par Osno Moncher
Ce mercredi 11 mars 2026, les couloirs de l’Université Publique du Nord au Cap-Haïtien (UPNCH) ont résonné d’un espoir nouveau. L’impétrante Judeline Pierre n’a pas seulement validé un parcours académique d’excellence ; elle est devenue la toute première diplômée du Master en Accessibilité Pédagogique et Inclusion, un programme lancé en 2022 pour répondre à l’un des plus grands défis sociaux du pays.
Le handicap : un mur invisible à l’entrée des universités
Sous la direction du Professeur Joël Michel (Recteur de l’UPNOP), Judeline Pierre a présenté son mémoire de Master 2 intitulé : « Processus d’admission et accessibilité pédagogique des postulants en situation de handicap dans les écoles et facultés des sciences infirmières en Haïti ».
Le constat de sa recherche est aussi rigoureux que glaçant, sans appel ! Alors qu’Haïti compte environ un million de personnes vivant avec un handicap (soit 10 % de la population), le système éducatif reste une machine à exclure. Si déjà moins de 50 % des enfants handicapés ont accès à l’école primaire, ce chiffre s’effondre à l’entrée du supérieur. On estime que moins de 3 % de ces jeunes parviennent à franchir les portes de l’université, faute d’infrastructures adaptées et de processus d’admission inclusifs.
« Mon diplôme est un cri de ralliement »
Visiblement émue après avoir reçu la mention Très Bien (80/100) devant un jury composé des professeurs Wilson Thélus, Sadrack Ordenna et Abdias François, Judeline Pierre a partagé sa vision :
« Ce Master n’est pas une fin en soi, c’est un cri de ralliement. Combien de talents perdons-nous chaque année parce qu’une marche d’escalier ou un formulaire d’examen non adapté bloque l’avenir d’un citoyen ? Mon travail prouve que l’inclusion dans les sciences infirmières et ailleurs n’est pas une faveur qu’on accorde, mais un droit constitutionnel que l’on doit garantir. »
L’État haïtien interpellé : passer des discours aux actes
Cette soutenance est une victoire pour l’UPNCH, mais elle place désormais les autorités devant leurs responsabilités. Le plaidoyer de Judeline Pierre appelle à une action immédiate des acteurs étatiques.
Le Ministère de l’Éducation Nationale (MENFP) et la Secrétairerie d’État à l’Intégration des Personnes Handicapées (BSEIPH) ne peuvent plus ignorer ces données. L’expertise est là, disponible. Il est impératif que l’État :
- Soutienne les travaux de recherche comme ceux de Mme Pierre pour orienter les politiques publiques.
- Subventionne l’aménagement des facultés et écoles techniques.
- Réforme les concours d’entrée pour supprimer les biais discriminatoires liés au handicap.
L’UPNCH a allumé la mèche de l’inclusion. Il appartient désormais au gouvernement de transformer cette étincelle en une véritable réforme nationale. Soutenir Judeline Pierre, c’est choisir une Haïti où le savoir n’a plus de barrières physiques.
Citoyen paisible!

