12 mars 2026
Assassinat de Jovenel Moïse : les révélations de Martine Moïse ravivent les fractures du pouvoir en Haïti
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Assassinat de Jovenel Moïse : les révélations de Martine Moïse ravivent les fractures du pouvoir en Haïti

Par Reynoldson Mompoint Port-au-Prince, le 12 mars 2026

Près de cinq ans après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, un nouvel épisode judiciaire vient raviver les lignes de fracture du pouvoir haïtien. Devant un tribunal de l’État de Floride, l’ancienne première dame Martine Moïse a livré des déclarations qui résonnent comme un séisme politique.

Selon des informations rapportées par CBS News Miami, Martine Moïse affirme être convaincue de l’implication de l’ancien président Michel Martelly dans le complot ayant conduit à l’assassinat de son mari dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021. Dans ses déclarations, l’ex-première dame évoque également la responsabilité de l’ancien Premier ministre Ariel Henry ainsi que celle de certains puissants hommes d’affaires du secteur privé haïtien.

Un crime politique aux ramifications économiques

Au cœur des révélations de Martine Moïse se trouve une thèse qui circule depuis plusieurs années dans certains cercles politiques : celle d’un assassinat lié à des intérêts économiques contrariés.

Selon elle, plusieurs hommes d’affaires influents auraient été profondément irrités par la décision du président Jovenel Moïse de mettre fin à certains contrats publics jugés irréguliers, conclus en dehors des procédures administratives normales.

Ces contrats, explique-t-elle devant la juridiction américaine, représentaient des millions de dollars d’intérêts économiques, et leur résiliation aurait déclenché une hostilité croissante contre le chef de l’État.

Dans ce récit, le crime du 7 juillet ne serait donc pas seulement l’acte d’un commando international recruté pour exécuter une opération violente, mais l’aboutissement d’un conflit de pouvoir entre l’État et certaines élites économiques.

Les ombres persistantes de la transition politique

Ces accusations interviennent dans un contexte où l’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse demeure l’une des plus complexes de l’histoire judiciaire haïtienne. Si plusieurs suspects ont été arrêtés ou inculpés aux États-Unis et en Haïti, la question centrale, qui a réellement commandité le crime, reste encore largement irrésolue.

L’évocation de Michel Martelly et d’Ariel Henry par Martine Moïse renvoie directement aux luttes internes qui ont marqué la transition politique après la mort du président.

Car l’assassinat de Jovenel Moïse n’a pas seulement provoqué un vide institutionnel. Il a également redessiné les équilibres du pouvoir, ouvrant la voie à l’arrivée d’Ariel Henry à la tête du gouvernement et plongeant le pays dans une période d’instabilité politique profonde.

Entre vérité judiciaire et bataille narrative

Toutefois, ces accusations restent pour l’instant des affirmations portées devant un tribunal, et non des conclusions judiciaires définitives. Ni Michel Martelly ni Ariel Henry n’ont été reconnus coupables dans cette affaire.

Mais dans un pays où la frontière entre justice, politique et intérêts économiques est souvent poreuse, les propos de Martine Moïse participent à une bataille narrative autour de l’assassinat du président.

Qui a décidé de tuer Jovenel Moïse ? Qui avait intérêt à voir disparaître un président qui promettait de revoir certains contrats publics ?

Et pourquoi, près de cinq ans après les faits, la vérité complète semble-t-elle toujours hors de portée ?

Un miroir brutal de l’État haïtien

Au-delà des accusations individuelles, cette affaire continue de poser une question fondamentale sur le fonctionnement de l’État haïtien : le pouvoir politique peut-il réellement s’exercer sans se heurter aux intérêts économiques qui gravitent autour de lui ?

L’assassinat de Jovenel Moïse apparaît aujourd’hui comme le symptôme d’une crise plus profonde — celle d’un système où les rivalités entre élites politiques et économiques peuvent, dans certaines circonstances, basculer dans la violence extrême.

Et pendant que la justice américaine poursuit son travail, Haïti demeure suspendue à une vérité que beaucoup redoutent : celle qui révélerait que la mort d’un président n’est pas seulement le produit d’un complot criminel, mais l’expression la plus brutale d’une lutte pour le contrôle de l’État.

Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste

mompointreynoldson@gmail.com

WhatsApp +50937186284

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