PERPLEXITÉ No 33
Lettre ouverte au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé,
Le Grand Rassemblement pour l’Évolution d’Haïti (GREH), par mon organe, vous transmet, malheureusement par cette lettre ouverte, ses réflexions sur les règles choisies pour ce nouveau chapitre de la trop longue transition et leurs conséquences, sur le quotidien, et l’avenir de la population haïtienne.
Le GREH en tant que Parti politique de 23 ans d’existence n’a été invité ni comme entité individuelle ni comme étant membre du Collectif du 30 janvier aux tardives réflexions qui ont accouché le dit « pacte national….ect ». Cette décision de mise à l’écart politiquement calculée a contraint le parti à l’expression publique de son appréciation du décret du 7 février 2026 et du PACTE.
Les réflexions du GREH sur le décret du 7 février 2026 ayant été publiées dans PERPLEXITÉ No 32, on en est, aujourd’hui, à l’analyse du Pacte.
Élections
Dans le texte 6 visas et 6 articles (16, 17, 18…24, 24-1, 25) parlent directement d’élections. Priorité voire Urgence ! Le GREH en tant que Parti politique est pour des élections mais pas avec des règles tronquées au départ dans un empressement inspiré par l’international depuis l’accession au trône du Dr Ariel Henry. Cette option précipitée et mal calculée a fait perdre à Haïti 32 mois avec le Dr et 23 avec le CPT. Le GREH craint que le pays perde encore une autre année, si non plus, avec vous. Les avancées à mettre au compte du CEP doivent être conservées et protégées pour le jour où les conditions seront réunies pour de bonnes élections.
Vous gagnerez monsieur le Premier Ministre à ne pas oublier que presque toutes les crises vécues par Haïti ces trente dernières années sont survenues à la suite de mauvaises élections.
Forces vives
Pour les géniteurs du texte, les forces vives d’Haïti semblent se résumer à quelques partis politiques et organisations de Port-au-Prince. On n’a qu’à consulter la liste des Signataires pour se rendre à l’évidence de cette méprise. Court-circuiter la conférence nationale préconisée depuis de longues années par le Dr Turneb Delpe a été l’une des principales erreurs du CPT dont vous avez été le second et plus long Premier ministre.
Article 149
L’article 149 de la constitution amendée a été, pudiquement, choisi par les assassins internes et externes du Président Jovenel Moïse comme « faire semblant » pour cacher ce qui n’était qu’un coup d’état. Compréhensible à l’époque puisque les uns comme les autres n’avaient le courage d’assumer le forfait. Pendant 32 mois l’article 149 a résisté à l’imposture en se refusant d’être le parachute des assassins encore en liberté. Voilà que les mêmes « intelligences » sont retournées à un ptit bout du 149 pour baptiser votre pouvoir. Quelle raison peut nous faire prétendre à des résultats différents ?
Dans le Pacte, le 149 est cité au 12ème visa et aux articles 2, 5, 6 et aussi dans plusieurs autres points par les concepteurs du texte qui semblent avoir négligé l’incompatibilité de cet article 149 avec de nombreux points du document. En mettant le présent gouvernement sous l’égide de l’article 149, il est automatiquement placé sous celle de la constitution amendée qu’aucun autre texte n’a le pouvoir de lui être contraire en tout ou en partie. Par exemple le Pacte octroie au CEP le pouvoir de décider du mandat des prochains élus alors que ces dits mandats sont fixés par la loi mère.
On fait un Pacte quand on admet ne pas être en mesure de respecter les prévisions constitutionnelles.
C’est la Constitution ou le Pacte. Pas les deux à la fois.
Ce genre de quiproquo ne peut aboutir qu’à des complications. Le Pacte était votre seul vrai parachute. Vous êtes chef d’un pouvoir de fait, il fallait vous y accommoder justement via un pacte ou un accord au travers d’une large consultation de la population des 10 départements géographiques.
Renforcement institutionnel
Aux articles 12 à 15 les auteurs du texte ont essayé un vrai tour de presdigitation. Les voilà qui veulent modifier « en cachette » la constitution ! Leur double préoccupation est compréhensible. Ils n’ont le courage d’affronter le courroux de l’international pressé pour de mauvaises élections quant à respecter le parcours naturel: proposition de modification constitutionnelle, référendum, élections.
J’ai écouté avec amusement les explications de mon député de Pétion-Ville sur la mise en application aléatoire de ces potentiels changements constitutionnels comme s’il s’agirait de plaisanterie de cour de récréation.
La sécurité
Dès la prise de charge du Dr Ariel Henry Haïti s’est trompée sur le diagnostic de la question sécuritaire. Cette mauvaise compréhension de la question a conduit à des options doctrinales et stratégiques qui ont servi à compliquer la situation. Bob Rey en avait fait le plus éloquent rapport à l’ONU après son voyage de prospection pour et au nom de l’institution Onusienne. « Les dirigeants haïtiens ne comprennent pas la situation et n’ont pas de plans » avait-il conclu. Malheureusement il avait raison. Paradoxalement aucune correction de fond n’a été portée sur le sujet. Les bandits, comme on se plaît à les appeler ont adapté leur stratégie à chaque option choisie par l’international et les dirigeants haïtiens.
Une approche erronée sur les institutions de la sécurité nationale a fait que dans le Pacte à l’article 6 point No 3 et à l’article 7, on continue d’oublier que la PNH et les FAD’H ne sont que des bras opérationnels en matière de sécurité et qu’il faille d’autres instances elles mêmes doctrinales et stratégiques pour harmoniser le tout.
Quelle évaluation le gouvernement a faite sur la réalité de la mobilisation de la population dans le processus sécuritaire ? Elle ne fait partie de la PNH non plus des FAD’H mais a révélé dès le 24 avril 2022 qu’elle constituait un atout majeur pour éradiquer le banditisme dans son actuelle expression criminelle dans le corpus social. Et puis il n’y a pas d’efforts connus pour tenter d’aller à la racine du mal. Dès avant l’arrivée des troupes Kenyanes le GREH avait prédit et expliqué l’échec. La force de suppression des gangs pudiquement rebaptisée force de répression des gangs, introduites dans le même concept stratégique erroné ne pourra, dans les meilleures conditions que produire un effet placebo sur la crise sécuritaire.
Un comité de suivi
Le Pacte dans ses articles 19, 20, 21 et 26 a créé un Comité de suivi, pâle caricature de l’ OCAG qui était prévu dans l’accord du 3 avril. Ces articles traitent la question comme s’il s’agissait d’une plaisanterie d’écoliers. L’article 26 de votre pacte est déjà violé si l’on tient compte que cette structure devrait être mise en place DÈS LA SIGNATURE DU PACTE
Justice
Le GREH constate avec désappointement l’absence du mot JUSTICE dans le vocabulaire gouvernemental, en Haïti depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse. Il est étonnant même que le mot justice ne se retrouve souligné à l’encre forte même dans le PACTE. Le GREH se demande, perplexe, quel sort et, à travers quel mécanisme, est réservé à ceux-là victimes dans leur chair et dans leurs biens de la babarie conçue par des mal pensants hauts placés et exécutée par de bourreaux inconscients parfois manipulés.
Espérant avoir aidé, le GREH vous souhaite bon courage.
Fait à Port-au-Prince le 2 mars 2026.
Himmler Rébu
Président du GREH

