20 mars 2026
HAÏTI : Réinsertion et Sécurité | Entre discours de fermeté et réalité du terrain, qui croit encore à l’État ?
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HAÏTI : Réinsertion et Sécurité | Entre discours de fermeté et réalité du terrain, qui croit encore à l’État ?

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 19 Mars 2026

Il parle bien, le Premier Ministre. Il choisit ses mots avec soin, dose ses formules, soigne sa diction devant la communauté internationale. Et mercredi, face aux membres de la Commission Nationale de Désarmement, Démantèlement et Réinsertion — ce fameux DDR dont on attend encore les miracles — le locataire de la Primature a sorti une phrase que l’on retiendra, non pas parce qu’elle change quelque chose, mais parce qu’elle résume tout le drame haïtien en quelques mots bien peignés.

La réinsertion ne constitue ni une concession, ni une faiblesse de l’État

Belle formule. Propre. Carrée. Le genre de déclaration qu’on plastifie pour l’accrocher dans les couloirs de la Primature. Mais pendant qu’on plastifie, les gangs, eux, continuent de gouverner.

Bienvenue dans la République du Discours. Car voilà le problème fondamental avec ce pays depuis des décennies : on ne manque pas de mots. On manque d’actes. On ne manque pas de réunions. On manque de résultats. On ne manque pas de commissions. On manque d’État.

La Commission DDR existe

La communauté internationale est là, assise, en costume, avec ses stylos et ses rapports bien reliés. Le Premier Ministre parle. La Primature communique. Et Port-au-Prince brûle.

Qu’est-ce que la réinsertion dans un pays où la justice, selon les propres mots du PM, est « mobilisée pour traquer et sanctionner » les criminels — mais où les criminels, eux, dictent les horaires de sortie des citoyens ? Qu’est-ce qu’on réinsère, et dans quoi ?

La fermeté du langage ne remplace pas la fermeté de l’État

Dire que la réinsertion n’est pas une faiblesse, c’est bien. Le prouver, c’est autre chose. Car dans la mémoire collective haïtienne, chaque fois qu’un gouvernement a parlé de DDR, de désarmement, de réintégration sociale — ce qui a suivi, c’est le silence. Puis l’amnésie. Puis un autre gouvernement. Puis une autre commission. Puis une autre réunion avec la communauté internationale, dans la même salle climatisée, autour de la même table, avec les mêmes formules repeintes à neuf.

Le peuple de Carrefour-Feuilles, de Cité Soleil, de Lizon, de Croix-des-Bouquets, de l’Ester, de Montruis — ce peuple-là n’assiste pas à ces réunions. Il les subit. Il paie, de son sang et de sa sueur, le prix de chaque échec bien habillé en espoir.

La communauté internationale, complice actif ?

Elle était là, mercredi. Présente. Attentive. Prenant des notes, sans doute. Distribuant peut-être ses propres formules diplomatiques entre deux gorgées d’eau minérale. Mais la communauté internationale a une fâcheuse habitude en Haïti : elle finance les processus, rarement les résultats. Elle accompagne les transitions, jamais les transformations. Elle valide les discours, jamais les responsabilités.

Combien de millions de dollars ont été injectés dans des programmes DDR en Haïti depuis 2004 ? Combien d’ex-combattants ont été véritablement réinsérés, durablement, dans une vie civile digne ? Que quelqu’un réponde. Chiffres à l’appui. Pas en conférence de presse. Dans la réalité du terrain.

Ce que le PM aurait dû dire

Non pas que la réinsertion n’est pas une faiblesse — tout le monde le sait. Mais que l’État a enfin les moyens, la volonté et le courage d’en assumer les conséquences politiques. Que les criminels avérés seront jugés, condamnés, emprisonnés — et que les prisons haïtiennes seront capables de les tenir. Que la justice ne sera pas mobilisée en paroles, mais en actes, en dossiers, en procès, en verdicts. Que les communautés ravagées par la violence verront des résultats concrets. Pas des promesses. Des résultats.

Haïti mérite mieux que des réunions. Elle mérite un État. Un vrai. Pas un État qui parle de fermeté entre deux séances de protocole. Un État qui agit, qui protège, qui reconstruit, qui rend des comptes.

Mercredi, il y a eu une rencontre. Des mots ont été dits. Des poignées de mains échangées. Des photos prises, sans doute. Et demain matin, le peuple haïtien se lèvera encore, dans la peur, dans l’incertitude, dans la misère — en attendant que les mots se transforment, un jour, en pays.

Reynoldson MOMPOINT

Avocat, Communicateur Social, Journaliste

mompointreynoldson@gmail.com

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