judiciaire pour garantir une action cohérente visant à régler ce  problème majeur, notamment en s’employant sans relâche à accélérer la mise en  œuvre de la réforme pénale. 

75. L’ampleur des déplacements internes reste très préoccupante et continue  d’exercer une pression extrême sur les communautés d’accueil et les services déjà  mis à rude épreuve. Je tiens à souligner qu’il faut d’urgence doter de ressources  suffisantes le plan de réponse humanitaire, dont le financement s’élevait à 18,4 % en  mars 2026, et veiller à ce que l’aide humanitaire reste sûre, durable et accessible aux  populations touchées.  

76. Un soutien international continu et coordonné demeure indispensable. Je  demande aux partenaires d’harmoniser leur aide avec les priorités définies au niveau  national et de veiller à ce qu’elle favorise la stabilisation de la sécurité, les préparatifs  électoraux et le renforcement des institutions. En étroite collaboration avec l’équipe  de pays des Nations Unies et les partenaires internationaux, le BINUH continuera  d’user de ses bons offices et de tirer parti de ses compétences techniques pour aider  les autorités nationales et les parties prenantes à faire avancer le processus politique,  notamment en matière d’élections, de sécurité et de gouvernance, de manière à ce que  ces volets se renforcent mutuellement. Je réaffirme l’engagement de l’Organisation  d’accompagner l’action menée par les Haïtiens en faveur d’une stabilité durable, du  rétablissement de la démocratie et du développement.

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Annexe 

L’ensemble de données de l’Organisation des Nations Unies sur la sécurité et le  crime en Haïti comprend les informations disponibles sur les cas de violence des  gangs, les activités criminelles et les atteintes aux droits humains en Haïti, y compris  la violence sexuelle et fondée sur le genre, en application des prescriptions relatives  à la communication de l’information énoncées dans la résolution 2814 (2026) du  Conseil de sécurité. Il recense et montre les tendances et les évolutions mensuelles de  l’environnement opérationnel, telles qu’elles se dégagent d’indicateurs comme les  homicides volontaires, les enlèvements, les lynchages et d’autres crimes violents. Les  données sont également ventilées par sexe et par tranche d’âge pour rendre plus  visibles les évolutions concernant les victimes et les risques et accélérer le suivi de la  situation de sécurité et des droits humains ainsi que l’adoption de politiques fondées  sur des données probantes. L’ensemble de données est actualisé tous les mois et  disponible à l’adresse suivante : https://psdata.un.org/dataset/BINUH-SCStats. 

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1 Voir Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections, art. 4 : « Dès la signature du  Pacte national, le Premier Ministre, Alix Didier Fils-Aimé, entame des consultations pour former  un cabinet ministériel impartial, technique et efficace avec des hommes et des femmes choisis sur  la base de critères de compétences, d’objectivité et d’éthique. »

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